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Raf Simons chez Dior, Hedi Slimane chez Saint Laurent : la relève « low profile »

Raf Simons chez Dior, Hedi Slimane chez Saint Laurent : la relève « low profile »

12 octobre 2012 | PAR La Rédaction

À l’heure du bilan de cette Fashion Week parisienne, impossible de passer sous silence les deux défilés qui ont suscité le plus d’impatience et de débats enflammés. Et pour cause : deux « nouveaux venus » à la direction artistique de deux des plus imposantes maisons parisiennes, le tout la même année, il y avait de quoi faire parler. On a donc beaucoup applaudi le deuxième défilé de Raf Simons pour Dior, beaucoup surjoué la déception devant la collection qui marquait le retour d’Hedi Slimane chez Saint Laurent. On a parlé de duel entre les deux créateurs, de match entre deux shows pourtant diamétralement opposés, forcément incomparables.

Reste que, une fois rompus à ces comparaisons et ces calculs de scores, une évidence s’impose : Raf Simons et Hedi Slimane se sont livrés l’un comme l’autre au même exercice de style. Celui d’une ode à la sobriété, éloge à un luxe d’un genre nouveau, dépouillé de tous les artifices du bling. Une philosophie « low profile », à l’image de ces deux créateurs qui professent tous les deux une allergie aux paillettes du star system. Décryptage.

Discrets génies
A l’origine de ces deux collections, deux Messieurs (Presque)Tout-le-Monde. Deux hommes dont le talent incontesté n’a pas réussi à faire tourner la tête. Pourtant il y aurait eu de quoi : c’est à seulement vingt-huit ans et après avoir fait ses armes chez Louis Vuitton, que Hedi Slimane devient directeur des collections chez Yves Saint Laurent, avant de signer chez Dior homme quatre ans plus tard, puis de se retirer pour se consacrer à la photographie, sa passion première. Faits d’armes tout aussi impressionnants pour Raf Simons, architecte de formation, qui monte sa propre griffe à vingt sept ans, et dirige quelques années plus tard la création chez Jil Sander.
Deux parcours sans faute et pourtant une simplicité déconcertante. Aucun caprice de star au compteur, pas de scandale ou d’excentricité à signaler ; ils font partie de cette nouvelle génération qui se tient volontairement éloignée de la planète people, qui se garde de toute exubérance personnelle pour apparaître, collection après collection, simplement douée. Des gens brillants et simples dans la mode ? A New-York d’accord ; à voir Marc Jacobs, Proenza & Schouler ou Altuzarra, on a fini par intégrer l’idée que c’était possible. Mais à Paris ?
Rien qu’à les regarder saluer à la fin de leurs défilés, on comprend qu’à Paris aussi, c’est possible. Hedi Slimane se montre cinq secondes pour une révérence éclair et timide, Raf Simons trottine sur le podium en envoyant des baisers émus. Il est bien loin, le temps des créateurs superstars qui faisaient de leur apparition l’apothéose du show !

Silhouette monacale par Hedi Slimane chez Saint Laurent
Et la collection dans tout ça ? Chez Saint Laurent, on est plongé d’emblée dans une atmosphère à la Dead man : mise en scène sombre, musique planante aux accents mystiques signée Daft Punk et la fameuse femme Saint Laurent, tantôt chamane, tantôt working girl, coiffée d’une capeline de feutre, fatalement sexy et toute de noir vêtue. Un mot s’impose pour décrire un show honnête mais sans originalité notoire: primitif.
Hedi Slimane a en effet choisi de revenir aux sources mêmes du style Saint-Laurent. On retrouve le smoking, forcément, disséminé dans des pantalons cigarettes, des vestes parfaitement ajustées, des leggings de cuir. Un style de parisienne simplement sophistiquée, prêt à l’emploi : ce n’est pas un hasard si la maison revendique pour cette collection l’étiquette de « couture-à-porter ». L’ensemble est mâtiné d’un esprit très seventies qui achève de lui donner un caractère atemporel : des blouses à lavallière qui réveillent la coupe stricte des smokings, des vestes en peau frangée, et pour les capes et les robes, du long, et encore du long.
Le résultat respecte scrupuleusement les codes de la maison, avec une absence de grande innovation que l’on ne peut que déplorer. Pas de surprise, mais de bons basiques qui nous laissent l’impression que ce que l’on voit défiler, finalement, c’est le dressing de nos rêves.

Sobriété graphique chez Dior
Raf Simons persiste et signe, avec la même intention que pour sa première collection : revenir à l’essence géométrique du style forgé par Christian Dior, en privilégiant le travail des volumes. Le décor du défilé préfigure les mots d’ordre de la collection, dans une architecture épurée et presque stricte, relevée par la fraîcheur d’étoffes pastel en mouvement.
Des coupes impeccables donc, qui marquent la taille en se gardant d’imiter le New Look de manière trop premier degré. Chaque silhouette est résolument contemporaine, pensée autour d’une couleur vive ou fraîche, et architecturée par une pièce forte. A l’issue du défilé, Raf Simons explique avoir construit son travail autour du concept de « tailoring ». De fait c’est ce style tailleur qui structure la collection, avec des pièces comme une robe smoking à col croisé, à laquelle on prédit sans hésitation un avenir de must have. Autre monomanie empruntée par le créateur à Christian Dior : la mise en valeur du mouvement des hanches, souligné tour à tour par une jupe tulipe, une ceinture, un peplum ou un subtil jeu de longueurs. Un succès justifié donc, pour cette collection au classicisme assumé.

Cela n’aura échappé à personne : l’heure est au changement, et ces deux shows nous prouvent que le luxe n’est pas en reste. Avec cette leçon d’élégance et de sobriété, Dior et Saint Laurent pourraient bien marquer le début d’une nouvelle ère pour la mode parisienne.

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