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Théâtre de la Ville, Ludivine Sagnier incarne Vanessa Springora

Théâtre de la Ville, Ludivine Sagnier incarne Vanessa Springora

23 novembre 2022 | PAR Gautier Higelin

À partir du 21 novembre au Théâtre de la Ville, Sébastien Davis, directeur pédagogique des acteurs à l’école Kourtrajmé, porte à la scène le livre Le Consentement de Vanessa Springora, interprété par son amie Ludivine Sagnier.

Un récit incarné

Dans son livre publié en 2020, Vanessa Springora décrit, étape par étape, l’emprise machiavélique que Gabriel Matzneff a exercée sur elle alors qu’elle n’avait que 14 ans lors des prémisses de leur relation. Elle y raconte également l’engrenage morbide dans lequel elle s’est retrouvée à l’âge adulte, malgré la fin de sa relation avec l’écrivain.  

Ludivine Sagnier tente d’incarner la justesse de la riposte artistique proposée par Vanessa Springora. Une justesse qui est symbolisée non pas dans la révélation d’une information, mais bien dans la parole. Dans un « Je » qui devient sujet de l’histoire, faisant ainsi défaut à toute l’entreprise d’objectivation créée par Gabriel Matzneff. Faire en sorte que « le chasseur soit pris dans son propre piège » et l’enfermer, cette fois-ci, dans les murs de l’espace Cardin.

Un seul en scène où Ludivine Sagnier, accompagnée du batteur Pierre Belleville, interprète Vanessa en naviguant entre un lit et un bureau. Dans un jeu de verticalité, elle s’immisce à de nombreuses reprises derrière un mur de papier calque pour y répéter un questionnement existentiel. Un décor qui joue d’une part sur la frontière entre chambre d’adolescente et garçonnière d’écrivain et d’autre part sur la limite entre fiction et réalité.

Une mise en scène qui résonne avec le texte de Vanessa Springora

Tout était réuni pour que le texte du Consentement prenne vie à travers la fabuleuse Ludivine Sagnier.

Malheureusement, on est très vite mis à distance par la sensation d’une simple lecture du texte qui n’a rien d’organique. Par ailleurs, le propos de l’actrice est régulièrement soutenu par une ambiance musicale, donnant l’impression que l’interprétation seule ne pourrait être assez percutante. De la même manière pour les moments chorégraphiés, la perception du dramatique est délivrée par les roulements épiques du batteur qui sature l’espace sonore.

Si l’intention de la mise en scène est très bien perçue par le spectateur, il n’en reste pas moins que sa réalisation n’a pas eu le rendu souhaité. Finalement, c’est par son silence complice, empli de compassion, que le quatrième mur tombera et qu’il nous fera traverser l’intimité de la jeune Vanessa/Ludivine.

Un récit d’une intimité percutante

Le travail de Ludivine Sagnier reste remarquable tant elle partage avec nous une narration sans accroc des personnages qui traversent les époques. Elle restitue un texte incisif qui ne peut laisser personne insensible. Cette vie où il est interdit d’interdire, où le génie littéraire n’est pas soumis aux lois terrestres et peut manipuler lâchement une adolescente naïve, en quête d’une figure paternelle. C’est dans le même temps la triste banalité de la plupart des femmes. Une vie où les hommes, du beau-père au gynécologue, continue de jouer leur rôle de dominant en rongeant par leurs actes quotidiens le peu de confiance qui existe chez une jeune fille.

Une vie brisée qui finit par provoquer un trouble de dépersonnalisation. Un regard sur soi mortifère et un questionnement omniprésent pour Ludivine/Vanessa : « Quelle preuve tangible avais-je de mon existence, étais-je bien réelle ? Pour en être certaine, j’avais commencé par ne plus manger. À quoi bon m’alimenter ? Mon corps était fait de papier, dans mes veines ne coulait que de l’encre, mes organes n’existaient pas. Autour de moi, la ville, brumeuse, féerique, se muait en décor de cinéma. Tout était faux autour de moi et je ne faisais pas exception. »

Visuel : © Christophe Raynaud de Lage

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Gautier Higelin

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