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Jeux de société : sélection de fin d’année (1/2)

Jeux de société : sélection de fin d’année (1/2)

28 novembre 2018 | PAR Mathias Daval

Noël approche et les idées cadeaux vont devenir la denrée rare des deux mois qui viennent. Côté jeux de société, voici une sélection de nouveautés de l’année. 

La Voie des Pandas

« Dans La Voie des Pandas, vous dirigez l’un des quatre grands clans de Pandas. Vous devrez envoyer vos Champions dans les terres ravagées, où ils accompliront de nobles quêtes, amélioreront leurs capacités et reconstruiront les villes en ruines. »

Si le panda est un peu l’animal fétiche des jeux de société, « Takenoko » en tête, on n’imaginait pas le retrouver dans un gros jeu de stratégie. Et grand bien lui fasse ! D’abord sceptique à l’égard d’un énième jeu de placement, il faut admettre que l’on aura été parfaitement convaincus par cette création du trio méconnu Mainini, Vendramini et Obert (ce dernier étant l’auteur du désormais culte « Tokyo Train »). Malgré un plateau pas spécialement réussi, un prix élevé justifié par la présence de dizaines de figurines au lieu des sempiternels kubenbois, et un mécanisme central plus aride et difficile à comprendre du premier coup, « La Voie des Pandas » réussit le pari risqué de renouveler le genre avec subtilité. Le jeu se découpe en deux zones : un plateau de mouvement, représentant différents sites sur lesquels chacune des armées de pandas doit circuler, conquérir des villages et construire des bâtiments dans le but de marquer des points de victoire ; un plateau d’actions au coût croissant (une trentaine au choix), définies dans l’ordre du tour par un élégant système de placement d’ouvriers par un semi-principe d’enchères (les mêmes que ceux du plateau principal), entraînant un équilibrage complexe entre libertés de déplacements et optimisation des actions à accomplir. Car tout est question d’équilibre dans « La Voie des Pandas » : faut-il se positionner directement sur une action coûteuse et couper l’herbe sous le pied de ses rivaux, au risque de diminuer son propre niveau d’actions au tour suivant ? Faut-il se précipiter le premier à la conquête d’une Ville, voire d’une Capitale, ouvrant ainsi la voie à l’amélioration du scoring adverse ? (Un pervers système de points, très kniziesque, repose ainsi sur la quantité de pandas ennemis placés autour du lieu à décompter). Malgré ses figurines et son thème sympathique, « La Voie des Pandas » reste un jeu un peu aride à la fois esthétiquement et mécaniquement. La durée de ses parties (compter plutôt 2h pour 4 joueurs) et sa dimension très abstraite décourageront sans doute certains joueurs. Reste qu’il propose un intéressant mélange stratégiques, avec de vrais dilemmes d’optimisation et une évidente courbe d’apprentissage. Il faut au moins 1 ou 2 parties pour vraiment appréhender le système et commencer à être l’aise dans le gameplay. On recommande aux joueurs plutôt aguerris !

[rating=4]

« La Voie des Pandas », édité par Edge
2 à 4 joueurs à partir de 14 ans, durée environ 90 min.
Prix conseillé : 63 €
http://www.edgeent.fr/jeux/article/la_voie_des_pandas/la_voie_des_pandas

Kero

Malgré un marché de jeux désormais foisonnant, il existe peu de vrais bons jeux prévus spécifiquement pour 2 joueurs, à l’exception des gammes de jeux abstraits. « Kero », édité par Hurricane, vient s’engouffrer dans ce manque : une réussite totale, à conseiller à toute la famille.

