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Mode et religion : création, publicité et scandale

Mode et religion : création, publicité et scandale

21 mai 2011 | PAR Avela Guilloux

Quand la mode se mêle de religion, ça ne reste jamais très sage….Bousculée, décortiquée, détournée, et très souvent sublimée, l’imagerie religieuse se mêle à l’imaginaire des créateurs….

Parfum de scandale. Une expression sur toutes les lèvres à la sortie de ce défilé en 2007. Jean-Paul Gaultier y présenteu en collection Haute Couture qui restera mythique, inspirée par son enfance. Les fidèles de  Jean Paul Gaultier ne s’attendaient certainement pas à une telle   expérience religieuse, mais c’est ce qu’ils ont obtenu,  bouffée d’encens comprise. Du premier au dernier, tous les modèles portaient un halo et leurs visages ont étaient peints comme des statues en plâtre. Était-ce un scandale? Eh bien, pas vraiment. Gaultier a traité la religion d’une façon certes très provocante, mais qui tient plus de l’irrévérence que de l’irrespect. Au lieu de cela, on y voyait surtout sa fascination pour l’iconographie catholique et la beauté qui peut s’en dégager. Avec toujours cet humour ravageur : robes de nonnes lacées dans le dos, robes de dentelles ultra-moulantes, l’esprit Gaultier est là, gentiment provocateur et toujours magnifique…

 

Mais le mélange mode et religion n’est pas toujours chose aisée : attirés par le parfum du scandale, créateurs et photographes se laissent trop souvent aller aux dérives du mauvais goût, et donnent des oeuvres dénués de sens,qui semblent créées pour choquer, sans aucun but. On se souvient de ces séries de photos de mode, montrant des mannequins en minijupe et cornettes, aux poses vulgaires et regards vides, censées  être provocantes et scandaleuse, et se révélant surtout parfaitement creuses…En Juin 2010, le magazine de mode Numéro publiait une série de photos très décomplexée du photographe Greg Kadel. Intitulée « La mauvaise éducation », ce qui peut rappeler à certains le film de Pedro Almodovar, la série montre la mannequin australienne Miranda Kerr (IMG), notamment connue pour son travail chez Victoria’s Secret, tantôt en nonne, tantôt en écolière. Pas de doutes, il y a des collerettes associées à des mini robes, des chapelets, des bouches pulpeuses, des images qui suggèrent fortement l’homosexualité… toute la panoplie du fantasme inavouable.après le fantasme de l’infirmière, de l’écolière ou encore de la secrétaire, celui de la religieuse « coquine »? Il est en tout cas utilisé régulièrement par les créateurs, à des fins commerciales…
En 2010, Liaison Dangereuse, magasin allemand de lingerie de luxe en ligne a lancé une publicité qui a fait un scandale sur Internet. Miriam Wimmer, actrice et mannequin allemande, se maquille, met de la lingerie très sexy, se regarde d’un œil coquin pour enfiler à la fin un niqab. A la fin du spot la signature de la marque : Sexiness for everyone. Everywhere. sonne comme une revendication.

Cependant cette vidéo n’a pas provoqué un tollé comparable à celui du décembre 2003 quand le magazine One World a publié en couverture la photo de Kim’Lil, rappeuse américaine connue pour son combat féministe. Sa petite culotte et un voile couvrant son visage ont mis en colère des milliers de musulmans qui ont demandé les excuses officielles de la chanteuse et du photographe..

On se souvient aussi que Benetton avait lancé une campagne de publicité montrant un curé embrassant une bonne sœur. Le Bureau de Vérification de la Publicité avait à l’époque ( 1992) demandé aux afficheurs de ne pas afficher la publicité, et avait rencontré un refus.

Et au niveau mode, prêt-à porter, accessoire ???Depuis 2009,une vague d’austérité déferle sur les podiums. Retour du religieux. Mais ce n’est pas nouveau : ‘un lien existe et a toujours existé entre mode et religion. La croix catholique est l’accessoire croquignolet des panoplies gothique et punk, sans parler des chapelets qu’on voit désormais pendre au cou de pas mal de fashionistas.Idem pour le crucifix, élément de décor à part entière pour le photographe de mode. Les créateurs ne se gênent pas pour abuser de la thématique céleste.

On en veut pour preuve la collection de la récente lauréate du festival d’Hyères , Léa Peckre : lors des trois défilés organisés sous la charpente d’une ancienne grange à sel, Léa Peckre a présenté des mannequins voilées de noir, façon « pharaon ou bonne soeur, chacun l’interprète à sa façon », a-t-elle expliqué à l’AFP. L’objectif de ce noir, qui se prolonge aussi en transparence sur les bras, les mollets, est de « cerner le corps et centrer le regard » sur le vêtement.

Un beau retour aux sources de la mode pour cette jeune créatrice, qui sait marier spiritualité, onirisme et création sans tomber de la provocation.  Un exemple à suivre par bon nombre de créateurs d’aujourd’hui, plus soucieux du parfum de scandale associé à l’imagerie religieuse qu’aux  messages qu’elle véhicule.

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Avela Guilloux

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