Le Buzz
Obama : un selfie qui en dit long !

Obama : un selfie qui en dit long !

18 décembre 2013 | PAR Camille Pettineo

C’est l’étonnant buzz de la cérémonie hommage rendue à Nelson Mandela : le selfie de Barack Obama. À tel point qu’il aura évincé le réel événement de la poignée de main échangée entre le président américain et Raúl Castro.

Ce clicher d’Obama avec David Cameron et la Première Ministre danoise Helle Thorning-Schmidt aura émoustillé les médias du monde entier ! Pourtant, la cérémonie promettait d’être historique en mettant à l’honneur l’un des hommes les plus marquants du XXe siècle. Quelle n’est pas l’amertume de constater que ce qu’on retiendra comme fait marquant est ce selfie… D’autant plus que quelques instants plus tôt, l’échange inédit d’une poignée de main américano-cubaine donnait l’espoir d’être le moment le plus symbolique de cet hommage.

Raùl Castro fait en effet partie du sérail restreint des dirigeants communistes. Sans compter que Cuba subit un embargo commercial depuis plus de 50 ans à l’initiative des États-Unis. Cette querelle est l’un des derniers vestiges d’un temps passé où le monde coupait la poire en deux..!

Au-delà du geste de courtoisie, cet échange était porteur d’espoir sur une possible réconciliation après la rupture opérée sous Kennedy. Le journaliste du NouvelObs, François Jost, rappelle à juste titre qu’en 1993 la poignée de main d’Arrafat et Rabin sur la pelouse de la Maison Blanche avait eu un large impact médiatique. Qualifiée de moment historique, elle avait capté alors l’attention des analystes du monde entier. Or, comme a pu le faire remarquer Olivier Duhamel dans Médiapolis sur Europe 1, que cette information soit passée au second plan mérite réflexion.

Dans son article pour le NouvelObs, l’analyste des médias François Jost met le doigt sur quelque chose de grave. Alors que tous les journalistes sentent bien qu’une page de l’histoire vient de s’écrire, la primauté est accordée à la fraîcheur d’un unique cliché. Attestant aux yeux des médias qu’il y aurait de l’eau dans le gaz dans le couple Obama, il a l’avantage de créer le buzz. Mais pour le journaliste, cette préférence hiérarchique refléterait plutôt le besoin du public de sentir que leur dirigeant leur ressemble : « ils montraient qu’ils ont les mêmes jeux, les mêmes plaisirs que nous. Et du coup, le public a communié avec les Grands via la banalité quotidienne ». Comme le souligne peut-être également la réaction de l’animateur Glenn Beck sur cette vidéo, où il condamnerait presque la « normalité » du président.

http://www.youtube.com/watch?v=88-VbSn-4Ng

Pourtant, l’on ne peut que s’accorder sur un point : « L’histoire s’écrit de moins en moins avec les grands événements. On leur préfère ce que Perec appelait ‘l’infra-ordinaire’. » Notre façon de mesurer le significatif, non plus seulement dans le quotidien mais également lors d’événements extraordinaires, comme l’hommage envers Madiba, a profondément changé. Ne sommes-nous pas confrontés à l’un des effets du changement civilisationnel engagé avec la télévision puis Internet ?

À l’heure où l’information nous submerge, nous avons de plus en plus de mal à analyser le monde qui nous entoure. Pire, nous ne savons plus comment recevoir et ingérer l’information. Derrière ce buzz, ne faut-il pas simplement voir un public qui, pour une fois, s’est senti maître de celle-ci ? En effet, nul besoin d’un expert pour décrypter une image d’une telle banalité. Cependant, ne faut-il pas s’inquiéter d’un tel constat ? Affaire à suivre donc.

Visuel : © Capture écran Youtube – ABC News / Vidéo : Youtube

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Camille Pettineo