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40 ans du LAAC de Dunkerque : une rétrospective qui fait résonner l’histoire et la collection artistique du musée

40 ans du LAAC de Dunkerque : une rétrospective qui fait résonner l’histoire et la collection artistique du musée

23 novembre 2022 | PAR Mai Linh Tang Stievenard

Inauguré en 1982, le LAAC de Dunkerque célèbre ses 40 ans avec une exposition inédite qui instaure un dialogue artistique entre œuvres historiques de la collection et créations d’artistes contemporains. Que le visiteur soit de passage à Dunkerque ou amateur d’art, l’exposition Comme de longs échos qui de loin se confondent fait retentir les voix d’artistes de toute génération. 

Une rétrospective innovante, originale et participative

L’association l’Art contemporain fondée par Gilbert Delaine met à l’honneur les principaux artistes de la collection en invitant treize artistes dont les créations exclusives font écho à certaines pièces de leur prédécesseurs. La voix de Gilbert Delaine résonne à travers cette exposition inédite qui réinterroge la définition de l’art contemporain par la transition des méthodes artistiques et le soutien de la culture.

Dans chaque salle, deux artistes contemporains discutent avec des œuvres historiques de leur choix. Si certains s’inspirent des œuvres, démarches philosophiques et techniques artistiques de leur prédécesseurs, d’autres s’approprient et réinvestissent l’œuvre originale pour accentuer le contraste et mieux stupéfier le visiteur. Ils donnent ainsi une résonance à l’œuvre d’origine. En effet, les artistes se retrouvent dans la singularité des démarches et pratiques. Chaque salle devient un lieu de rencontre entre époque antérieure et époque actuelle. Le visiteur a également un rôle important dans cette exposition. Il n’est pas uniquement contemplatif. Il participe à donner vie à l’œuvre et au dialogue artistique. En évoluant dans l’espace, il apprécie la création contemporaine et son écho avec l’œuvre originelle. Le dialogue artistique ressuscite des œuvres de la collection historique en mettant en relief des éléments non visibles ou oubliés. 

Une exposition multidimensionnelle 

Formes et espaces constituent un véritable terrain d’expérimentation artistique. Cette exposition d’envergure s’étend du sol au plafond, interrogeant chaque espace, chaque angle pour le plaisir du visiteur. 

L’artiste contemporaine Marianne Mispelaëre vient occuper l’espace et travailler avec la lumière du soleil. Le bâtiment devient support. L’artiste saisit les aplats géométriques du soleil qui passe à travers les vitres du musée. Elle vient reporter et peindre les formes géométriques du soleil qui se posent au mur. Une idée véritablement lumineuse. 

Charlotte Denamur, elle, dialogue avec les créations du peintre Noël Dolla qui renvoient à la matérialité via une rencontre tactile. En effet, la jeune femme vient recouvrir la salle de deux bâches de son atelier, l’une monochromatique et l’autre mouchetée de traces de peintures multicolores. L’artiste exprime sa relation à l’espace qui évolue entre l’atelier, l’artiste et la salle d’exposition. Tout est question de point de vue et de déplacement pour comprendre l’œuvre.

La plasticienne Joëlle Jakubiak réinvestit l’œuvre de l’écrivain et artiste Gérard Duchêne. Ce dernier est le créateur de l’œuvre Journal d’IL qui met en scène des journaux illisibles avec une procédure d’effacement. Joëlle Jakubiak s’approprie cette technique dans un autre cadre, celui de l’art urbain. Elle donne vie à ce qu’elle appelle de l’archéographie en prélevant des pigments colorés de tags par piquetage à travers une toile. Un savant mélange entre effacement, couleur et écriture en s’appropriant l’espace. Rendez-vous sur son compte Instagram pour un aperçu de ses créations.

Une réinterprétation haute en couleur… ou pas 

La couleur et l’obscurité composent le prisme de la lumière. Les artistes l’exploitent avec originalité pour donner naissance à des créations réellement saisissantes. 

La coloriste Maya Hayuk se détache de l’œuvre historique choisie, l’huile sur toile Bord de l’eau de Sonia Delaunay, pour mieux la mettre en valeur. Elle crée une fresque colorée pour mettre en relief le choix des couleurs du tableau. Celui-ci, au premier regard assez sombre, vient révéler quelques couleurs en son centre, que Maya Hayuk vient reporter sur le mur en laissant son bras la guider dans des arabesques colorées qui rappellent les œuvres habituelles de Sonia Delaunay pleines de couleurs et de formes géométriques. Son compte Instagram regorge de photos traduisant son amour pour la couleur et les formes. 

