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Picasso et la Danse

Picasso et la Danse

20 juin 2018 | PAR Raphaël de Gubernatis

C’est par l’intermédiaire d’Edgar Varèse que Jean Cocteau parvint à rencontrer Pablo Picasso au moment où il projetait de monter pour les Ballets Russes cet ouvrage que sera « Parade ».

Et le 25 août 1916, Picasso, comme concepteur des décors et des costumes, acceptait de participer, avec Cocteau pour le livret, Satie pour la musique et Massine pour la chorégraphie, à la création de ce ballet novateur et loufoque qui, en pleine guerre, allait faire scandale au Théâtre du Châtelet, le 18 mai 1917.

C’est ainsi que débuta la collaboration de Picasso avec les Ballets Russes de Serge de Diaghilev. Parce que Cocteau voulait à tout prix répondre à la fameuse injonction, « Etonnez-moi ! », que Diaghilev lui avait adressée et parce qu’il pensait que personne, dans le domaine des arts plastiques, n’était plus à même que Picasso de bouleverser le directeur des Ballets Russes et le public.
Et cette collaboration dura d’autant mieux que de son côté Picasso, en s’éprenant de la danseuse Olga Khokhlova et en l’épousant en 1918, entrait de plain pied dans l’univers des Ballets Russes, alors que jusque là il n’avait connu et aimé la danse qu’à travers le monde du music-hall, du cabaret ou du cirque.

De Parade à Icare

Picasso et la danse : le thème n’est pas neuf. Le Ballet de l’Opéra de Paris ainsi que le Ballet de Lorraine naguère ou le jeune ballet dirigé par Jean-Albert Cartier s’étaient déjà saisi du sujet pour de magnifiques soirées chorégraphiques. Et il y a peu de surcroît, le Théâtre du Châtelet exposait dans des conditions majestueuses l’immense rideau de scène de Parade conservé au Centre Pompidou de Metz.
Mais l’exposition, présentée dans ce qui devait servir d’entrée et de salon réservés à l’empereur et à l’impératrice des Français au moment de l’édification de l’Opéra de Paris, l’exposition révèle tant de belles choses et même tant de surprises que personne ne pourrait songer à bouder une aussi plaisante réalisation comme le travail des commissaires de l’exposition, Béranger Hainaut et Inès Piovesan.
Des maquettes de décors ou de costumes imaginés pour Parade (et parmi ces costumes les originaux des tenues d’acrobates datant de 1917), jusqu’ aux ultimes dessins de nature érotique du peintre espagnol ou à ceux qui évoquent l’univers tauromachique, l’ensemble de ce que lui inspira la danse, directement ou indirectement, est ici évoqué. On y voit les décors et les enthousiasmants costumes imaginés par Picasso pour Le Tricorne, ce Sombrero de Tres Picos de Manuel de Falla chorégraphié avec verve en 1919 par Léonide Massine, comme ceux de Pulcinella (1920), ceux de Mercure (1924) ou ceux encore, si beaux et si poignants, qui accompagnent Icare, création de Serge Lifar en 1962.

Des dessins d’une délicate sensualité

Hormis les merveilles imaginées pour la scène, et qui demeurent parmi les plus belles réalisations jamais imaginées pour des spectacles chorégraphiques, comment ne pas être plus touché encore par ces multiples dessins d’une élégance, d’une sensualité, d’un naturel si parfaits qu’exécuta Picasso dans les studios de répétition des Ballets Russes à Monte Carlo, lors de séjours qu’il effectua auprès de la compagnie en 1925 et 1926 ? Plus encore peut-être que les chefs d’œuvre imaginés pour la scène, ils donnent, dans leur magnifique simplicité, la mesure de l’écrasant talent de dessinateur du futur auteur de Guernica

« Picasso et la danse », exposition à la Bibliothèque-musée de l’Opéra de Paris. (entrée par le pavillon impérial, à l’angle des rues Scribe et Auber, sur la gauche de l’Opéra). Jusqu’au 16 septembre 2018. Tous les jours de 10h à 17h ou jusqu’à 18h du 15 juillet au 2 septembre.
Catalogue de l’exposition. BNFEditions. 191 pages. 39 euros. Disponible à la librairie-boutique de l’Opéra de Paris.

(c) Anne Deniau / Ballets Russes

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Raphaël de Gubernatis

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