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Artrotters, le voyage en immersion dans la culture par Frédéric Pfeffer et Chloé Lefèvre

Artrotters, le voyage en immersion dans la culture par Frédéric Pfeffer et Chloé Lefèvre

13 novembre 2019 | PAR Yaël Hirsch

Depuis 1980, la Fugue propose des voyages uniques autour du thème de la musique et de l’opéra. Depuis cette rentrée 2019, cette grande maison de voyages haut-de-gamme, animée un mélomane passionné, Frédéric Pfeffer, lance Artrotters. Il s’agit de week-ends et courts séjours culturels de 2 à 5 jours, en solo, couple, famille ou entre amis où les hôtes sont invités à vivre une expérience unique dans les villes qui bouillonnent de culture, en France, Europe ou à l’étranger ou dans des lieux plus insolites. Un concept exclusif avec des hôtels étoilés, des places privilégiées et des programmes pointus dont nous parle Frédéric Pfeffer, avec à ses côtés, une jeune mélomane, Chloé Lefèvre, qui a rejoint la Fugue pour imaginer ce nouveau projet.

Frédéric, pouvez-vous revenir sur les débuts de La Fugue, comment avez-vous commencé à réunir des voyageurs autour de la musique ?
Cela s’est fait tout naturellement. Au début des années 80 il y avait une forte demande en France pour assister à des concerts et spectacles inaccessibles tels que Karajan à Salzbourg, Strehler à La Scala de Milan, Carlos Kleiber à Munich, etc…
Les places étaient réservées à une élite d’initiés et les dernières restantes s’arrachaient lors de l’ouverture des ventes. Il n’y avait, par conséquent, pas d’offre pour le public étranger.
Les clients et leur demande étaient donc réels, il fallait trouver le produit tant désiré.
J’y suis parvenu ; avec la collaboration de quelques amis « influenceurs » (on parle beaucoup aujourd’hui de cette « nouvelle » profession, mais les « opinion leaders » ont toujours existé) et avec la magie du bouche-à-oreille, les choses se sont rapidement mises en place.

Quel est votre plus extraordinaire souvenir?
Difficile à dire, il y en a pléthores ! Mais ceux qui restent les plus vifs dans ma mémoire sont les « miracles » du spectacle vivant – où, sans raison apparente, tout le monde, spectateurs et artistes confondus, partagent une énorme émotion – ou les opérations très difficiles à réaliser.

Dans le premier cas, mon premier opéra dirigé par Karajan (La femme sans ombre de Richard Strauss) m’a à jamais marqué et a constitué un tournant décisif dans ma vie.
Je pourrais également citer la deuxième symphonie de Schubert, dirigée par Carlos Kleiber en plein hiver sur une île des Canaries, lors d’une nuit de tempête. L’auditorium Alfredo Kraus se situe face à la mer, avec un fond de scène vitré vous permettant d’assister au spectacle saisissant d’immenses vagues se fracassant sur les rochers… cette vision dramatique, accompagnée des sonorités d’une musique sublime, dirigée par un génie… ça ne s’oublie pas.

Dans le deuxième cas, je citerai un projet parmi tellement d’autres : notre Croisière sur rails en Ecosse. A bord du train privé « the royal Scotsman », nous avons entrepris une traversée de l’Ecosse durant laquelle chaque escale se faisait dans un château qui figure dans un opéra.
Pour chacun d’eux nous avons produit une réduction de l’œuvre en question, en costume, et mise en scène dans le décor d’origine. Ce projet de haute couture du voyage nous a pris près d’un an à réaliser. Le résultat était sublime.

À ceux qui disent « c’était mieux avant » du temps de Karajan et du Concorde, que répondez-vous ?
Je pense que ceux qui disent ça cultivent une nostalgie d’une autre nature ou plutôt de plusieurs facteurs réunis. Un grand spectacle, bien sûr, peut être aussi l’émotion de la découverte, mais sans doute aussi la nostalgie de leur jeunesse.
À mon sens, ce n’était pas mieux avant, seulement différent. J’éprouve le même bonheur aujourd’hui devant un grand moment d’émotion artistique qu’à l’époque de mes débuts dans cette activité.

Quelles sont les grandes évolutions du luxe et de l’envie de luxe des voyageurs cultivés et mélomanes?

