Décès de Winnie Madikizela-Mandela, militante anti-apartheid

4 avril 2018 Par
Aurore Garot
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Figure radicale contre le régime de l’apartheid en Afrique du Sud et ex-femme de Nelson Mandela, Winnie Madikizela-Mandela s’est éteinte à l’âge de 81 ans à l’hôpital de Johannesburg, lundi 2 avril. La population Sud-Africaine rend hommage à la « mère de la nation » qui, malgré ses méthodes d’action controversées, incarne aux yeux de ses compatriotes, « l’emblème d’une longue souffrance » et est une icône centrale dans la lutte contre le régime ségrégationniste, instauré en 1948.

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Une pluie d’hommages déferle en Afrique du Sud pour saluer la mémoire de la « Mama Winnie ». Les personnalités politiques se succèdent à la porte de sa maison à Soweto, de l’ancien président Thabo Mbeki au leader de l’EFF Julius Malema, en passant par plusieurs ministres, responsables de la Ligue des femmes de l’ANC et citoyens. Cyril Ramaphosa, président sud-africain a lui aussi fait le déplacement pour honorer le « symbole du désir de liberté de notre peuple », celle qui a « sacrifié sa vie pour la liberté de l’Afrique du Sud » avec sa « voix de défi et de résistance. » «Aujourd’hui, nous avons perdu une mère, une grand-mère, un ami, un camarade, un leader et une icône », a déclaré le gouvernement sud-africain. Trois jours de deuil national ont été annoncés tandis que ses obsèques auront lieu le samedi 14 avril à Johannesburg.

Une vie de famille comprise

Née en 1936, dans un village du Transkei de la province du Cap oriental, Nomzamo Winifred Zanyiwe Madikizela-Mandela, plus connue sous le nom de « Winnie », fut la première assistante sociale noire du pays dans un hôpital de Soweto. En 1958, elle épouse Nelson Mandela, de dix-huit ans son aîné, avec qui elle donne naissance à deux filles, Zeni et Zindziswa. Après plusieurs années de clandestinité, le leader de la lutte anti-apartheid et membre du Congrès National Africain (ANC) est arrêté en août 1962. « On n’a jamais eu vraiment de vie de famille, explique-t-elle dans ses mémoires, on ne pouvait pas arracher Nelson à son peuple. La lutte contre l’apartheid, la Nation venaient d’abord ». Malgré les vingt-sept années d’emprisonnement de son mari, Winnie Mandela n’abandonne pas le combat vers la liberté et devient une des figures majeures du parti devenu illégal en 1960, notamment en tant que présidente de la ligue des femmes.

Une figure controversée due a ses méthodes de protestation violentes

La militante radicale, considérée comme « l’une des plus grandes icônes de la lutte contre l’apartheid », n’hésitait pourtant pas à utiliser la force plutôt que le dialogue. Assignée à résidence par les autorités à Brandfort à 365 km de Johannesburg, elle continue la lutte en invitant des journalistes du monde entier, en appelant les lycéens de Soweto à « se battre jusqu’au bout » lors des émeutes en 1976 et en s’entourant en 1980, après de multiples agressions, d’une violente milice composée de jeunes gens, la Mandela United Football Club (MUFC), accusée de douze crime et quatre cas de torture dont l’assassinat en janvier 1989 du jeune militant de quatorze ans Stompie Moketsi, soupçonné d’espionnage au profit du pouvoir blanc. En 1986, dans un de ses discours les plus controversés, Winnie Mandela appelle à « libérer ce pays avec des allumettes », en référence au supplice du « collier » qui consistait à brûler vif avec un pneu autour du cou, les « traîtres » de la cause anti-apartheid. En 1991, elle est reconnue coupable de complicité d’enlèvement et de meurtre et est condamnée à six ans de prison, punition qui sera commué ultérieurement en simple amende. En 1998, la Commission vérité et réconciliation (TRC) la déclare « coupable politique et moralement des énormes violations des droits de l’Homme » commises par sa milice.

Une mise à l’écart du gouvernement pour indiscipline

«Elle était une formidable égérie de la lutte, une icône de la libération, expliquait le prix Nobel de la paix Desmond Tutu. Et puis, quelque chose a terriblement mal tourné.» Quatre ans après la libération de Nelson Mandela qui devint le premier président noir de l’histoire du pays, « la mère de la nation » est nommée vice-ministre de la Culture. Dès les débuts de ce premier gouvernement post-apartheid, elle exprime son désaccord avec la stratégie de négociation de son mari : «Mandela nous a abandonnés, dit-elle, l’accord qu’il a conclu est mauvais pour les Noirs». En 1995, elle est renvoyée de son poste pour insubordination mais reste députée. Le divorce du couple Mandela est signé l’année suivante à cause ses infidélités, de son comportement et des accusations dont elle fait l’objet. L’image des deux personnalités anti-ségrégationnistes se tenant la main à la libération du héros national en 1990, appartient désormais au passé. A sa mort, Winnie Mandela ne récupère rien, et entame une procédure pour récupérer la maison familiale de Qunu…en vain. Expulsée de la direction de l’ANC et condamnée en 2003 pour fraude, elle revient en politique en 2007, en intégrant le Comité exécutif du parti. « Je lutterai jusqu’à mon dernier souffle pour protéger notre liberté et pour qu’elle soit totale », déclare-t-elle en 2014 au JDD.

Charismatique et indomptable, Winnie Madikizela-Mandela n’était pas l’ombre de son mari. Elle était une leader à part entière qui n’arrêta jamais de lutter pour l’égalité dans son pays.

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Visuel : ©Flickr.com

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