Mode
« La plus parisienne des japonaises » nous plonge dans la Renaissance

« La plus parisienne des japonaises » nous plonge dans la Renaissance

21 mars 2020 | PAR Cloe Assire

L’héritage culturel et iconographique laissé par la Renaissance italienne ne cesse d’inspirer l’industrie de la mode. Pour l’automne-hiver 2020/2021, c’est au tour de la créatrice nippone Junko Shimada de puiser dans les chefs-d’œuvre de la Galerie des Offices. Pas plus tard que le 3 mars, le Palais de Tokyo devenait donc le lieu de présentation d’une garde-robe d’un Cinquecento bel et bien contemporain. Rien de tel pour un voyage imaginaire vers Florence pour se changer les idées pendant le confinement…

Deux vierges à l’enfant encadrent la sortie des backstages, constituant l’unique décor de ce défilé dont la bande-son semble nous conduire à un état tant spirituel que contemplatif. Comment ne pas de suite penser à la Maestà di Ognissanti de Giotto devant les cuirs métallisés de dorure venant rythmer cette présentation haute en couleurs ? Quant au bleu, il n’est pas électrique mais bel et bien outremer en renvoyant au fameux lapis-lazuli dont le pigment se vendait autrefois au prix de l’or. Les velours rouges, comme des aplats de couleur, sont aussi carmins que ceux utilisés par le Titien pour sa Vénus d’Urbino. Les délicats imprimés floraux ne peuvent qu’évoquer le travail minutieux déployé par Boticelli tant dans Le Printemps que dans La Naissance de Vénus. En bref, Junko Shimada fait rimer ses couleurs et matières (cachemire, mohair, pannes de velours corduroy, cuir, satins duchesse et organza) avec la noblesse et la sophistication de cette époque on ne peut plus fascinante.

Ce voyage dans le temps et dans l’espace est également permis par la multiplication des imprimés et motifs graphiques déployés sur l’ensemble de la collection : on trouve notamment de mystérieux paysages en clairs obscurs mais aussi et surtout un flamboyant jacquard « Vinci ». Celui-ci donne d’ailleurs naissance à une incroyable doudoune jaune, indéniablement la pièce à acquérir d’urgence parmi la ligne proposée. Pour celles qui n’ont pas peur de la couleur, il est globalement difficile de ne pas trouver son bonheur entre les tartans, les pois noirs sur fond d’orange sanguine, le parme, les nuances acidulées de pierres précieuses ou encore le blanc immaculé d’une fausse virginité pour celles plus discrètes. Les silhouettes en tant que telles mixent des manteaux de madones avec des jupes d’infantes, des pantalons amples avec des blouses ou  des chasubles. On retrouve évidemment des mailles maximales, signature de la créatrice qui lança sa marque éponyme en 1981 après avoir été responsable du prêt-à-porter homme et enfant chez Cacharel.

Dévoiler et protéger, révéler et cacher, séduire et détourner, affirmer et suggérer, l’automne-hiver de Junko Shimada est une déclaration d’amour envers soi et contre toutes les hostilités. La femme devient bien plus que le support pour un hommage au patrimoine italien mais devient littéralement le lieu où héritage et contemporanéité se rencontrent par le biais de la création. 

Visuels : Agence Favori Paris pour Junko Shimada 

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Cloe Assire

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