Auvers-sur-Oise : une riche saison culturelle

14 mai 2018 Par
Christophe Dard
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A moins de trente kilomètres de Paris, le village des artistes situé dans le Val d’Oise a inauguré fin mars sa saison culturelle avec un programme alléchant en découvertes et en étapes incontournables. Il n’est pas impossible qu’au cours de votre itinéraire, vous croisiez dans une ruelle escarpée et fleurie, bordée de maisons en pierre, d’un champ ou au bord d’une rivière, les ombres de visiteurs illustres parmi lesquels Van Gogh, Daubigny ou bien encore le docteur Gachet.

 

 

Le 20 mai 1890, Vincent Van Gogh arrive à Auvers-sur-Oise. Il écrit à son frère Théo : « Auvers est bien beau, beaucoup de vieux chaumes entre autres, ce qui devient rare. J’espérerais donc qu’en faisant quelques toiles de cela bien sérieusement, il y aurait une chance de rentrer dans les frais du séjour- car réellement c’est gravement beau, c’est de la pleine campagne caractéristique et pittoresque. J’ai bien senti à Paris que tout le bruit de là-bas n’est pas ce qu’il me faut ».

Cent vingt-huit ans plus tard, peu de choses ont changé à Auvers-sur-Oise. Le village a conservé le charme décrit par Van Gogh. Plébiscité par de nombreux artistes depuis le milieu du 19ème siècle pour son romantisme typique de la vallée de l’Oise, et facilité par l’arrivée du chemin de fer en 1846, Auvers-sur-Oise est une place forte de la culture. Elle est la seule commune d’Ile-de-France à réunir trois Maisons des Illustres, un label créée par le Ministère de la Culture, à savoir la maison du docteur Gachet, la maison-atelier de Charles-François Daubigny et la maison-atelier Boggio.

 

Auvers-sur-Oise vu du ciel

Auvers-sur-Oise vu du ciel

 

Chaque année, la saison culturelle réserve de nombreux événements. Des expositions sont organisées dans des lieux restés similaires à ce qu’ils étaient au 19ème siècle, des événements incontournables sont programmées dont le festival de musique classique (du 1er juin au 4 juillet), sans oublier la nouvelle création et les immanquables comme l’auberge Ravoux qui abrite la chambre où Vincent Van Gogh mourut en 1890.
Voici un petit itinéraire pour l’un de vos prochains week-ends à Auvers-sur-Oise.

 

Le château d’Auvers-sur-Oise
En 1635, un riche financier italien de la cour de Marie de Médicis, Zanobi Lioni, fait construire ce château à l’italienne transformé plus tard en château à la française lorsque le domaine est vendu en 1662 à Jean de Leyrit. A partir de 1765, le nouveau propriétaire, le prince de Conti, fait construire un sublime nymphée en mosaïque de coquillages. Ouvert sur la vallée de l’Oise et dévoilant un panorama magnifique, celui de la vallée des impressionnistes, le château, son parc de six hectares et ses jardins ont été inscrits à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques.

Vous pourrez également apprécier le nouveau parcours immersif dans l’univers des impressionnistes, « Visions impressionniste, naissance et descendance ». En huit espaces, cette ballade haute en couleurs retrace les évolutions de ce mouvement, les prémices, la naissance du mouvement et les héritiers dont les plus récents sont les abstraits du 20ème siècle (Kandinsky, Rothko, Joan Michell…). Les scénographies multimédias, ludiques, raviront les petits et les grands. Les célèbres chefs-d’œuvre impressionnistes sont projetés tandis que des lettres, des témoignages et des extraits d’articles de journaux sont lus par plusieurs acteurs dont le comédien Jacques Gamblin. Une trentaine de tableaux sont également exposés dont une toile de Monet, la gare d’Argenteuil et le Bateau à l’ancre à Argenteuil de Caillebotte.

