« L’aventure des détails », Jean-Michel Alberola entre contradiction et encyclopédie au Palais de Tokyo

19 février 2016 Par Yaël | 0 commentaires

Fer de lance de la première cuvée du cycle « Arpenter l’intervalle » qui ouvre au Palais de Tokyo ce vendredi 19 février 2016, la grande exposition dédiée à l’oeuvre protéiforme du plasticien Jean-Michel Alberola s’intitule « L’aventure des détails« . Un parcours époustouflant en 11 épisodes que l’artiste a commenté avec érudition et modestie lors du vernissage du 18 février 2016.

Note de la rédaction :

Si l’affiche de cette l’exposition dédiée à l’oeuvre de Jean-Michel Alberola est une ses peintures colorées qui constitue l’une des parties peut-être plus connues de son œuvres, dès qu’on entre dans l’exposition, on mesure combien la penture n’est que la partie émergée de l’iceberg. Sculptures en néon sur la fin des enseignes et panorama de trois philosophes de la contradiction (S. Weil, S. Kofman et M. Zambrano) côtoient un travail sur la spirale qu’Alberola présente comme « un état des lieux mental », aussi bien en portraits 2D qu’en autoportrait en 3D (« Le seul état de mes idées »).

Tout au long de l’exposition, l’on retrouve une petite cabane jaune qui sert à la fois de point de repère, d’abri à la réflexion et de fil directeur, puisqu’on plonge de la spirale dans le monde de Robert Louis Steven avec une mentalité d’aventurier un peu pataphysicien. Le jeu est ensuite à l’honneur, coiffé par la musique rock qui est symbole de la jeunesse et du temps de l’artiste né en 1953. Après une salle dédiée à la peinture mystérieuse et colorée du « Roi de rien », l’on entre ensuite dans le cœur du souci du détail tel qu’il hante Jean-Michel Alberola quand on parcourt la salle de la « contradiction ».

L’exposition se termine sur les variables lourdes de la créativité d’un artiste protéiforme né au milieu du 20e siècle : l’Histoire d’abord, notamment avec un cycle de dessins sur Auschwitz, une installation autour de Walter Benjamin au Pays Basque et la guerre du Vietnam. Le pouvoir surgit ensuite, qui clignote en néons et se diffracte autant dans des jeux d’échec grinçant que dans des détails d’une précision redoutable. Puis arrive la salle du Capital, où Jean-Michel Alberola inclut de la performance autour de la notion de plus-value en peinture et en vente brute de pages de Marx : une par jour pour 10 euros. Soit 2000 euros de bénéfice pour un achat de livre de 35 euros. Une jolie marge qui semble prouver que le numérique ne remet pas en cause l’accumulation de Capital. Puis l’on finit sur la géographie, qui dépasse la notion de frontière par de grandes fresques et par la spiritualité dans l’un des derniers projets de l’artiste : filmer des jongleurs à Assise, la ville de Saint-François. Les balles colorées sur fond de paysage d’Ombrie ont la beauté habitée d’une vraie économie d’artifice.

Homme de son temps, artiste plurimedia qui place de la distance entre lui et le monde grâce au cinéma et à la philosophie, Jean-Michel Alberola dresse dans son oeuvre un palimpseste que son souci profond de la contradiction conserve toujours en mouvement. Le détail revu et corrigé par Alberola, c’est la vie même, telle que nous continuons à en hériter pour la mener tambour battant.

A noter : les 24 et 25 avril prochains, Jean-Michel Alberola a carte blanche à la Cinémathèque française. Avec au programme (entre autres) du Orson Welles et du Raoul Walsh …

visuels : YH


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