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Cannes 2018 : « The State against Mandela and the others », documentaire à la forme très marquante

Cannes 2018 : « The State against Mandela and the others », documentaire à la forme très marquante

19 mai 2018 | PAR Geoffrey Nabavian

Présenté à Cannes Hors Compétition, et fondé sur les archives sonores du célèbre procès des anti-apartheid, tenu dès 1963 en Afrique du Sud, ce documentaire fascine et interpelle en ayant recours à une forme brillante.

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Présenté à Cannes 2018 Hors Compétition, le documentaire The State against Mandela and the others est signé par Nicolas Champeaux et Gilles Porte, côté réalisation et écriture du scénario. Mais ce sont les fascinantes séquences animées imaginées par Oerd van Cuijlenborg qui relatent l’essentiel de son récit : les archives sonores du procès des anti-apartheid ouvert en 1963 en Afrique du Sud, et les mises en perspectives historiques, se trouvent traduites à l’écran par des dessins animés, avec une éclatante réussite. Le film nous précise, d’entrée, qu’aucune image filmée de ces temps de jugement n’existe. Le documentaire qui nous est proposé se charge donc d’imaginer ces instants-là, de façon à la fois sobre, distanciée, et un peu incarnée tout de même.

Dans un style crayonné en noir et blanc, imprégné de tristesse, et aussi porteur d’une toute petite dimension fantastique, ces séquences de narration donnent donc à imaginer les faits visuellement, dans nos têtes. L’équilibre atteint est parfait : ces dessins ne se cantonnent pas au figuratif, ils arrivent à distancier les faits représentés. En n’oubliant pas, tout de même, de faire se mouvoir face aux spectateurs des figures d’hommes, afin que l’on soit accrochés, que l’on se sente happés par ces destins…

Cette forme est superbe. Elle permet à ce documentaire de passionner. Elle côtoie, bien sûr, des témoignages directs de personnes qui vécurent ces événements de 1963, en Afrique du Sud, ce procès retentissant où les risques de condamnation à mort planaient. On voit donc à l’image Winnie Mandela, Denis Goldberg, Ahmed Kathrada, George Bizos… et des photos d’alors de Nelson Mandela. Chacun raconte les faits qui le touchèrent, de façon simple, sans effets appuyés : les séquences de narration en style animé sont là pour faire ressentir toute la gravité et le tragique de cette histoire… Dans le même temps, les archives sonores données à entendre sonnent terriblement : elles dialoguent avec les séquences animées proposées, sans rien figer ou fermer. On parvient à créer dans nos esprits nos propres visions, à imaginer par nous-mêmes. D’autant plus que les échanges sélectionnés pour le film donnent bien à entendre, longuement, les différentes parties en présence lors du procès…

On plonge donc avec passion et inquiétude dans ce récit d’une instruction judiciaire où les autorités sud-africaines s’échinent à prouver que ce groupe d’anti-apartheid jugés est porteur de menaces pour la sécurité de l’Etat. Au sein d’un pays où les noirs, privés de droits civiques, sont majoritaires par rapport aux blancs. Ce film, apte à donner à lire ce procès où tous les accusés plaidèrent coupable, rend leurs figures à tous bien présentes, longuement, de façon suprêmement intelligente et artistique.

Documentaire Hors Compétition présenté à Cannes 2018, The State against Mandela and the others sortira dans les salles françaises le 17 octobre 2018, heureusement distribué par UFO Distribution.

Retrouvez tous les films du Festival dans notre dossier Cannes 2018

Geoffrey Nabavian

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Visuels : © UFO Distribution

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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