Picasso sous toutes les coutures au Musée Fabre de Montpellier

5 juillet 2018 Par
Lucile Brusset
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Pour la première fois de son histoire, le Musée Fabre de Montpellier accueille une exposition -événement proposant un panorama complet de l’oeuvre de Picasso, « Picasso – Donner à voir ». A travers 14 dates clés, l’exposition retrace le parcours du maître et ses expérimentations radicales. Rencontre avec Stanilas Colodiet, co-commissaire de l’exposition, à découvrir du 15 juin au 23 septembre 2018.  

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Quel nouveau regard le Musée Fabre propose sur l’œuvre de Picasso ?

Il s’agit d’un regard complet sur son œuvre, puisque l’exposition couvre 77 ans de créations, c’est-à-dire entre les 13 et les 91 ans de Picasso, même ses 93 ans. Donc c’est assez intéressant d’avoir un regard d’ensemble sur le parcours de Picasso, qui est souvent fragmenté entre une période ou une thématique (…). La deuxième chose inédite est le point de vue adopté : l’exposition se concentre sur 14 moments qui sont des moments clés, des moments d’invention, des moments de refondation où Picasso choisit de se mettre en difficulté lui-même et de sortir des sentiers battus en innovant et en inventant des choses pour ne pas se répéter, et ces 14 moments sont étudiés du point de vue de la diversité des œuvres.

L’exposition fait donc le choix de rentrer dans l’œuvre de Picasso par le biais de 14 dates : pourquoi ce choix chronologique ?

Si on veut comprendre Picasso qui est un artiste qui a énormément produit tout au long de sa vie, on parle de 70 000 œuvres, (…) il est nécessaire de redonner dans le temps un petit peu de structure. Et c’est aussi pour ça que cette exposition est intéressante : elle est très structurée, autour de moments identifiés qui sont des moments où Picasso invente des choses. C’est ça la structure, quelques œuvres qui sont des œuvres clés et permettent de comprendre comment est-ce que Picasso va dans une direction nouvelle : un exemple est La nature morte à la chaise cannée, premier collage de l’histoire de l’art, ou encore Le Verre d’Absinthe en 1914, avec la production d’une véritable cuillère dans la sculpture, mais aussi une version des Femmes d’Alger qui est le premier tableau de maître à partir duquel Picasso effectue des variations qui vont l’occuper pendant dix ans. A chaque fois, tout cela est expliqué avec des œuvres de recherche, complétées par des dessins, des carnets de croquis, des pièces d’archives qui permettent de comprendre comment est-ce que Picasso se dirige vers cette direction nouvelle.

La nature morte à la chaise cannée

La nature morte à la chaise cannée

L’exposition montre des choses très différentes en même temps, parce que ces choses ont été créées au même moment car Picasso était capable dans son atelier de travailler le jour même ou bien à quelques jours d’écart dans des directions tout à fait différentes…ça c’est aussi le parti-pris de l’exposition : essayer de montrer cet appétit, ce génie de l’artiste qui va dans plusieurs directions à la fois.

Est-ce que ce sera l’occasion de voir des œuvres très peu ou jamais exposées auparavant ?

Oui bien sûr, on a quelques prêts de collections particulières qui sont des œuvres qui ont très rarement été exposées. Même de grands spécialistes de l’oeuvre de Picasso qui ont eu l’occasion de voir l’exposition depuis son ouverture ont remarqué et ont été étonné de ces œuvres. Ils nous ont souvent dit qu’ils les voyaient pour la première fois. Donc effectivement, on a des œuvres assez inédites. On peut penser par exemple à un très grand tableau de 2 mètres de haut qui représente Le Peintre et son Modèle. Cette œuvre a été présentée en 1988 au Centre Pompidou dans une exposition fondamentale qui s’appelait « Les Derniers Picasso » sur la dernière période, qui est une toile de 1964 et à ma connaissance, elle n’a pas été présentée en France dans une exposition. Il y a également une œuvre d’une collection particulière qui a récemment changé de propriétaire et c’est la première fois que ce propriétaire la prête et également des œuvres venues de l’autre côté de l’Atlantique, du Metropolitan Museum de New-York et de la National Gallery de Washington qui sont rarement vues en Europe.

Concernant la scénographie, j’imagine qu’elle sera chronologique ?

La muséographie renouvelle véritablement le regard sur l’artiste. C’est une scénographie ouverte, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de salle, il y a des cimaises et des socles et de vitrines qui sont installées dans l’espace et ça, c’est quelque chose d’assez exceptionnel car ça permet d’étendre le champ de vision du visiteur. Ça donne au visiteur l’occasion de confronter les différents moments qui sont présentés dans l’exposition les uns avec les autres et de mesurer à travers seulement quelques regards la variété de l’œuvre de Picasso à travers le temps. Dans cette exposition, il y a un double niveau de lecture : chacun des moments est très précis, détaillé (…) ; et en même temps, on peut avoir une vision un peu panoptique, totale de son œuvre. Ça c’est assez stimulant et permet de comprendre un certain nombre de choses sur l’artiste et la manière dont Picasso se citait lui-même régulièrement, la manière dont il était capable de revenir sur ces recherches précédentes.

Vous avez une approche dédiée au très jeune public, aux enfants en Crèche, comment cela se passe-t-il ?

Le musée Fabre accueille les enfants de moins de trois dans le cadre des structures d’accueil petite enfance et familiale depuis sa réouverture après extension et rénovation en 2007 (…) Les visites pour enfants s’appuient sur des ouvrages jeunesse, comptines et souvent des personnages qui permettent d’avoir un fil rouge et de garder l’attention des enfants. Pour Picasso, les enfants sont invités à un carnaval pour découvrir les couleurs et les formes. Pour chaque visite un temps de manipulation est réservé pour leur permettre de repartir avec un petit objet souvenir. Ici, ce sera un masque de carnaval. Un livret-jeu a également été réalisé… Ces visites plaisent énormément car cette année 2500 enfants de moins de trois ans sont venus dans le cadre de leur crèche et dans le cadre familiale.

 « Picasso – Donner à voir », Musée Fabre, Montpellier. Du 15 juin au 23 septembre.

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Visuels : ©Logo Musée Fabre / ©Wikipédia