Opéra

« Lohengrin » à Bastille: retour en grande pompe de Jonas Kaufmann

« Lohengrin » à Bastille: retour en grande pompe de Jonas Kaufmann

20 janvier 2017 | PAR Julien Coquet

Une production déjà vue à la Scala en 2012 mais cependant très belle ainsi qu’un plateau vocal électrisant rendent l’oeuvre de Wagner passionnante.

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Cela faisait quatre mois, presque cinq, que Jonas Kaufmann n’était plus remonté sur scène à cause d’un problème de santé. On avait peur qu’il fasse faux bond, encore une fois, pour cette production de Lohengrin à l’Opéra National de Paris mais il n’en fut rien: les premières notes, chantées dos au public et en position fœtale, étaient bel et bien là. Dans cette production signée Claus Guth, Lohengrin est loin d’être le chevalier sans peur et sans reproche que l’on a souvent pu voir, mais plutôt un homme perdu, qui erre sur scène et se demande comment il a atterri à Brabant. Jonas Kaufmann semble lui aussi un peu perdu au début de l’ouvrage, encore traumatisé par son arrêt, hésitant à forcer sur sa voix, essayant de s’économiser. Mais on sait à quel point Jonas Kaufmann est un immense ténor lorsqu’il entonne les premières notes de « In fernem Land » au troisième acte: rarement on a entendu une salle si silencieuse et concentrée. Le pianissimo de « Mein lieber Schwan » est extraordinaire, le souffle parfaitement maîtrisé et la voix reprend la puissance qu’on lui connaissait. A la fin de la représentation, le ténor semble très ému de la performance qu’il vient d’accomplir. Gageons que cette confiance en soi s’affirmera au cours des prochaines représentations.

Mais se concentrer sur Jonas Kaufmann c’est oublier les autres héros de la soirée: du plateau vocal à la mise en scène en passant par la fosse, tout est à admirer. Transposée au milieu du XIXème siècle, on avait déjà pu voir la mise en scène de Claus Guth lors de l’ouverture de la Scala en décembre 2012, que ce soit dans la salle de Milan ou devant son poste de télévision. Et il faut dire qu’elle est plutôt réussie (n’en déplaise aux quelques huées), même si l’on ne comprend pas tout. En effet, l’abondance de symboles (tel ce piano renversé) nuit parfois à la compréhension de l’oeuvre, sans pour autant l’obscurcir. La direction d’acteurs est parfaitement maîtrisée et les décors, signés Christian Schmidt et inspirées du Semperdepot de Vienne sont assez beaux pour se perdre dans leur contemplation (comme ce marécage, où Elsa a perdu son frère, recréé au troisième acte). Enfin, soulignons, car ce n’est pas souvent le cas, la beauté des lumières réglées par Olaf Winter, du bleu nuit se reflétant sur les décors à la scène du récit de Lohengrin où seul le héros est éclairé.

La diaphane Elsa de Martina Serafin rappelle celle d’Annette Dasch qui figurait dans la production originelle. Les graves sont parfois un peu poussifs mais le personnage est émouvant, obsédé par la mort de son frère. La diction de l’allemand est de plus tout à fait appréciable. L’autre femme de la soirée, et quelle femme!, est l’Ortrud d’Evelyn Herlitzius, tout juste sortie de la tournée de l’Elektra de Chéreau. La prestation scénique est impressionnante et fait vite détester cette harpie. La voie fait plus que suivre : la puissance est remarquable, l’expressivité du chant et les aigus admirables. Peut-être que l’on n’entend pas assez cette Ortrud lors des ensembles, mais les prestations seules laissent facilement oublier le reste. Son mari, le Telramund de Tomasz Konieczny incarne parfaitement cet homme tombé en disgrâce à cause des ambitions de son épouse et qui finira par vouloir assassiner lachement Lohengrin. René Pape campe lui aussi un solide Heinrich der Vogler, donnant un certain charisme à un personnage qui n’est pas souvent mis en avant. Son collègue Egils Silins est tout aussi irréprochable.

Enfin, citons le dernier protagoniste et héros de cette aventure wagnérienne : Philippe Jordan. Le chef tire le meilleur de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris, livrant un Prélude qui fait entrer le spectateur directement dans l’atmosphère de l’œuvre. On distingue clairement trois strates : les bois, les cordes et les cuivres qui communiquent dans une parfaite union, illustrant une œuvre romantique qui se dirige vers les grandes œuvres dans lesquelles la théorie wagnérienne sera clairement mise en pratique.

Lohengrin de Richard Wagner à l’Opéra National de Paris le mercredi 18 janvier 2017. Direction musicale de Philippe Jordan et mise en scène de Claus Guth.

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Julien Coquet

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