 

Le château d'Auvers-sur-Oise

Le château d’Auvers-sur-Oise

 

Une des salles du parcours Vision Impressionniste

Une des salles du parcours Vision Impressionniste

 

INFORMATIONS PRATIQUES :
Rue de Léry
Ouvert d’avril à septembre, du mardi au dimanche, de 10h à 18h/ de 10h à 17h d’octobre à mars
01 34 48 48 48

 

Autour de Charles-François Daubigny
Le premier foyer artistique d’Auvers-sur-Oise est la maison-atelier du peintre Charles-François Daubigny, créée en 1861. Monument Historique et Maison des Illustres, la maison-atelier de Daubigny, de 200 mètres carrés, a été décorée par ses amis dont Camille Corot et Honoré Daumier qui résidait non loin d’Auvers, à Valmondois.
Daubigny, déterminant dans l’émergence du mouvement impressionniste, et applaudi par Baudelaire, a été le premier peintre à concevoir et à utiliser un bateau-atelier, « Le Botin », dans lequel il a entreposé des matelas, des couvertures, des batteries de cuisine et du matériel de peintre. L’embarcation ne passait pas inaperçue avec ses larges bandes de couleur qui rayaient ses flancs. En 1868, le bateau est remplacé par Le Bottin, plus grand et capable de voguer jusqu’à Trouville.
Depuis quelques mois, le premier bateau-atelier de Daubigny est reconstruit à partir des plans d’origine. Il sera officiellement mis à l’eau dans les prochaines semaines, à proximité du belvédère en surplomb de la rivière.

 

L'atelier de Daubigny

L’atelier de Daubigny © Colombe Clier

 

Eugène Boudin, Le Port de Trouville le matin, hst, Musée des Beaux-arts de Reims c. Devleeschauwer

Eugène Boudin, Le Port de Trouville le matin, hst, Musée des Beaux-arts de Reims c. Devleeschauwer

 

Un musée, situé dans un manoir du 17ème siècle, met à l’honneur l’œuvre de Charles-François Daubigny, de son fils Karl et dévoile également une collection d’art naïf, une collection d’art contemporain et des sculptures animalières.
Jusqu’au 26 août est présentée l’exposition Impressions marines.
L’ouverture d’une ligne de chemin de fer entre Paris et le Havre en 1847 puis jusqu’à Dieppe en 1848 a permis à de nombreux peintres de découvrir la Normandie. Daubigny, peintre de l’eau, y a trouvé son bonheur, à Villerville puis en Bretagne, mais il est loin d’être le seul à avoir été enthousiaste des paysages qu’il avait sous les yeux. Le natif de Honfleur, Eugène Boudin, Jean-François Millet (lui aussi d’origine normande), Camille Corot, Johan Barthold Jongkind, Jules Dupré, Gustave Courbet et Eugène Isabey ont été également séduits par la Normandie et d’autres côtes françaises dont les humeurs lunatiques ont touché les ciels et la mer en plein cœur.
Avec plus de 500 kilomètres de côtes où se succèdent des plages de sable ou de galets bordées de falaises ou de landes, des ports de pêche ou de commerce animés, un arrière-pays contrasté et une abondance de monuments pittoresques, les motifs ne manquent pas en Normandie. Comme des cartes postales imaginaires envoyées à l’inspiration future de Monet, Renoir et consorts, les tableaux invitent à prendre le large.
Impressions marines dévoile plus de 80 œuvres et la très bonne idée est de mettre la plupart de ces toiles en relation avec le travail d’un artiste d’aujourd’hui, Patrick Le Corf. A la sortie du musée, prenez également le temps d’apprécier les vignes d’Auvers dans le jardin. Car oui, on fait du vin à Auvers !

