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Okawachiyama, le village secret de la porcelaine

Okawachiyama, le village secret de la porcelaine

10 janvier 2020 | PAR Laetitia Larralde

Avant les estampes, le Japon a fasciné l’Europe avec ses porcelaines d’Imari. Direction Okawachiyama, berceau du style Nabeshima, petit village de potiers de l’île de Kyushu à l’histoire singulière.

Jusqu’à la fin du XVIème siècle, le Japon a subi de nombreuses guerres entre les grands seigneurs. La bataille de Sekigahara en 1600 donna le pouvoir au clan Tokugawa qui devinrent les shoguns jusqu’au XIXème siècle, pendant ce qu’on a appelé la période Edo. L’arrivée au pouvoir des Tokugawa laissa les seigneurs de Kyushu dans une position délicate, car ils étaient ennemis. Pour prouver sa valeur, le clan Nabeshima décida donc de développer l’art de la porcelaine et de former les meilleurs artisans de ce domaine. Pari réussi, car la porcelaine de Nabeshima est devenue la plus exclusive des porcelaines d’Imari.

Imari est le port d’où les bateaux de la Compagnie des Indes partaient chargés de porcelaine dès le XVIIème siècle. On estime à environ 1,9 million le nombre de pièces exportées vers l’Europe à cette époque. Leur grand succès inspira le développement de la production locale, notamment Sèvres en France et Meissen en Allemagne.

Ce qui est connu en Europe sous le nom de porcelaine d’Imari est en réalité originaire d’Arita, ville à l’ouest de Kyushu. L’origine du développement de cet artisanat est attribuée à deux artisans coréens capturés pendant les guerres de Corée à la fin du XVIème siècle. Ils trouvèrent dans la région des gisements de kaolins, l’argile blanche à la base de la porcelaine, ainsi que de grandes forêts pouvant fournir le bois pour la cuisson des pièces.

La porcelaine d’Arita se divise en deux styles principaux : Kakiemon et Nabeshima. Le premier était destiné à être utilisé pour les grandes occasions, tandis que le second constituait un cadeau particulièrement prisé par la cour d’Edo. Afin de préserver ce savoir-faire unique, les seigneurs Nabeshima décidèrent de surveiller de près le village où se concentrait la production : Okawachiyama. Les porcelainiers avaient l’interdiction formelle de répandre leur savoir hors des limites du village et étaient soumis à des règles strictes de production et de qualité. Isolés dans un village de montagne au milieu d’un pays fermé à l’étranger, les potiers d’Okawachiyama, doublement coupés du monde, développèrent leur art jusqu’à la perfection. Connu par tous les hauts dignitaires du Japon pour sa porcelaine raffinée, le village hérita du surnom de « village des fours à céramique secrets», Hiyo-no-sato.

Le savoir-faire d’Okawachiyama s’est transmis de génération en génération, pendant plus de quatre cents ans. Si aujourd’hui il ne reste plus qu’une trentaine de potiers, la technique est toujours mise en pratique de la même façon, avec peu de concessions à l’industrialisation. Seules quelques rares pièces sont cuites dans les fours à bois (17 heures à 1300 degrés), les autres utilisant des fours modernes. Les motifs n’ont pas changé non plus depuis le XVIIème siècle, ni les couleurs, rouge, bleu et vert sur fond blanc.

Okawachiyama est l’un de ces musées à ciel ouvert où sont préservés techniques et savoirs anciens qui parsèment le Japon. Et si la tradition reste la ligne directrice principale, quelques-uns essayent de trouver un moyen de concilier tradition et modernité pour que continue à rayonner la porcelaine d’Imari. Au Japon, les contraires ne s’opposent pas, ils se complètent.

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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