Dans une ambiance post-apocalyptique à la Mad Max, « Kero » propose un univers dystopique dans lequel le kérosène est devenu la ressource rare. Chaque joueur incarne un clan d’aventuriers qui, pour survivre, doivent mettre la main sur les réserves d’essence disponibles. Tous les éléments du jeu ont été pensés pour appuyer le thème, à commencer le choix des couleurs (gris et marron que l’on imagine poussiéreux), et surtout les 2 sabliers intégrés dans des énormes socles en forme de camions-citernes. Le tour d’un joueur est d’une simplicité biblique : on commence par vérifier que l’on possède suffisamment de temps disponible dans son sablier pour effectuer ses actions. Dans le cas contraire, il est possible de « faire le plein » grâce à une action spécifique. Ensuite, on lance les 5 dés (avec l’éventuel ajout de dés bonus) qui détermineront, en fonction des combinaisons de symboles de ressources obtenus, ses possibilités d’action : récupérer une ou plusieurs cartes (qui apportent des points de victoire mais également d’autres avantages), envoyer l’un de ses explorateurs sur les Nouvelles Terres (des tuiles spéciales porteuses elles aussi de points de victoire et de bonus) ou acquérir l’aide des Tuareks, peuplades locales qui aideront à optimiser, temporairement, ses prochains lancers. A l’issue d’une fin de partie est semi-aléatoire (dépendant du tirage de certaines cartes dans la pioche), chaque joueur fait le décompte de points acquis pendant le jeu, en ajoutant d’éventuelles combos offertes par les tuiles de Nouvelles Terres. Évidemment, « Kero » reste en grande partie un jeu de gestion contrôlée du hasard des dés, mais la sensation de frénésie due au temps limité aussi bien que la multiplicité des possibilités offertes à chaque tour contribuent à éliminer l’éventuelle frustration générée par une série de coups malchanceux. Et même si vous n’aurez pas toujours la sensation d’avoir commis des erreurs tactiques, et d’avoir plutôt été le jouet du sort, la brièveté des parties (entre 20 et 30 minutes en rythme de croisière) permet d’enchaîner plusieurs manches. Dynamique, très thématisé, sans temps mort, bien équilibré, règles apprises en 3 minutes… : « Kero », s’il ne révolutionne pas le genre, est assurément une petite perle ludique, et l’un de nos coups de cœur de l’année 2018.

[rating=5]

« Kero », édité par Hurricane
2 joueurs à partir de 9 ans, durée environ 30 min.
Prix conseillé : 32 €
http://www.hurricangames.com/game/kero

 

Illusion

Après le succès mérité de « The Mind », l’éditeur Oya importe un petit jeu de discrimination visuelle du même auteur, Wolfgang Warsch. Avec des règles d’une simplicité biblique, « Illusion » tient-il la route ludiquement ?

Voilà un jeu que l’on aurait pas être surpris de voir édité dans la mini gamme de l’éditeur allemand Adlung Spiele, aux côtés de « Speed » ou « Flix Mix ». Mais c’est chez Nürnberger-Spielkarten-Verlag que le jeu est sorti cette année, pour être traduit et édité en français par Oya. Le principe tient en une phrase : ordonner des cartes par ordre croissant de taille de l’une des quatre couleurs qui s’y trouvent. Au début du tour, on tire une carte qui indique la couleur demandée (rouge, jaune, vert ou bleu). Chacun à son tour, les joueurs doivent alors positionner, exactement sur le modèle de « Timeline », la carte du haut de la pioche dans la série de cartes posées précédemment. Si un joueur estime qu’une erreur a été commise, il l’annonce au lieu de poser une carte, et on procède à la vérification en retournant les cartes (qui contiennent les pourcentages précis de l’étendue de chacune des 4 couleurs sur le recto) : si son affirmation est correcte, il marque 1 point, dans le cas contraire c’est son adversaire situé avant lui dans l’ordre du tour qui le remporte. On est évidemment très loin des sensations ludiques de « The Mind ». On se laisse certes vite capter par ce curieux défi visuel qui prend des allures de pari, tant certaines cartes, par leurs dissemblances, rendent extrêmement difficile l’évaluation correcte de leurs surfaces colorées. Un point faible, nous a-t-il semblé, vient du manque de prise de risque pour le joueur qui décide de dénoncer une erreur dans la suite de cartes, puisqu’il ne perd pas de point en cas de méprise. Au total, « Illusion », bien qu’il possède une rejouabilité théorique énorme (impossible de retenir les informations de pourcentages, contrairement aux dates ou informations au verso des cartes de « Timeline »), n’est pas nécessairement voué à devenir un jeu d’apéro incontournable. Mais, comme son aîné « Set », sa mécanique est suffisamment simple et originale pour mériter une petite place dans une ludothèque.

[rating=3]

« Illusion », édité en français par Oya.
2 à 5 joueurs à partir de 8 ans, durée environ 15 min.
Prix conseillé : 9 €
http://www.oya.fr/

Mort du réalisateur italien Bernardo Bertolucci
Theo Lawrence & The Hearts : une Nuit de Miel
Mathias Daval
Journaliste culturel et ludique, membre de la fédération nationale des critiques de la presse française, il est également game designer et éditeur.

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