 

INFORMATIONS PRATIQUES :
Maison-atelier Daubigny
61 rue Daubigny
Ouvert jusqu’au 28 octobre le jeudi et le vendredi de 10h à 12h et de 14h à 18h30/ le samedi et le dimanche de 14h à 18h30
01 30 36 60 60
atelier-daubigny.com

Musée Daubigny
Manoir des Colombières
Rue de la Sansonne
Ouvert jusqu’en juin du mardi au vendredi de 14h à 17h30/ le samedi, le dimanche et les jours fériés de 10h30 à 12h30 et de 14h à 17h30
Ouvert en juillet et en août du mardi au dimanche et les jours fériés de 10h30 à 12h30 et de 14h à 17h30
01 30 36 80 20
museedaubigny.com

 

Maison du docteur Gachet
En 1872, le docteur Paul Ferdinand Gachet achète à Auvers-sur-Oise une maison loin de Paris, du bruit et de la pollution. Peintre amateur, sous le nom de Van Ryssel, et graveur, il s’intéresse aux impressionnistes, collectionne leurs tableaux et prend sous son aile Van Gogh venu le consulter sur les conseils de son frère Théo. En effet, Vincent Van Gogh intéresse le docteur Gachet autant pour sa peinture que pour ses problèmes mentaux. Le docteur Gachet est même un spécialiste des maladies nerveuses. Affecté à la Salpêtrière en 1854, il réalise des dessins des malades et réfléchit à des méthodes « modernes » de traitement tout en travaillant sa thèse de fin d’études, consacrée à la mélancolie, et soutenue à la Faculté de Montpellier en 1858.

 

La façade de la maison du docteur Gachet @ Eric Hesmerg

La façade de la maison du docteur Gachet @ Eric Hesmerg

 

Le docteur Gachet n’est évidemment pas le seul à se pencher sur cette pathologie que l’on appelle la mélancolie et c’est ce que l’on découvre jusqu’au 24 juin dans l’exposition Melancholia, art et psychiatrie au XIXème siècle. Les écrivains ont évoqué ce thème. Chateaubriand parle de « mal du siècle » tandis que Baudelaire utilise le terme de « spleen ». L’exposition revient sur les méthodes pratiquées à l’époque et sur des cas célèbres de troubles mentaux tel le caricaturiste André Gill interné à Charenton.
Après avoir arpenté les pièces de la maison du docteur Gachet, prenez également quelques minutes pour pérégriner dans le jardin de la maison rempli de plantes médicinales. Elles ont été conservées depuis l’époque du docteur Gachet.

 

Eugène Delatre La mort en fourrures Eau-forte et aquatinte en couleurs, vers 1897 50,5 x 32,5 cm Allégorie de la syphilis © Collection G.J.

Eugène Delatre
La mort en fourrures
Eau-forte et aquatinte en couleurs, vers 1897
50,5 x 32,5 cm
Allégorie de la syphilis
© Collection G.J.

 

INFORMATIONS PRATIQUES :
78 rue du Docteur Gachet
Ouvert jusqu’au 4 novembre de 10h30 à 18h30 tous els jours sauf le lundi et le mardi
maison.gachet@valdoise.fr
01 30 36 81 27

 

Place de la Mairie, l’auberge Ravoux dite chambre de Van Gogh
Van Gogh y a vécu les soixante-dix derniers jours de son existence, dans la chambre n°5, qui ne sera jamais relouée après sa mort. Du coup, elle est restée dans son état originel. En 1926, le Café de la Mairie devient « Maison de Van Gogh » avant d’être classé « Monument Historique » en 1985. Un audiovisuel, « Sur les pas de Van Gogh », évoque le court séjour de l’artiste à Auvers-sur-Oise, ce qui ne l’a pas empêché de peindre près de quatre-vingt toiles.

 

La façade de l'auberge Ravoux, de nuit @Erik Hesmerg

La façade de l’auberge Ravoux, de nuit @Erik Hesmerg

 

INFORMATIONS PRATIQUES :
Ouvert jusqu’au 28 octobre du mercredi au dimanche de 10h à 18h
01 30 36 60 60
maisondevangogh.fr

 

Le musée de l’Absinthe
Situé à deux pas de l’auberge Ravoux, le Musée de l’Absinthe ouvre les portes de la vie de café à l’époque des impressionnistes. Des objets, des affiches, des dessins, des eaux-fortes, des tableaux sur la séduisante mais destructrice Fée verte (surnom de l’absinthe) ou bien encore des lithographies de Daumier constituent une riche documentation. Dans le jardin du musée, les plantes aromatiques constitutives de la Fée verte libèrent leurs arômes que le printemps prend dans ses bras.

 

La façade du musée de l'Absinthe

La façade du musée de l’Absinthe

 

INFORMATIONS PRATIQUES :
44 rue Callé
Ouvert jusqu’au 28 octobre le samedi et le dimanche de 13h30 à 18h et également du 11 juillet au 15 août le mercredi, le jeudi et le vendredi de 13h30 à 18h
01 30 36 83 26
musee-absinthe.com

 

La maison-atelier d’Emile Boggio
Peintre post-impressionniste et photographe, Emile Boggio, né à Caracas au Venezuela, est détenteur de la médaille d’argent à l’Exposition Universelle de Paris en 1900 et il s’installe à Auvers en 1910. Il transforme un ancien corps de ferme en maison et en atelier. Il y peint plus de 400 tableaux jusqu’à sa mort en 1920. Sa dernière toile, un pommier en fleur, est toujours sur son chevalet. Son descendant, Xavier Boggio, plasticien, peintre et sculpteur, vit et travaille dans ce lieu. Il est l’invité du prochain festival de musique classique Opus 38 qui se tient à Auvers-sur-Oise du 1er juin au 4 juillet.

 

L'atelier Boggio

L’atelier Boggio

 

INFORMATIONS PRATIQUES :
47 rue Emile Boggio
Ouvert de fin mars à fin octobre
06 20 33 24 71
lesateliersboggio@sfr.fr

 

La galerie d’art contemporain
Depuis deux ans, la ville a confié au collectif d’artistes plasticiens GRAP’s l’essentiel de la programmation de sa Galerie d’Art Contemporain. Des expositions, des rencontres et des conférences sont organisées tout au long de l’année. Jusqu’au 3 juin, l’art contemporain colombien est à l’honneur à travers les œuvres de quatre artistes. Puis, du 1er au 30 septembre, les gravures de Agata Podsiadly sont dévoilées. Puis, du 5 au 25 novembre, Patricia d’Isola et Christophe Le François présentent l’exposition On ne sait pas comment ça a commencé…

 

 

 

INFORMATIONS PRATIQUES :
5 rue du Montcel
Ouvert du mardi au vendredi de 14h à 18h/ le samedi, dimanche et jours fériés de 10h à 18h
01 30 36 13 46
art-culture@ville-auverssuroise.fr

 

A VOS AGENDAS :
-Samedi 19 mai à partir de 19h : à l’occasion de la Nuit Européenne des Musées, les visites sont gratuites et un concert de piano et de danse est organisé sur le thème de la mer avec au programme Ravel, Satie et Debussy.

-Les 1er, 2 et 3 juin : 16ème édition des Rendez-Vous au jardin dans toute la ville.

-Du 1er juin au 4 juillet : Festival de musique classique Opus 38 « Grands et jeunes d’aujourd’hui » qui se déroule à l’église romane Notre-Dame d’Auvers-sur-Oise, érigée au 11ème siècle et immortalisée par Van Gogh. Depuis sa première édition en 1981, plus de 320 000 mélomanes sont venus applaudir 15 000 artistes confirmés ou en devenir. Valentin Tournet, 21 ans, jeune prodige de la musique baroque, ouvrira le festival avec La passion selon Saint-Jean de Bach.
www.festival-auvers.com
01 30 36 77 77

 

Vincent van Gogh L'église d'Auvers-sur-Oise, vue du chevet Juin 1890 Huile sur toile H. 94 ; L. 74 cm © RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

Vincent van Gogh
L’église d’Auvers-sur-Oise, vue du chevet
Juin 1890
Huile sur toile
H. 94 ; L. 74 cm
© RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

 

 

-Les 15 et 16 septembre : les Journées Européennes du Patrimoine.

-Le 14 octobre : 3ème Festival Auvers Noir, l’occasion de dédicaces et de rencontres avec des auteurs de polars.

Christophe Dard