Théâtre

Villa Olga, l’absurde se fait drôle à Villeneuve en Scène

Villa Olga, l’absurde se fait drôle à Villeneuve en Scène

10 juillet 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La compagnie Tandaim revient au festival Villeneuve en Scène avec un nouveau spectacle bien loin de « La seconde surprise de l’amour » qui mixait Marivaux et Sophie Calle l’année dernière. Ici, préparez -vous à rire beaucoup devant l’ingénieuse « Villa Olga ».
Peter Sellers est dans la place. The party se joue côté plage, en combinaison de plongée orange et palmes aux pieds, œuvre d’art en groin de cochon rose très fille. Dans la structure vert pomme, on rencontre un couple, Odette et Lioubov, tombés raides amoureux lors d’une croisière. Il l’a rebaptisée Olga pour la couleur locale. Mais voilà que le mari s’inquiète, trouve sa femme mystérieuse. Persuadé qu’il est trompé, il place une caméra de surveillance le groin qui grogne quand on s’en approche. Pour être sûr de ne rien louper des faits et gestes de madame, il la fait suivre par un détective qui, dans son enquête, trouvera l’amour en robe lamée.

Faire du Vaudeville élégant, vivant, drôle, totalement dépoussiéré de Feydeau, c’est le pari que la metteuse en scène, Alexandra Tobelaim a fait en commandant un texte à l’auteur, Catherine Zambon. Ici, tout repose sur les comédiens et de façon fragile. A tout moment, la pièce pourrait tomber dans le boulevard. Mais, c’est sans compter sur une scénographie inventive qui sait gérer l’extérieur. Le jardin devenu théâtre derrière le Moulin à Huile (qui marche encore !) est envahi d’oliviers, bordé de cyprès. Grenouilles, cigales et hirondelles sont partie prenante de l’affaire. Dans cette nature parfois un peu hostile où les moustiques s’éclatent, Flore Grimaud, Julien Duval, Mathieu Bonfils et Thierry Otin excellent respectivement en mari (russe) jaloux, femme au passé trouble, chanteur de cabaret dyslexique et homme grenouille. La villa en bord de mer ne manque pas d’air !

Les comédiens décalent à souhait à l’aide de costumes pertinents (mention spéciale pour le collier de Lioubov), d’idées justes, comme l’accent russe roulant les « r » du même Lioubov. Ici, les portes ne claquent pas, elle s’abattent et se redressent. Alexandra Tobelaim cherche le rire et le trouve à chaque scène. Installée à Cannes, la compagnie dresse un spectacle très branché mafia qui sied parfaitement à sa venue dans le Gard. La justice valable est ici celle de la famille, la villa est si sécurisée qu’Olga a du mal à en sortir, alors elle picole et bouffe des cachetons. Sur le papier, la pièce aurait pu tout autant tomber dans la série policière. La navigation entre les deux, le policier et le vaudeville fonctionne admirablement bien. On suit avec le plus grand intérêt ce Maigret d’un nouveau genre dans la découverte des secrets de l’âme slave.

Si la pièce a eu du mal à s’installer lors des premières, elle est maintenant parfaite dans ce que le théâtre actuel peut apporter à ce genre si souvent malmené.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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