Le Buzz

On a tué l’Ours Knut

23 mars 2011 | PAR Olivia Leboyer

Knut, l’adorable ours polaire du zoo de Berlin, est mort ce dimanche à l’âge de 4 ans, d’un problème cérébral.

« Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d’Hommes,
Que j’ai honte de nous, débiles que nous sommes !
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux
C’est vous qui le savez, sublimes animaux. » (Alfred de Vigny, La Mort du Loup)

Sa naissance, en décembre 2006, avait provoqué un buzz sans précédent. Premier ours né en captivité, Knut avait alors tout pour séduire les foules : véritable peluche à la blancheur duveteuse, l’ourson, abandonné par sa mère, puis nourri par le vétérinaire Thomas Dörflein (mort en 2008), a suscité un engouement délirant.
Harcelé par les flashs des photographes, par les cris hystériques des visiteurs du zoo, l’ourson Knut a constamment vécu dans la peur et le malaise. Dans son enclos, chaque jour, il devait faire face à des hordes de personnes. Omniprésent dans les médias (à la une d’innombrables magazines), Knut est devenu une icône : la célèbre marque Steiff a même créé un ours en peluche à son nom.
Knut était effectivement un beau jouet pour le zoo de Berlin, dont il constituait la principale attraction. Or, à l’adolescence, l’ourson si mignon a changé, pour devenir un peu moche. Grand, longiligne et dégingandé, d’un blanc vaguement jaune, Knut n’a, d’un seul coup, plus attiré autant de monde. On ne sait pas ce que comprend ou ce que ressent un ours, mais Knut a alors dû affronter, quotidiennement, les moqueries, voire les insultes de nombreux visiteurs. Désormais, on riait de lui, de ses cabrioles incohérentes, de sa démarche mal assurée. Car Knut est devenu fou, détraqué par le bruit, les flashs, qu’il semblait parfois rechercher en courant vers les spectateurs. Objet d’une attention soutenue, puis d’une indifférence presque générale, Knut a également eu beaucoup de mal à s’adapter aux autres ours (un temps, il a partagé l’enclos d’une ourse, puis on l’a placé avec deux ourses qui l’ont agressé).
Knut souffrait de troubles du comportement. Comment pouvait-il en être autrement ? Utilisé, exhibé par le zoo comme un pur produit, il n’a connu qu’une folle médiatisation et sa retombée, tout aussi brusque. Son histoire est très triste et devrait faire honte aux zoos comme aux visiteurs.
Cet été, le zoo de Leipzig a attiré l’attention des médias sur un animal-anomalie : Heidi, un opossum loucheur, qui a fait les beaux jours d’internet. Les journaux ont alors titré « Heidi détrône l’ours Knut ».
Honte à nous tous, les hommes…

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

One thought on “On a tué l’Ours Knut”

Commentaire(s)

  • RENARD

    Qu’est devenu Knut après sa mort j’espère qu’il n’a pas été empaillé ? où repose-t-il maintenant ?
    Qu’on arrête de se servir des animaux pour gagner de l’argent au détriment de leur bien être et de leur vie en liberté comme ce pauvre Knut qui a enfin retrouvé sa liberté et son soigneur dans un monde j’espère meilleur sans cet imbécile de monde humain

    juin 2, 2013 at 14 h 58 min

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