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Kevin Germanier recouvre tout de couleurs pailletées

Kevin Germanier recouvre tout de couleurs pailletées

16 mars 2020 | PAR Cloe Assire

Vous n’aimez pas ce qui brille et préférez rester discrètes ? Alors demi-tour ! Car s’il y a bien une expression pour décrire le travail de Kevin Germanier, c’est bel et bien tape-à-l’œil. Et sa dernière collection présentée au sein de Christie’s Paris au cours de la Fashion Week automne-hiver 2020/2021 ne déroge pas à la règle. Entre plumes d’autruche, cristaux Swarovski, impressions tie and dye et couleurs criardes, la marque propose une garde-robe on ne peut plus voyante. 

Créateur d’origine valaisanne, c’est en 2018 que Kevin Germanier lance sa marque éponyme après des études au sein de la prestigieuse école londonienne  Central Saint Martins. Sa collection finale de Bachelor rencontra de suite un vif succès, en étant notamment portée par Björk sur la couverture de son album Utopia. Les stars s’enchaînèrent ensuite rapidement entre Kristen Stewart, Rihanna, Lady Gaga, Taylor Swift ou encore Beyoncé.  Mais son marché le plus important est indéniablement asiatique, en particulier avec la chanteuse de K-Pop coréenne Sunmi. Toutes apprécient les robes courtes et colorées signatures de ce designer créant ses vêtements à partir de déchets textiles.  

Rejetant  les connotations du « fait maison » souvent associées à la mode durable, le but premier de Kevin Germanier est que la femme se fasse remarquer au travers d’une attitude sexy haute en couleurs, faisant ainsi rimer glamour avec développement durable. Pour cela, le couturier a pour habitude de travailler à partir de chutes de tissus généralement récupérées au Marché Saint-Pierre, entouré de sa petite équipe. La marque compte également des partenaires aux quatre coins du monde en vue de récupérer ce qui est condamné à être jeté ou brûlé. Initialement, c’est le manque de revenus financiers qui poussa Kevin Germanier à utiliser des textiles délaissés et non le goût pour une mode durable et engagée, nourrissant pourtant son processus créatif de fil en aiguille, lui valant le premier prix en 2015 de l’EcoChic Design Award. 

Rien de tel pour arriver dans la case d’upcycler aux yeux de la critique sans même s’en revendiquer.  Selon lui, la mode durable deviendra un jour entièrement acceptée dans les mœurs alors autant convaincre par l’esthétisme dès le départ. Cependant, la slow fashion a largement dépassé le stade de vêtements en toile de jute ou coton comme l’a encore si bien prouvé Richard René pour Guy Laroche pas plus tard que cette saison.  Kevin Germanier fait donc lui le choix de parler de fast couture pour définir son travail. En effet, le jeune créateur puiserait son inspiration dans les débuts de la Haute Couture : un monde d’élégance et d’exception qui a offert des merveilles à l’histoire de la mode. Dans la lignée de son savoir-faire, Kevin Germanier développe depuis le début une technique de broderie à la main, réalisable en un temps record et sans même utiliser de fil. Son secret ? Un mélange de perles, de silicone et de vinaigre blanc ! De cette manière, une robe totalement brodée est réalisée en quelques heures. C’est cette technique signature de la marque qui vient expliquer au mieux l’image recherchée dans la femme Germanier : puissante, elle respecte le passé – symbolisé par la Haute Couture – en étant consciente du présent – avec la Fast Fashion – mais vit déjà dans le futur marqué par la fameuse Fast Couture. 

Son univers pourrait donc, en raison de l’utilisation massive de perles et de cristaux, être qualifié de « bling bling », entrant notamment en écho avec les créations de Sara Shakeel, faisant tout autant de ce qui brille sa signature. Par ce biais, Kevin Germanier fait partie de ceux montrant que les vêtements éthiques ne sont pas contraints à paraître ennuyeux grâce à ses méthodes d’upcycling pop et maximaliste rendant les femmes scintillantes. Cependant, cette cinquième collection proposée par le créateur ne convainc selon nous pas autant que les précédentes. Trop d’informations sont présentes sur chacune des pièces proposées, perdant notre regard et rendant le tout peu glamour. On apprécie cependant la volonté du créateur de rendre ses silhouettes plus sensuelles avec des tailles moins marquées et des tissus légers comme l’organza. Le problème n’est donc pas le « too much » que l’on sait apprécier mais simplement les associations de matières, d’imprimés et certaines coupes jugées peu seyantes pour le corps féminin.

Coup de cœur cependant pour les robes – tant courtes que longues – que la transparence colorée rend tout particulièrement attrayantes. On apprécie également les tailleurs proposés, directement issus du vestiaire masculin, mais rendus on ne peut plus féminins en puisant massivement dans le green stock de Swarovski. Mais les looks mixant moult plumes d’autruche et imprimés tye and die n’ont pas autant de cachet, d’autant plus en se voyant associés à de gros cordons ou à des volants imposants. Même si le mantra « Less is more » n’est pas dans le vocabulaire Germanier, un peu moins d’informations aurait pu permettre au créateur d’atteindre son objectif d’une collection plus sensuelle à 100%.

 

Kevin Germanier prend donc le parti cette saison de renouveler ses créations tout en réaffirmant ses codes dont le succès ne fait aucun doute. Certaines silhouettes manquent de sensualité et n’ont pas totalement convaincu la rédaction de part leur esthétisme tandis que d’autres sauront parfaitement satisfaire la clientèle de ce jeune designer à l’avenir prometteur. Après de telles expérimentations, que nous réserve-t-il pour la prochaine collection ? Une chose est sûre, voilà notre curiosité bien attisée pour ce créateur n’ayant pas peur de prendre des risques, continuant ainsi à garder notre attention en éveil.

Visuels : Alexandre Haefeli

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Cloe Assire

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