Je pense que pour les précédentes générations de voyageurs, partir était encore un vrai privilège, et un moment rare qui s’ajoutait au plaisir d’assister à des spectacles ou à des concerts. Aujourd’hui, voyager est devenu une banalité, voire perçu comme une contrainte. Les foules dans les aéroports, les files d’attentes, les bruits et une surenchère d’offres dans laquelle on se perd.
Selon moi, le luxe du voyageur cultivé et mélomane aujourd’hui est d’abord d’avoir accès à une vraie sélection de spectacles innovants et de qualité dans cette jungle de surabondance d’offres.
C’est aussi d’éviter toutes ces contraintes liées au déplacement afin de réunir toutes les conditions pour vivre pleinement l’émotion à laquelle on s’attend dans ce genre de voyage.
Auparavant, nous avions des références héritées des grandes traditions, issues de sentiers bien balisés. Aujourd’hui nous voulons à tout prix sortir de ces sentiers battus, découvrir, se laisser surprendre, créer nos propres références, échapper aux convenances… Pour moi c’est cela le nouveau luxe. J’y ajouterai bien sur l’air pur, la beauté de la nature et surtout du silence entre ces sons sublimes pour lesquels on se déplace…

Chloé, que représentait la Fugue pour vous ?
J’ai découvert La Fugue au détour d’une discrète offre de poste alors que je cherchais à venir m’installer à Paris. Le nom d’abord, l’activité ensuite ont attisé ma curiosité. Ma rencontre avec la souriante et chaleureuse équipe et la visite des locaux cosy de l’agence m’ont charmée. Et enfin, la beauté du produit et le prestige de la maison ont fini par me convaincre de rester. Cela fait bientôt 6 ans et cette maison continue de me plaire, dans tous ces aspects, dans tous ces nouveaux défis de création d’exceptionnel.

Comment vous êtes-vous rencontrés et comment avez-vous pensé l’offre Artrotters ?
Nous avons pensé Artrotters il y a 1 an maintenant.
Avec l’expérience de La Fugue, et cet héritage du désir d’être à l’avant-garde de la scène artistique, nous avons naturellement eu envie d’aller plus loin, de proposer une nouvelle expérience, d’aller à la rencontre des nouveaux visages, des nouveaux partis pris…

Le cœur de la démarche reste la transmission et le partage : à un public d’initiés certes, mais aussi à un tout autre public curieux, épris de découvertes culturelles et de libertés lors de ses city breaks.

Nos clients actuels ont été la meilleure inspiration par leur désir de transmettre, de partager leur passion avec leurs proches, des générations plus jeunes que la leur, voire beaucoup plus jeune.
Artrotters répond à ce besoin de réinventer le concept de séjour culturel, en offrant une expérience unique et complète. Excellence, Exclusivité, Exploration et Emotion sont nos moteurs dans ce projet.

Est-ce évident de passer d’un focus sur la musique en particulier à une offre qui mêle les arts ?
Les habitudes des voyageurs ont beaucoup changé ces dernières années et on observe que le choix d’une destination se fait plus sur l’expérience culturelle plutôt que sur la météo que l’on trouvera sur place.

« Une expérience culturelle » : cela nous ouvrait un champ des possibles très excitant.

Pour Artrotters, digne héritière de La Fugue, c’était notre seconde nature d’être en quête permanente des propositions les plus surprenantes et exigeantes du spectacle vivant actuel. Concerts de musique classique, opéras, pièces de théâtre, spectacles de danse, comédies musicales… Cela était tout à fait naturel puisqu’au cœur de notre métier.

Mais nous ne voulions pas nous arrêter là.

Artrotters explore également la scène actuelle des arts visuels, à la recherche de lieux, artistes et événements incontournables ou d’avant-garde, à découvrir en France et en Europe. Elle propose ainsi des entrées pour des rendez-vous tels que la Biennale d’art contemporain de Lyon et sa programmation pointue avec en 2019, pour la première fois l’équipe curatoriale du Palais de Tokyo qui investit plusieurs lieux de la ville.

La création contemporaine est vaste et parfois difficile à appréhender. C’est pourquoi nous sélectionnons et mettons à la portée de notre communauté le meilleur de la scène artistique actuelle, mêlant voyage et expérience culturelle immersive.

Le projet est-il exclusivement urbain ?
La culture n’est pas réservée aux villes. Si notre offre se décline majoritairement en city breaks, nous avons une rubrique « Déconnexion » sur notre site artrotters.com dans laquelle nous offrons toujours l’opportunité de s’évader en pleine nature : que ce soit pour écouter de la musique classique à plus de 2000m d’altitude à l’occasion du Festival des Dolomites, en Italie, ou pour faire l’expérience d’un concert sur instruments de musique taillés dans la glace à Finse, en Norvège.

Allez-vous avoir des ambassadeurs ?
Les Fugueurs qui voyagent avec nous depuis 40 ans seront, je le pense, nos premiers ambassadeurs tant cette envie de partage et de transmission est de plus en plus palpable ces dernières années. Nous pouvons également compter sur notre réseau de partenaires, tous plus passionnés et passionnants les uns que les autres, dans chacune des destinations. Qu’ils soient guides conférenciers, rédacteurs spécialisés, experts dans leur domaine, youtubeur en pleine croissance… Nous avons tous à cœur de sélectionner ce qui se fait de mieux pour les voyageurs, et de leur donner toutes les clés d’écoute et/ou de compréhension de ce qu’ils vont voir, écouter ou expérimenter.

 

Visuel : © La Fugue / Artrotters

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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