Le nouvel album de Beyonce et Jay-Z : une ode à l’amour et à la culture noire pour dix ans de mariage

20 juin 2018 Par
Lucile Brusset
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Dévoilé par surprise ce samedi 16 juin, Everything is love, le nouvel album du couple Jay Z-Beyonce, marque le point d’orgue d’une trilogie musicale dédiée aux difficultés conjugales du couple, sur fond d’ode à la culture afro-pop.

Un album surprise

Appelez-les désormais Les Carters. Reprenant le nom de naissance de Jay Z, Beyonce et son rappeur de mari, alors en pleine tournée internationale, ont fait le choix de révéler la sortie de leur nouvel album sur l’écran géant du London Stadium, au beau milieu de leur concert londonien. Un effet de surprise contrôlé qui n’a pas manqué de surprendre leurs fans. Depuis la sortie de 03 Bonnie & Clyde en 2002, où les deux rois de la pop célébraient de concert leurs jeunes amours, l’espoir d’un album commun n’avait cessé de resurgir, sans que celui-ci n’aboutisse cependant.

Publié en exclusivité sur Tidal et distribué par les deux labels des artistes (Parkwood Entertainment et Roc Nation), le disque contient neuf titres et a déjà fait le buzz via le clip monumental du single « Apeshit » réalisé au Louvre.

Le point d’orgue d’une trilogie amoureuse et musicale

Interrogé en 2017 par le New York Times, Jay Z avait expliqué que sa femme et lui n’hésitaient pas à utiliser leur musique comme une « session de thérapie ». Dans Everything is love, la cure thérapeutique prend ici les airs d’un hymne de revanche sur les années passées et les titres qui laissaient entendre les difficultés conjugales du couple.

Ainsi dans Lemonade, sixième album solo de Beyoncé paru en 2016, les fans avaient vu dans les paroles de la chanteuse les signes d’une accusation à l’égard son mari, soupçonné de l’avoir trompé. « You better call Becky with the good hair » (« Tu ferais mieux d’appeler Becky avec les beaux cheveux ») enjoignait Queen B à celui qui partage sa vie dans Sorry, avant de le menacer sur la chanson Don’t Hurt Yourself : «This is your final warning / You know I give you life / If you try this shit again you gon’ lose your wife» («C’est ton dernier avertissement / Tu sais que je te donne la vie / Si tu refais cette merde tu vas perdre ta femme»). Un an plus tard, le feuilleton musical du couple se poursuivait avec l’album 4:44 de Jay-Z, où le rappeur demandait pardon à sa femme.

Rompant avec les complications passées, le nouvel album fait figure de célébration de l’amour et de la puissance du couple aux millions d’albums écoulés. D’entrée de jeu, dans « Summertime », le premier morceau du disque, Beyoncé invite son mari à « faire l’amour en été, sur le sable, sur la plage » ( « let’s make love in the summertime / on the sands, beach sands »), évoquant ensuite les épreuves traversées par son couple dans « LoveHappy » : « Nous sommes revenus et nous avons vaincu / Nous sommes aujourd’hui heureux en amour » We came and we conquered/now we’re happy in love »).

Une célébration de la culture afro-pop

Mais le plus marquant de l’album réside peut être dans la célébration de la culture noire qu’il propose, notamment dans la chanson « Apeshit », présentée dans un clip magistral et mégalo tourné au musée du Louvre. Sur l’air de leur single, les deux chanteurs engagés multiplient les références à leur succès en tant qu’artistes noirs, occupant le premier plan devant des œuvres iconiques d’artistes blancs, comme un pied-de-nez à une culture occidentale dominée par la culture blanche.

Face à des tableaux issus de l’ère coloniale, le couple de chanteurs impose la communauté noire au sein d’un espace longtemps monopolisé par la communauté blanche. « Le Louvre ne contient pas d’œuvres faîtes par des gens de couleurs » rappelle l’historienne de l’art Heidi Herrera, « en filmant Apeshit dans un espace historiquement blanc, Beyoncé et Jay-Z donne un visage à des individus dont le nom nous a été perdu dans une histoire qui a donné la priorité aux personnages blancs (…) Ils ouvrent le musée du Louvre au grand public, le rendant accessible à ceux qui ont été exclu de ses galeries, redéfinissant ce que nous reconnaissons comme art ».

Ainsi le tableau de Marie-Guillemine Benoist, Portrait d’une femme noire (1800), apparaît en gros plan pour mieux marquer son importance capitale dans un clip aux accents de Black Power. Rompant avec les codes de représentation traditionnels servant à peindre les personnages noirs, l’artiste signe un portrait militant où la femme représentée renvoie à la figure d’une Marianne noire.

marie-guillemine_benoist_-_portrait_dune_negresse

Outre cette ode à la culture noire, le clip sonne également comme une victoire de la pop culture sur la culture légitime et savante incarnées par les collections du Louvre. « I can believe we made it » clame Beyonce dans une robe aux grandes vagues blanches qui fait figure de clin d’œil à la Victoire de Samothrace devant laquelle la diva R’n’b se pavane. Et face à tant de beauté et d’assurance, nous aussi nous restons cois.

Visuels : ©Musée du Louvre / ©Capture écran