Le Buzz

Zahia, une victime devenue coupable

03 mai 2010 | PAR Amelie Blaustein Niddam

« L’affaire » comme il est maintenant coutume de la nommer, anime la presse depuis plusieurs jours. Rappel des faits, La jeune femme dit avoir eu une relation avec Franck Ribéry au printemps 2009 alors qu’elle avait 17 ans en lui faisant croire qu’elle était majeure. Elle a déclaré à « Paris Match » que cette relation était un « cadeau d’anniversaire » pour le joueur. La jeune prostituée a également déclaré avoir eu une relation tarifée avec Sidney Govou en mars 2010, alors qu’elle était majeure.

Dans cette histoire de ballon rond  nombreux sont les rebonds.  Le dernier en date, révélé par Jean Marc Morandini rapporte que « Ce samedi, le site Internet de 10 Sport annonçait que le journaliste Pierre Ménès et le footballeur Mathieu Valbuena allaient être entendus prochainement dans le cadre de « l’affaire Zahia ».  Pierre Ménès a vivement démenti cette information sur son blog en postant le billet suivant: « Pour faire court et clair, je n’ai reçu aucune convocation. Cette « info » n’est rien de plus qu’un bruit de chiottes minable. Je vais évidemment porter plainte en diffamation ».De même, le joueur de l’OM a dénoncé cette fausse information ».

Comment devient–t-on pute à 17 ans ? Il suffit que « le plus vieux métier du monde » entre dans le champ des possibles. Gisèle Halimi rappelait sur France Inter ce matin que dans cette « affaire » la victime n’était pas Ribéry, mais la jeune femme.

La servitude volontaire : une notion ancrée dans l’inconscient collectif

Zahia est jeune, bimbo, bien foutue, les cheveux brillants et les dents blanches, elle a compris vite que son corps était un outil comme un autre pour faire de l’argent. Dans un parallèle osé, la burqua soulève la même question, celle de femmes ayant intégré des codes leur permettant de croire qu’elles choissisent librement de se conduire de façon abjecte envers leur corprs. Corps caché pour les unes, dénudé pour les autres.

C’est ce que l’on nomme la servitude volontaire.

Personnages bibliques, femmes accompagnant les soldats au Moyen Age, images de Toulouse-Lautrec, la prostitution oscille entre rôle officiel et volonté étatique de disparition, mais reste installée dans la société comme un phénomène « normal ».

La pierre d’achopement se situe en 1802. Cette année, est établie la volonté de faire de la prostitution un acte légal. Une visite médicale est rendue obligatoire pour endiguer l’épidémie de syphilis de l’époque, deux ans après sont légalisées les maisons closes contrôlées par la Brigade des mœurs. Il faut attendre 1946 pour que cesse la prostitution légale en France.

Depuis, deux mondes parallèles vivent ensemble, le monde des filles qui « tapinent » et les « call-girl » tellement plus chic. Arrive un paradoxe fou, les filles continuent, souvent forcées, de se prostituer, mais sans aucun statut dans un champ du réel immensément large.

Les années 70’s voient des mouvement sociaux visant à la réouverture des maisons closes assurant hygiène et sécurité. Depuis les années 2000, la lutte est franche contre le proxénétisme, la loi pour la sécurité intérieure dite loi Sarkozy du 19 mars 2003, condamne ….le racolage, provoquant une lutte des filles contre cette répression. L’idée est la suivante : la prostitution a toujours existé  et donc existera toujours. Argument peu recevable.

L’arsenal législatif privé d’outils pédagogiques et sociaux échoue évidement. Les femmes demandent donc à vendre librement leur corps .Discours tenu, au départ, par la jeune « favorite » des bleus.

L’affaire zahia peut remettre dans le débat public la question du statut des prostituées, pour en premier lieu,les protéger, et ensuite, endiguer une pratique millénaire barbare.

Toulouse-Lautrec, La visite médicale, 1894

 

Lili Ster en concert aux Trois Baudet le 3 juin
I can’t be invisible but I can kick your ass
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

4 thoughts on “Zahia, une victime devenue coupable”

Commentaire(s)

  • Excellent article ! Oui, la victime c’est Zahia, quoi qu’on en dise.

    mai 4, 2010 at 10 h 28 min
  • hm

    Dans votre histoire ,je ne vois qu’une pute, l’avocate-même féministe historique-, le journalisme viens en second….qui manie l’indignation comme une bourgeoise bien mal baisée mais qui se force à parler pour faire bonne figure, le clown grimaçant de Toulouse Lautrec c’est la bourgeoisie.
    Votre illustration ne reflète donc pas votre opinion, c’est léger.

    Les filles on les aimes, putes ou non, de Paris à Tanger à Bankok, et parce qu’on les aimes on les respecte aussi.
    Zahia mascotte des bleus!
    Zahia notre Marseillaise!
    Zahia, c’est combien?

    mai 4, 2010 at 11 h 16 min
  • amelie blaustein-niddam

    L’image de toulouse-lautrec, je l’ai choisi pour sa violence, celle du temps des maisons closes, où les filles passaient des visites médicales à la chaîne, fait perçu par les prosituées comme humiliant.

    Je l’ai choisi pour faire écho au discours voulant la réabilitation de ces maisons , vues avec le recul historique comme une panacée par certains et même certaines.

    Si vous pensez que dénoncer et critiquer l’oppression des femmes est bourgois, alors j’éspère être la plus riche des bourgoises.

    Cordialement

    Abn

    mai 4, 2010 at 16 h 26 min
  • Quelle débauche de beaufferie, cher HM… Avec un peuple de cons tels que vous, notre démocratie n’en finira pas de dégringoler.

    mai 4, 2010 at 17 h 32 min

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *