Polémique : Roman Polanski nommé président de la 42ème cérémonie des César

19 janvier 2017 Par
Camille Thermes
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La nouvelle a immédiatement fait grand bruit sur les réseaux sociaux. Ce mercredi, l’Académie des César a annoncé que sa prochaine cérémonie serait présidée par le réalisateur, producteur, scénariste et metteur en scène Roman Polanski. Alors que le  franco-polonais est accusé depuis 1977 de crime sexuel contre une mineure de 13 ans, beaucoup remettent fortement en question le choix plutôt soutenu par les professionnels du 7ème art.

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« Ce n’est pas moins de huit fois que l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma a distingué le cinéaste. Esthète insatiable, Roman Polanski réinvente son art et ses œuvres au fil des époques (…) Artiste, cinéaste, producteur, scénariste, comédien, metteur en scène, il existe bien des mots pour définir Roman Polanski mais un seul pour lui exprimer notre admiration et notre enchantement : merci, Monsieur le Président », a déclaré dans son communiqué de presse Alain Terzian, Président de l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma.

C’était pourtant une décision très polémique que de nommer Roman Polanski à la tête de la prochaine cérémonie des Césars. Et la réponse a été d’autant plus vive que l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma a choisi twitter pour annoncer la nouvelle, provoquant une foule de réactions indignées qui n’ont pas manqué de mener rapidement à la création d’un hashtag: #BoycottCésar. La raison d’une telle colère est double: les contestataires mettent l’accent sur les accusations judiciaires pesant sur le cinéaste, mais aussi sur la façon dont l’information a été initialement relayée dans les médias, par  l’AFP et Le Monde.

En 1977, Roman Polanski avait été incarcéré pendant 47 jours suite à l’accusation qui l’a définitivement rendu coupable de viol sur une mineure de 13 ans. Après avoir été arrêté en Suisse en septembre 2009, il fut assigné à résidence pour une courte durée dans son chalet de Gstaad (Suisse). Déjà alors, il avait bénéficié du soutien de plus de 400 artistes et politiciens, notamment français, avant d’être libéré sous caution. On comptait parmi ses défenseurs des personnalités comme Isabelle Adjani, Paul Auster, Pascal Bruckner, Patrice Duhamel, Isabelle Huppert, Milan Kundera, Yann Moix ou encore Salman Rushdie. Aujourd’hui, le cinéaste n’a le droit de se déplacer que dans les trois pays qui refusent d’appliquer l’extradition vers les États-Unis, à savoir la France, la Suisse et la Pologne.

Jusqu’ici, le travail du réalisateur du Bal de vampire, de Rosemary’s Baby, du Locataire, de Tess, du Pianiste ou encore de Carnage n’a jamais été lésé par le monde du cinéma français, comme l’attestent notamment les 4 Césars du meilleur réalisateur qui lui ont été attribués. Et cela avait donné lieu à des dénonciations sans pour autant atteindre l’ampleur de la polémique actuelle. Car cette fois-ci, c’est l’aspect honorifique du titre accordé qui provoque l’indignation. Si les réactions féministes comme celle Caroline de Haas sont particulièrement présentes sur les réseaux, c’est un public très large qui s’exprime sur le sujet depuis mercredi, principalement sur internet. Les médias aussi se sont emparé du sujet, comme la revue Kombini qui choisit de reprendre les mots du réalisateur, qui avait souligné le “mauvais goût” de la blague de Laurent Laffite adressée à Woody Allen au dernier festival de Cannes. Le magazine rétorque ainsi: “Ce qu’il y a sûrement de mauvais goût, et on peut l’affirmer sans ciller, c’est qu’une personne accusée de viol sur mineure, une personne ayant elle-même reconnu les faits, devienne la représentation symbolique, le visage du cinéma français, au cours d’une cérémonie récompensant ses meilleurs films de l’année. Ça, c’est plus que de mauvais goût, ça n’aurait jamais dû être entrepris.”

Il faut dire que les réactions contre cette nomination se nourrissent aussi du traitement médiatique dont elle a fait l’objet dans les premiers temps. En effet, le premier article du Monde sur le sujet (qui a été modifié après les lourds reproches de la journaliste Nora Bouazzouni sur twitter ), reprenait la dépêche de l’AFP et employait la périphrase “affaire de mœurs” pour désigner le crime sexuel imputé à Roman Polanski et reconnu par lui:  “Le choix de l’Académie est certes avant tout esthétique mais c’est aussi un engagement d’ordre quasiment politique, qui renouvelle la confiance et l’estime portée par cette institution du cinéma français à l’égard d’un homme en proie aux poursuites assidues de la justice américaine pour une affaire de mœurs jugée  depuis quelques décennies, mais dont l’interprétation de la résolution divise les parties.”, disaient le journal et l’Agence France-Presse. Précisons que l’AFP, elle, ajoutait plus loin: “Artiste accompli et figure majeure du cinéma mondial, le réalisateur de « Rosemary’s Baby », « Chinatown » ou encore « Lunes de Fiel », a vu son existence également marquée par une affaire de viol présumé d’une mineure remontant à 1977. La justice américaine, qui le poursuit depuis 40 ans pour ces accusations, réclame son extradition.” Le journal Le Monde a rapidement modifié son article, mais a donc contribué à nourrir la polémique à cause du ton qu’il avait adopté.

Ce qui fait grand bruit aujourd’hui, donc, ne semble pas tellement reposer sur la reconnaissance du travail artistique du réalisateur. Ce qui gêne le public est plutôt le traitement accordé à Roman Polanski par le monde du cinéma français, qui fait mine de minimiser de graves accusations au service d’une reconnaissance personnelle plus qu’artistique.

Visuel : CC