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Christian Lacroix, l’Orient et les femmes, au Quai Branly

08 février 2011 | PAR Avela Guilloux

Le Musée du Quai Branly accueille l’exposition L’Orient des Femmes, dont la direction artistique est assurée par le couturier Christian Lacroix. Visite de l’exposition, en compagnie du créateur…

En exposant pour la première fois une sélection de robes traditionnelles venues d’une vaste zone située en plein coeur du » Croissant fertile », du nord de la Syrie à la péninsule du Sinaï, le musée du quai Branly donne aux visiteurs la possibilité de découvrir la diversité des modes de vie et des coutumes des populations proche-orientales et dévoile un autre visage de la femme orientale, en portant un regard neuf, vif et esthétique sur leurs créations traditionnelles. La majorité des pièces date de la fin du 19ème siècle à nos jours, et sont issues des collections du Quai Branly, et de la très exceptionnelle collection privée de costumes et de parures du proche-Orient de Mme Widad Kamel Kawar ( Jordanie).

L’Orient, les femmes, vastes territoires. Et en même temps intimissimes, fondamentaux et inspirants, évocateurs de sagas immémorielles autant que de contes murmurés à l’oreille, à la mémoire.

Que me disent ces mots, si je tire le fil rouge des souvenirs d’enfant, et recaresse du doigt le premier idéogramme gravé en moi par leur seule sonorité ?

L’Orient, les femmes, deux échappées envoûtantes, cela se superpose et va bien ensemble. Au-delà de tout exotisme convenu, de tout cliché. Un sentiment d’appartenance : nous venons tous des femmes. Et souvent d’Orient. Si nous n’en venons pas, il est venu à nous.

Christian Lacroix

 

« Lorsque j’ai parlé de mon projet d’exposition à Stéphane Martin ( Président du Musée du Quai Branly ), il m’a tout de suite dit que je devais travailler avec Christian Lacroix » avoue dans un sourire Hana Chidiac, responsable des collections Afrique du Nord et Proche-Orient du Musée du Quai Branly et commissaire de l’exposition.

Formidable idée ! Cette collaboration donne un bel essor à l’exposition. Ce qui pourrait se borner à une promenade ethnographique est ici un véritable hommage à ces femmes, à leur savoir-faire et leur savoir-vivre extraordinaires, transmis de génération en génération. Il fallait l’oeil d’un couturier pour savoir mettre en valeur ces robes, toutes coupées de la même manière ( une coupe large en T), mais toutes d’une individualité et d’une singularité étonnante. Et il fallait plus particulièrement l’oeil de Christian Lacroix, amoureux de l' »art brut », de l’artisanat dans tout ce qu’il a de splendide, des techniques de broderies et patchwork, pour imaginer une scénographie exaltant chacune des robes, et la sensibilité de chacune des femmes derrière, qui, sur des formes ancestrales et simplissimes, ont imprimé leur sensibilité profonde, leurs rêves et leurs aspirations. Ces robes, brodées pendant des années, portées avec fierté le jour du mariage,flamboyants étendards de ce savoir-faire légué à la descendance, Christian Lacroix les a mises en scène de façon très poétique. Déployées, suspendues dans un temps figé , elles forment un cortège immobile et planant, dont le visiteur serait le spectateur. Il voyage du Nord au Sud, du noir à la couleur, à la rencontre de ces femmes.

Quelques trésors dans cette exposition, comme cette robe d’As-Salt aux mesures impressionnantes ( 3.50 mètres), et le petit film datant des années 1920, montrant un jeune bédouine radieuse expliquant le pliage de cette robe, qui était porté retroussée à l’aide d’une ceinture, conférant à la jupe plusieurs épaisseurs qui pouvaient servir de réceptacle et même de porte-bébé…on note aussi le final en clin d’oeil à la tradition du défilé de mode, qui se finit toujours par une robe de mariée : l’exposition s’achève par un bouquet de 5 robes blanches brodées de couleur.

« Ce qui dissimule ces femmes les raconte bien mieux que n’importe quelle mode contemporaine »

Christian Lacroix

Par ce magnifique hommage à l’humble majesté des robes et au savoir-faire de leurs créatrices, Christian Lacroix nous amène également à nous questionner sur la création vestimentaire et artistique d’aujourd’hui, avec une certaine nostalgie . En déambulant au milieu de ces atours qui détonnent au milieu de notre monde normalisé et formaté, on s’aperçoit que ce qui pourrait apparaître comme un uniforme devient au contraire une sorte d’autobiographie, de carte d’identité. On comprend l’intérêt qu’elles ont pu suscité chez le couturier, qui a toujours essayé, à travers ses collections, de travailler sur les racines de nos cultures, ses arts et traditions populaires, ses rites, ses élégances diverses. On le sent touché au plus profond par la créativité et le foisonnement, étonné, émerveillé par ces pièces uniques . Et quand on lui demande quelle est sa robe préférée, voici sa réponse :

« Celle qui me bouleverse le plus, c’est cette robe de fillette avec laquelle nous avons choisi d’ouvrir l’exposition. Elle a été retrouvée en 1991 sur le corps momifié d’une enfant de 2/3 ans, ensevelie à côté de sa mère en 1283.Cette robe a traversé les siècles, et nous est parvenue dans un état de conservation remarquable. Tout le travail de broderie est encore intact. Cette robe a traversé les siècles, et apparaît d’une étonnante et fascinante modernité. »

Cette magnifique exposition permet, en plus d’une plongée dans l’univers textile oriental, d’en apprendre un peu plus sur l ‘univers de M.Christian Lacroix, qui nous livre beaucoup de lui a travers sa scénographie.Que les amoureux de la mode dans ce qu’elle a de millénaire se réjouissent …

Informations pratiques : « L’Orient des femmes vu par Christian Lacroix » Musée du Quai Branly 222 rue de l’Université; M° Pont de l’Alma. Jusqu’au  15 mai 2011

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Avela Guilloux

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