Cirque
« PULSE » : la proposition de cirque chorégraphié qui met de méchamment bonne humeur

« PULSE » : la proposition de cirque chorégraphié qui met de méchamment bonne humeur

20 juin 2022 | PAR Mathieu Dochtermann

Ce samedi 18 juin commençait le festival Solstice, organisé par L’Azimut pôle cirque d’Antony. Ce sont deux semaines de spectacles gratuits qui commencent, avec une large prédominance du cirque. Parmi les quelques spectacles vus ce premier week-end, PULSE, de la compagnie Kiaï, une proposition d’acrobaties sur trampolines très chorégraphiée, et vraiment agréable à regarder.

PULSE se présente comme un spectacle de cirque chorégraphié. Sur ses affiches figure même le mot « ballet ». C’est que les six acrobates se meuvent effectivement sur le rythme d’une musique dont les battements régissent leurs mouvements. Cette musique, aux accents plutôt électroniques, est jouée en direct par Frédéric Marolleau, qui, pour n’être pas placé à vue, n’en est pas moins un élément absolument essentiel du spectacle, dont on peut dire qu’il le télécommande par l’intermédiaire de beats bien cadencés. Initialement, on a affaire à une pulsation très binaire, mais les harmonies s’ajoutent et gagnent en complexité tout du long du spectacle, qui finit par adopter des rythmes ternaires – qui inspirent une valse bondissante aux six interprètes.

Car il s’agit ici, certes, de danse, mais sur des trampolines. La compagnie Kiaï s’est dotée d’une structure à la simplicité élégante : un plancher de forme circulaire de 10m de diamètre peut-être qui accueille, groupés autour de son centre, trois trampolines dont la toile est à niveau avec le plateforme de bois. La symétrie harmonieuse de l’ensemble, la chaleur du grain du bois, donnent à ce dispositif une belle apparence. Les six interprètes – trois femmes et trois hommes, qui ne sont d’ailleurs pas tous acrobates de formation – peuvent non seulement rebondir d’un trampoline à l’autre, mais également se ménager des effets d’entrée/sortie par quatre trappes circulaires pratiquées dans le plancher. Cette possibilité d’apparition/disparition, et le matériau dominant, rappellent un peu les scénographies de Mathurin Bolze.

Les chorégraphies bondissantes et aériennes du petit groupe sont variées : de rares soli, quelques duos qui ont tendance à être répliqués en parallèle sur les trois toiles, et beaucoup de scènes de groupe. Il y a une force d’attraction manifeste, générée par le dispositif, pour une construction symétrique des tableaux – trois solistes ou trois duos bondissant à l’unisson sur les trois trampolines -, mais on n’en a pas moins droit à quelques scènes opposant un choeur de danseurs à un interprète isolé. On choisit d’écrire « danseur », car la part acrobatique est définitivement en retrait : il y a bien un ou deux saltos de temps à autre, mais la proposition ne tient pas, essentiellement, à l’exécution de ces quelques manœuvres. Ce qui domine est vraiment la part chorégraphiée, le mouvement qui suit la pulsation de la musique, l’énergie visuelle, les jeux à contre-courant du tempo comme ce passage en ralenti à la Gisèle Vienne.

La proposition est bien équilibrée, avec des respirations et des temps apaisés entre des grandes scènes de groupe, très dynamiques. L’utilisation du dispositif de trappes contribue à varier la proposition en recomposant le groupe en un éclair d’une séquence à une autre. Il n’y a pas de personnages écrits, mais les relations entre les interprètes sont bien présentes : les duos comme les scènes de groupe plus larges donnent à sentir une qualité d’écoute, et, disons-le, un plaisir d’être ensemble et d’offrir ce spectacle au public. A défaut d’une histoire, donc, il y a une très belle énergie, et des images qui parlent.

PULSE est une proposition de cirque qui fait du bien : gaie, enlevée, technique sans être racoleuse, elle mérite qu’on s’y précipite pour passer un bon moment en compagnie d’interprètes qui se donnent à 200%.

GENERIQUE

De et avec Maxime Reydel, Maya Peckstadt, Sian Foster, Théo Lavanant, André Hidalgo, Cyrille Musy
Chorégraphie Cyrille Musy
Musique Frédéric Marolleau
Costumes Mélinda Mouslim
Construction Décor Vincent Gadras
Production, diffusion Camille Talva
Administration Camille Boudigues

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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