Mode
Balenciaga, la culture vintage

Balenciaga, la culture vintage

11 avril 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

On dit « ça revient » d’une robe à godets années 50… En regardant de près l’exposition « Cristobal Balenciaga, collectionneur de modes » on comprend mieux ce que l’actuelle tendance vintage cultive : l’éternel recommencement de la mode qui s’inspire toujours de ses aînés.

 La fin de l’exposition « Sous l’Empire des crinolines », le 26 avril 2009, a marqué la fermeture du musée Galliera. La Mairie de Paris a entamé depuis une campagne de travaux de sécurité et d’accessibilité au musée. Il rouvrira en 2013 avec une rétrospective Azzedine Alaïa. En attendant, il voyage dans les différents musées de la capitale. C’est ainsi que Cristobal Balenciaga, collectionneur de modes fait escale, et le terme n’est pas vain, dans les docks de Paris qui abritent la cité de la mode et du design au 34 quai d’Austerlitz.

Puisque le musée est en exode, il se prend de nostalgie pertinente pour ses ateliers. C’est donc dans un espace de stockage reconstitué que les robes, bijoux et croquis sont posés ou suspendus pour évoquer à l’aide de compactus, de tringles et de tiroirs, les 4000 m2 des réserves qui normalement sont interdites au public. Devant nous, plus de soixante-dix costumes et éléments de vêtements dialoguent avec une quarantaine de robes et manteaux haute couture griffés Balenciaga entre 1938 et 1968, tous issus du fonds Galliera ou prêtés par la maison Balenciaga.

Le parcours se fait thématique, du précieux à l’épure en passant par la Révolution de la mode en 1965. Le premier accent est mis sur les détails. Une première vitrine présente les collets, capes et manteaux et insiste sur la beauté des détails de tissus ornés de broderies, de perles de jais et de paillettes. La silhouette est sublimée dans une féminité classique. La seconde nous montre la place donnée au travail de dentelle et de guipure. Ensuite nous plongeons dans les origines avec les influences régionales, qui pour l’artiste né en Espagne et ayant fui son pays en 1936 sont andalouses et rappellent les vestes de toréadors. Ici, les robes se couvrent de pampilles. Plus loin, dans le temps, c’est à la cour du roi Louis XV qu’il fait référence à l’aide de robes bustiers à queue de paon. Sa collection « infante » est un succès en 1939. L’exposition se poursuit avec de charmantes robes de cocktail faites pour rester debout, en dentelle, oh affront !… synthétique ! Puis viennent les robes du soir des années 60 qui allient boléros sur bustiers divins. On s’étonnera d’une robe géométrique datant de 1967, qui pourrait être signée Martin Margiela tant ses épaules montent haut, prouvant le renouvellement permanent du couturier mort en 1972 et qui, jusqu’aux derniers jours a tenté de se renouveler.

L’ensemble tient du sublime faisant résonner des dessins et des pièces datant des XVIIIe, XIXe et XXe siècles entre elles. La transmission des détails et des métiers d’art est ici exemplaire. La collection personnelle de Balenciaga prouve la richesse intellectuelle de l’artiste et son gout de la recherche. Nombreux sont les croquis, et les tissus venant d’un autre temps.

Comme un écho, une salle attenante nous offre l’occasion très hype d’accéder à un défilé de mode. Celui-là, peu commun est fixe et sous bulles. Les robes toutes immaculées sont signées Comme des garçons sous le titre  » White Drama ». La collection est celle de la saison printemps-été 2012 présentée à deux cents personnes environ en 2011.

La proposition est anti-commerciale, plastique et muséale. La poésie totale face à ses silhouettes aux volumes généreux et aux modèles offrant des manches pantalons, des dentelles, des empilements. La posture futuriste qui utilise des techniques ancestrales résonne parfaitement avec l’exposition Balenciaga.

Visuels :

Balenciaga.

Robe du soir, Automne 1958.

Faille de soie beige brodé de fils d’argent et perles.

© Stéphane Piera / Galliera / Roger-Viollet

Balenciaga. Ensemble robe et veste, vers 1960.

Dentelle noire, ruban de satin.

© E. Emo et A. Llaurency / Galliera / Roger-Viollet

Comme des garçons : 1 robe / dress

satin de soie

noeud de contrainte

silk satin

restraint bow

© Jean-François José / Comme des Garçons P/E S/S 2012

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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