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Le Gujô Odori, danser pour se relier au monde

Le Gujô Odori, danser pour se relier au monde

17 décembre 2019 | PAR Laetitia Larralde

Chaque civilisation a ses danses folkloriques, issues de croyances et de traditions locales. Au Japon, dans la ville de Gujô Hachiman, la ville entière danse dans la rue chaque été.

L’été au Japon est la période des matsuri, festivals populaires liés au shintoïsme. On célèbre les dieux avec des chars et des mikoshi, des sanctuaires portatifs, qu’on fait défiler dans la ville, souvent au rythme de chants et de musique. C’est aussi l’occasion de porter un yukata, kimono de coton léger, et de profiter des stands de nourriture et de jeux installés autour des temples.

Le point culminant de l’été est le festival de l’O-bon, mi-août, où l’on célèbre les ancêtres pendant trois jours. Ce festival se fête dans tout le Japon, à des dates variables selon les régions. C’est à Gujô Hachiman que vous trouverez un des plus importants festivals de danse, le Gujô Odori. Dans cette ville de la préfecture de Gifu, dans les montagnes au nord de Nagoya, avec son château reconstruit en bois, ses stations de ski et spécialiste des modèles de nourriture en plastique que l’on croise dans les vitrines de restaurants, on danse de juillet à septembre. Le Gujô Odori est classé comme Bien Immatériel de la culture japonaise et existe depuis 400 ans. Instauré par le seigneur de l’époque, il visait à rassembler toute la population de ses terres, sans distinction de classe.

Basé sur dix danses et dix chansons correspondantes, le festival se déplace dans différents endroits de la ville au fil des nuits, et culmine au moment de l’O-bon avec quatre nuits de danse. Un char avec des musiciens et des chanteurs installé au centre, les danseurs, en yukata et geta (socques de bois), dansent du crépuscule à l’aube en rond autour du char. Tout le monde peut participer, peu importe sa tenue, son niveau de danse, son âge ou sa provenance. Des cours sont donnés à ceux qui le souhaitent, mais vous pouvez aussi apprendre en suivant les autres danseurs.

Ces quatre nuits, à danser porté par une foule particulièrement dense, sont propices pour nouer des liens et parfois même atteindre un état de transe. Cela évoque les danses des derviches tourneurs qui passent dans un état méditatif et spirituel grâce à la danse, ou ces épidémies de danse européennes, comme la tarentelle, aussi liée à la religion. En dansant toute la nuit, au rythme des chants et des claquements des getas, avec des gestes répétitifs, en tournant en cercle autour d’un char, on se libère petit à petit de nos soucis et du quotidien pour n’être plus que dans l’instant, ouvert à toute forme de communication.
Communiquez avec votre voisin ou vos ancêtres, l’essentiel est dans le renforcement de son lien au monde visible et invisible.

Visuel : © Gifu Prefecture : photo des danseurs et du char

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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