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100 ans de Vogue Paris : archives et rétrospective au Palais Galliera

100 ans de Vogue Paris : archives et rétrospective au Palais Galliera

03 octobre 2021 | PAR Camille Bois Martin

Du 2 octobre au 30 janvier 2022, le Palais Galliera célèbre les 100 ans d’existence du Vogue Paris. En exposant quelques unes des plus belles archives du magazine, l’exposition retrace l’histoire voguesque du journalisme de mode, de sa fondation en 1920 par Condé Nast aux dernière années dirigées par Emmanuelle Alt

1007 couvertures

Depuis sa création il y a cent ans, le Vogue parisien conserve aujourd’hui 1007 couvertures, panorama visuel de son histoire textuelle. Dans la salle d’honneur du rez-de-chaussée, les visiteurs sont invités à pénétrer au sein de l’exposition à travers une installation à la fois esthétique et pédagogique : les 1007 couvertures du magazine, dessinées ou photographiées, forment une mozaïque colorée. Les visages des tops des années 1950 côtoient ceux des années 2000 ; en face, des dessins des années 1920 rivalisent avec les couvertures illustrées des années 1940. Cette installation visuelle presque envahissante, en tout cas immersive, témoigne de la longévité du Vogue Paris, et de l’intérêt de la retrospective dans la laquelle le visiteur s’apprête à entrer. 

Pour retracer un siècle de journalisme de mode, l’exposition est principalement visuelle : elle rassemble près de 400 œuvres, mêlant photographies, films, illustrations, archives de magazines, ainsi que des silhouettes de prêt-à-porter et haute couture. Pour Adrien Rovero, directeur artistique de la scénographie, « l’objet magazine » doit être au centre de l’exposition : c’est un objet visuel, mis en valeur par le panorama impressionnant à l’entrée de l’exposition, et affirmé tout au long de la visite. Les photographies les plus célèbres qui ont peuplé ses pages sont accrochées au mur comme des œuvres d’art. C’est également un objet matériel : les quelques magazines qui ont survécu aux années sont protégés par une cloche de verre en forme de et surélevés par un socle blanc. 

Même les murs du Palais Galliera répètent subtilement l’histoire technique du magazine « objet » : Adrien Rovero a choisi de recouvrir la première salle d’un papier tramé reproduisant les techniques d’impression du magazine. La seconde partie de l’exposition est, elle, envahie de murs monochromes, jaunes, noirs, magentas, cyans… Rappelant les couleurs primaires des cartouches d’imprimantes.

De FROG à Vogue Paris

Initialement une traduction du Vogue américain, le Vogue français est dirigé par une branche de rédacteurs résidant outre-atlantique les premières décennies de sa publication. Dans les nombreux échanges coordonnant sa conception à Paris, le magazine se désignait par l’appellation FROG, contraction des mots French et Vogue

Organisée par thématique, l’exposition rend compte des différentes périodes charnières qui ont contribué à l’évolution de la version française du magazine. C’est en particulier l’épreuve de la guerre qui a participé à la constitution du Vogue Paris connu et reconnu aujourd’hui ; entre 1939 et 1947, le rédacteur en chef parisien Michel de Brunhoff travaille à l’affirmation de l’autonomie de la version française. Le Palais Galliera nous expose des trésors d’histoire, lettres échangées entre ce dernier et Condé Nast au sujet des difficultés d’impression du magazine pendant la guerre, puis des nouvelles visées du Vogue Paris post-1945. Quand la capitale renait de ses cendres, le magazine l’accompagne et se remet à paraître, de manière exceptionnelle, puis mensuellement. Paris devient le centre de la renaissance culturelle française et européenne, au sein de laquelle Vogue s’inscrit, mais à laquelle il participe également. 

Paris est alors le décor de toutes les illustrations et photographies de Vogue ; Paris devient un accessoire de mode indispensable. Brunhoff décide ainsi de continuer l’émancipation du Vogue parisien et renonce aux pratiques d’avant-guerre. Il s’arme d’une rédaction française, et ajoute des pages culturelles au magazine. L’actualité parisienne en devient indissociable et, avec l’arrivée d’Edmonde Charles-Roux dès 1947, cet aspect ne va cesser de se développer pour remplir, au milieu des années 1950, trente des 70 pages du mensuel. 

En sous-titre du magazine, Paris est indissociable des couvertures : »Edition de Paris », « La mode et la vie de Paris« . Finalement, l’édition juillet-août de 1968 se nomme Vogue Paris, et associe définitivement la capitale française à son identité. The rest is history

Rédacteurs, photographes et illustrateurs : les grands acteurs de Vogue Paris

Si l’exposition retrace les grands changements éditoriaux du magazine en accord avec leur époque et leur rédacteur.ice en chef, le Palais Galliera accorde également une importance toute particulière aux grands illustrateurs et photographes qui ont participé à la renommée du Vogue parisien ainsi qu’à la création de l’imaginaire de « La femme Vogue« . Charles-Roux fait confiance aux photographies de William Klein et aux propositions osées de Guy Bourdin. Elle laisse également Helmut Newton s’exprimer dans les pages du célèbre mensuel. Plus tard, c’est la rédactrice en chef Colombe Pringle qui donnera carte blanche à Peter Lindbergh à la fin des années 1980, ou encore Carine Roitfeld qui collaborera étroitement avec Mario Testino au début des années 2000. Les murs du rez-de-chaussée du Palais Galliera retranscrivent ainsi l’évolution visuelle du Vogue Paris, avec une identité propre à chaque période, incarnée par les choix du rédacteur.ice en chef ainsi que par les photographies ou illustrations de ses fidèles collaborateurs.

Après 1945, une place est également accordée aux créateurs de mode émergents, pour lesquels Vogue Paris deviendra un fidèle défenseur : Christian Dior dans ses premiers temps, puis Yves Saint Laurent dans les années 1960, pour lequel l’amitié de Brunhoff sera décisive. Karl Lagerfeld dès les années 1970, qui sera à la fois créateur, chroniqueur, illustrateur, photographe… 

Les stars participent tout autant à l’identité du magazine, et commencent à en peupler les couvertures : Catherine Deneuve sera « l’idéal » du Vogue Paris entre 1965 et 1969 derrière l’objectif de David Baley. Puis, plus récemment, Kate Moss, qui comptabilise depuis 1994 une vingtaine de couvertures du magazine. Plus que des mannequins, les stars deviennent aussi des rédacteurs du magazine, notamment au sein des fameux numéros de Noël et de leur invité(e) d’honneur. Marlène Dietrich en 1973, Françoise Sagan en 1969, David Hockney en 1985, Alfred Hitchcock en 1974, Karl Lagerfeld en 2019…

 

L’exposition Vogue Paris 1920-2020 est à voir du 2 octobre 2021 au 30 janvier 2022 au Palais Galliera, Paris. Sur réservation via le site du musée.

Visuels : © Camille Bois–Martin, Palais Galliera, Paris, 30 septembre 2021

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Camille Bois Martin
Étudiante en Master de Journalisme Culturel (Sorbonne Nouvelle)

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