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Quand je serai grande, je serai une princesse…

24 décembre 2010 | PAR La Rédaction

Quand je serai grande, je serai une princesse, voila ce que je répondais à six ans et demi aux adultes qui me demandaient ce que je voulais faire plus tard. Comme beaucoup de petite filles des années quatre vingt, biberonnée aux Walt Disney, je me suis vue Cendrillon ou surtout Ariel la petite sirène, coiffée d’un diadème, aux bras du prince charmant, à la fin. Mais quand on y pense, n’est-ce pas surprenant qu' »être une princesse » soit l’objet de tant de projections? On pourrait penser que vouloir être une princesse devrait être démodé après 68, et qu’il est plus digne de rêver d’une carrière de pilote de chasse et plus en phase avec notre époque poste révolution sexuelle. Et pourtant, le thème princesse marche à fond les ballons, il est commercialement inusable. On ne compte plus les utilisations du thème dans le marketing qui vise les petites 4-12 ans. Encore un Disney sorti cette année, avec une princesse tradi réactualisée en fille qui ne se laisse pas marcher sur les cheveux, la forte tête, toujours princesse mais dure à cuire.
Pour les adultes aussi, la princesse et ses déboires sont indémodables. Diana ne cesse de fasciner aussi bien les touristes éplorés qui se regroupent toujours métro Alma, que les présidents de la république qui se laissent aller à de douces rêveries sur sa royale personne. Pourquoi sommes-nous obnubilés par les filles à couronnes? Est-ce par nostalgie de l’Ancien Régime et d’un temps où chacun connaissait sa place dans la société (soupir réac)? Par fascination et envie des nantis (scotcher sur l’article « mais qui est vraiment Kate Middleton » dans un magazine people) ? Ou est-ce que c’est le côté glamour grande robe meringuée qui nous fascine toujours, même depuis qu’on serait (selon les méchantes langues) devenues des grandes? La princesse, qui cultive avec art sa féminité émerveille; dégageant foule de représentations féériques et de promesse d’un bonheur certain, d’un destin exceptionnel, où les soucis seraient effacés d’un coup de baguette magique, comment résister? Et d’où les mariages people, calqués sur les disneys de notre enfance, comme celui la superstar britannique la ultra-trash Katie Price (anciennement connue sous le nom de Jordan), vêtue d’une robe digne de Peau d’Ane, (en nettement moins chic que Deneuve), transportée par un carrosse ultra kitsch, tiré par de magnifiques chevaux de traits, tout harnachés et décorés de plumes. Une lecture un peu premier degré du thème, comme si pour être une vraie princesse, il fallait se plier aux normes du conte de fée. Mais s’il y a la pseudo princesse prolétaire qui n’a de princier que sa dentelle, on retrouve aussi les mythes Lédidi ou Grace Kelly dont la vraie classe inspirera encore les générations à venir, et dont les tragiques destins feront encore verser quelques larmes.
Alors, d’où vient cette véritable obsession? C’est simple, les princesses sont par définition jeunes, belles, désirables, riches et vêtues d’imposantes et souvent sublimes robes à froufrous; même elles peuvent être temporairement dissimulées sous des haillons, ce qui amène un peu de piquant à leur existence féérique, comme Peau d’âne, qui doit lutter contre les apparences et faire admettre son rang par ses qualités et non par ses signes extérieurs de princesse. Ces belles héroïnes sont par construction nécessairement objets de désir masculin majeur. En général, tous les princes sortables des environs accourent au pas de course pour courtiser ces précieuses couronnés. L’apparition du prince charmant permet alors peut être d’expliquer le phénomène princesse. En effet, si on veut se dégoter le prince charmant, c’est plus facile d’être aussi une tête couronnée.
Pourtant, comme Kate Middleton, il ne faut pas ignorer la morale des contes de fée, la vraie princesse est d’abord celle qui agit en tant que telle, c’est à dire avec grâce et la dignité qui incombe à son rang. Sa noblesse de caractère prime sur son statut social, que seul le prince charmant saura repérer et révéler aux yeux de tous. C’est un peu la version girly du rêve de gagner au loto, ascenseur social qui passe par l’institution du mariage, rien de très original ici. Pretty Woman est un bon exemple contemporain. Le contre exemple serait cette snob au petit pois, où ce ne sont que ses gouts de luxe et son extrême sensibilité lombaire qui permettent de l’identifier. Pour détruire le rêve d’être une princesse, rien ne vaut une lecture féministe sans compromis. Ca ne serait que le rêve d’être révélée par un homme, comme si on ne pouvait pas exister sans un homme qui nous « fasse » princesse. D’accord, mais alors quid de la féérie, des grandes robes couleur du Temps, et du prince charmant? Etre une grande ca voudrait dire abandonner tout cela? Oui, peut être, mais bonjour la déprime.
Ami(e)s princesses, en ce jour de Noel, refusons ces tristes conclusions. Revendiquons le droit d’être une vraie princesse au 21e siècle, sortons nos diadèmes et exigeons d’être traité(e)s avec les égards qui nous sont dus. Nous ne sommes d’ailleurs pas seules dans ce combat, le groupe Facebook « Je suis une princesse et je t’emmerde » en témoigne, comptant plus de 78,000 membres à ce jour.

Alcia.

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