Aux antipodes de la couleur, les œuvres de Natacha Mercier semblent assez impersonnelles et étranges à première vue. Des nuances de noirs, de blancs, de gris floutées évoquant l’ambiance nocturne. On apprécie davantage ses œuvres en sachant que l’artiste aborde la notion de lisière dans ses peintures. Natacha Mercier explique : « Je cherche à fixer l‘instant précis qui se situe à l’extrême lisière de l’évanescence, là où les formes persistent encore : que se passe-t-il après le crépuscule, juste avant la nuit ? » Dans une salle plongée dans l’obscurité, le visiteur entre et réalise progressivement l’apparition d’un paysage, les contours et formes des éléments, comme s’il le voyait et y était de nuit. Natacha Mercier a travaillé en étroite collaboration avec le photographe Jünger Nefzger à qui l’on doit la photo Pique-nique au bord du canal de la Haute Colme. L’accommodation optique crée une incroyable expérience immersive. Rendez-vous sur son site pour mieux saisir toute la singularité de ses œuvres. 

Le photographe Pierre-Yves Brest, lui, vient travailler sur l’importance de la lumière dans les travaux de  Jean Dewasne, maître de de l’abstraction colorée constructive. Pour Jean Dewasne, « les couleurs les plus importantes sont le vert, le rouge et le bleu », faisant écho au métier de photographe de Pierre-Yves Brest car ce sont les principales couleurs de la photographie. Le photographe vient recomposer les mosaïques colorées de Jean Dewasne avec des fragments de photos le mettant en scène pour montrer le rapport entre la photo, l’abstraction constructive mais aussi l’importance de la lumière dans la peinture et la photographie. Retrouvez ses travaux sur son site.

Art, politique et spiritualité 

L’art permet d’exprimer des émotions, des sentiments mais aussi de prendre part à des combats sociaux et transmettre notre spiritualité. L’art nous amène à nous confronter à des problématiques et des sujets d’une façon à la fois extrêmement sensible et percutante. 

Cecilia Granara se base sur une représentation cosmique de la femme. Elle s’inspire des travaux d’Atila Biro, de son utilisation de la couleur et de la symbolique de l’arc-en-ciel. Elle y ajoute la symbolique de l’œil comme personnification du mystique et de l’interprétation. C’est ce qu’elle fait dans l’huile sur toile Naissance Puissance où elle représente la déesse hindoue Kali, mère créatrice dans la religion hindoue, avec ses nombreux bras qui viennent former un œil. Par une représentation colorée de la divinité et du symbole de l’œil, Cecilia Granara traduit le rapport cosmique au corps. L’œil n’est pas sans rappeler le motif de l’arc-en-ciel présent dans les œuvres d’Atila Biro, qui peut être perçu comme un passage entre deux sphères. Retrouvez ses représentations mystiques et ésotériques sur son compte Instagram.

Si l’approche de Cecilia Granara aborde le rapport au corps dans une perspective ésotérique, Béatrice Lussol, elle, transmet une image du corps plus profane. Elle emprunte aux encres sur papier de Michèle Katz qui saisissent la réalité et l’imaginaire pour révéler les espaces intimes. Michèle Katz crée dans les années 1970 une série d’encres sur papier intitulée Chronique d’une femme mariée, dans laquelle elle prend part à la lutte féministe et transmet les impressions de sa vie à ce moment. Les organes génitaux dessinés ne sont ni sacralisés ni érotisés mais sont exposés de façon à être en décalage par rapport à la lutte féministe. Le visiteur n’est pas voyeur. L’artiste fait appel à son imaginaire pour saisir le sens de l’œuvre. Béatrice Lussol rend ainsi hommage à Michèle Katz en créant une série d’aquarelles et d’encres colorées à la fois douces et violentes, allusives et directes dans leur représentation de l’intimité. Comme le dit Michèle Katz, « le dessin est un moyen d’aller vite et de dire vite. » Admirez la créativité de l’artiste sur son compte Instagram

Venez écouter les voix d’artistes contemporains et celles qui résonnent encore. Jusqu’au 7 mai 2023 au LAAC de Dunkerque.

Visuel : Affiche officielle © LAAC de Dunkerque 

Marianne Mispelaëre, Extrait de l’expérience menée dans l’atelier de Marianne Mispelaëre. Photo © Marianne Mispelaëre © ADAGP, Paris 2022.

Cecilia Granara, Naissance Puissance, 2021, huile, acrylique et pigments sur toile, 160 x 130 cm. Photo © Galerie Exo Exo © ADAGP, Paris 2022

Béatrice Lussol, n°564, Encres et aquarelle, 150 x 150 cm, 2017, © Photo Gilles Berquet © ADAGP, Paris 2022

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