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Cannes 2018 : « The Spy Gone North », film d’espionnage plein de style

Cannes 2018 : « The Spy Gone North », film d’espionnage plein de style

19 mai 2018 | PAR Geoffrey Nabavian

Ce thriller sud-coréen est à saluer pour sa réalisation, qui sait prendre le temps d’installer des atmosphères, pour son génial acteur principal et pour le contexte qu’il décrit.

[rating=4]

Une enquête secrète sur l’avancée des travaux nucléaires de la Corée du Nord, dans les années 1990 : voilà ce que donne à suivre The Spy Gone North, film d’espionnage présenté hors compétition à Cannes 2018, dans le cadre d’une séance de minuit. D’emblée, les qualités de la mise en scène conduite par Yoon Jong-bin (réalisateur de Nameless Gangster et de Kundo, tous deux sortis directement en DVD en France) étonnent les yeux : le premier élément qui fascine restant la durée des scènes. Elles s’enchaînent selon une mécanique de scénario pas forcément originale, mais elles laissent le temps aux atmosphères de se développer.

Plus que les personnages rencontrés par le héros, ce sont davantage les lieux traversés qui paraissent habités, par un climat à la fois élégant et menaçant. Aidé par une photo brillante, proche de l’ocre, l’œil de la caméra transmet la peur qui court dans les endroits où se tient l’histoire, des bureaux aux hôtels de luxe très surveillés, des rues des quartiers pauvres à la résidence privée de Kim Jong-il. Esthétique, très vivante aussi, cette réalisation accroche l’attention.

L’autre atout majeur du film réside dans son interprète principal : Hwang Jeong-min (ShiriUne femme coréenneA Bittersweet LifeSuneungBattleship Island, sans oublier son rôle dans le magnifique, l’extraordinaire et triste Save The Green Planet !) compose ici un espion qui passe d’un registre à l’autre, et s’engage jusqu’au sang autant dans son rôle de naïf que lorsqu’il se trouve seul et inquiet. Sous une fausse identité, il tente de faire des affaires (fictives) avec le gouvernement nord-coréen, avec pour objectif d’obtenir des éléments précis sur la capacité nucléaire du pays…

La personnalité d’acteur de Hwang Jeong-min fait qu’on se plonge avec passion dans chaque scène où son personnage apparaît. Et le film semble au final traduire son point de vue : son rythme finit par transmettre, quelque peu, les sentiments, hésitations et peurs de cet espion à toute épreuve, mais pas invincible. Cette réflexion explique que certains protagonistes apparaissent archétypaux : c’est à l’atmosphère qui les entoure qu’il vaut mieux s’intéresser.

Inutile de dire que tout le casting est crédible, et que le contexte de l’histoire passionne. The Spy Gone North dépasse sa nature de film de genre pour atteindre un climat dramatique ample, proche de l’aventure humaine, et offre nombre de scènes marquantes à se mettre sous la dent. Telles les tentatives de propositions commerciales de l’espion que l’on suit, sa valse des hésitations, sans arrêt, devant son portable, ou une séquence de menace, très angoissante, sur un bateau qui se rend à la résidence de Kim Jong-il…

Film d’espionnage Hors Compétition à Cannes 2018, The Spy gone North, présenté dans le cadre d’une séance de minuit, n’a pas encore de date de sortie dans les salles françaises.

Retrouvez tous les films du Festival dans notre dossier Cannes 2018

Geoffrey Nabavian

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Visuels : © Metropolitan FilmExport

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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