Tendances

Une fièvre argentine : un dernier tango à Paris

Une fièvre argentine : un dernier tango à Paris

10 septembre 2012 | PAR La Rédaction

Redécouvert à la fin des années 1990, le tango argentin a aujourd’hui repris tous ses droits, à Paris comme ailleurs. La capitale française accueille une grande diversité de bals et de danseurs — un univers hors du commun, dont la force de séduction est en pleine croissance.

« Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous. »

Cette citation d’Éluard est la devise du site Tango-argentin.fr. Du quai Saint-Bernard à la place de La Défense, du Théâtre de Verre au El Garron, et jusqu’aux confins de Montreuil : dans une trentaine de lieux au bas mot — alternatifs ou traditionnels, gratuits ou payants, modernes ou historiques, ouverts ou fermés, publics ou privés — les « milongas » ou bals tango touchent un public de plus en plus vaste. Pour ceux qui croient encore qu’il s’agit d’une danse de latin lovers et séductrices en jupes fendues, il est temps d’ouvrir les yeux. Le tango s’adapte à tous les âges et à tous les goûts.

Certes, on distingue des tendances et même des schismes au sein de la communauté des danseurs parisiens. Chaque école cultive sa spécificité. Et elles sont aussi innombrables que les milongas et les pratiques: entre cinq et dix événements par soirée, une des plus grandes concentrations au monde.

Une relation historique entre Paris et Buenos Aires

Si le tango est né dans les bas-fonds, sur les bords du Rio de la Plata, c’est dans le Paris des Années folles qu’il gagne ses lettres de noblesse. À partir de 1910, les musiciens s’y rendent pour enregistrer des disques. La musique, et surtout la danse, déchaînent l’engouement des classes supérieures. On importe des professeurs et enrichit cette danse passionnée de quelques ornements plus… parisiens.

Carlos Gardel fait monter le tango « des pieds aux lèvres » en chantant sur des scènes de théâtres et de cabarets. Le Francesito illustre le développement du tango canción dont les textes sont signés par des poètes. Dans les années 1960 à 1980, alors que Buenos Aires réserve un accueil plutôt froid aux audaces de Piazzola et Pugliese, Paris joue de nouveau un rôle important en contribuant à leur consécration.

Plus qu’une danse, une passion

Contrairement aux autres danses dites sociales, le tango ne peut pas être considéré comme un simple divertissement. Autant que la musique (mélancolique, tragique ou sauvage), le visage des danseurs est grave, les yeux des danseuses souvent clos. Il s’agit d’une danse difficile, âprement apprise et chaque fois improvisée, dans laquelle on ne peut se contenter de reproduire des figures, car tout se joue dans la communication des bustes et des respirations, au sein de l’abrazo qui unit deux individus le temps de quelques morceaux. Bref, il y faut plus qu’un brin de passion.

La dimension sociale, toutefois, existe bel et bien : cette danse unit les générations, les classes sociales, les nations. Un danseur ne part pas en voyage sans ses chaussures et consulte le calendrier local des milongas. On retrouve à Paris un partenaire de Saigon, de New York, de Lisbonne…

Bien qu’ils aient tendance à s’atténuer en France, quelques codes régissent encore la pratique de la milonga. Des tenues fluides et élégantes, des chaussures aux semelles glissantes et aux talons élevés. Une certaine façon d’inviter sa partenaire d’un signe de tête, et de ne pas l’abandonner avant la fin de la série musicale…

Mais aujourd’hui, les DJ de tango s’intéressent à toutes sortes de musiques : orchestres immortels de la Vieille Garde, Tango nuevo (électronique), fado, reggae, celtique, soul… La liberté n’a pas de limites.

Gabrielle Yriarte

 

Visuel : (c) Romain Baillon.

 

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