Théâtre

« Une famille aimante mérite de faire un vrai repas », et nous donne un plaisir inquiet

« Une famille aimante mérite de faire un vrai repas », et nous donne un plaisir inquiet

18 janvier 2016 | PAR Geoffrey Nabavian

On a pu découvrir cette pièce signée Julie Aminthe, et mise en scène de façon hyper ludique par Thibault Rossigneux, lors de sa première, pour deux dates, au Théâtre 95 de Cergy-Pontoise. Ses personnages travaillés par des obsessions réjouissantes seront à retrouver en mars à la Faïencerie de Creil, et au mois de mai au Monfort, à Paris.

[rating=4]

Une famille aimante merite de faire un vrai repasAu début, une mère décore un sapin, en plein mois d’août. Sa fille l’aide, et leur relation nous plonge dans un climat grinçant : elle est très fière de cette adolescente qu’elle a « faite », avec un corps si parfait, qu’elle veut le tenir dans ses mains, le sentir… Comme ce personnage a les traits et la voix de la grande Elizabeth Mazev, aussi vénéneuse qu’attachante, on lui emboîte le pas dans la folie. Quelques minutes plus tard, on fera connaissance avec le père de cette famille bizarre : Philippe Girard. Roi Lear et Don Rodrigue pour Olivier Py, ici dans le rôle tragique d’un homme ravagé par son envie de propreté…

En suivant les deux enfants de ce couple tordu, on découvrira l’une des thématiques de la pièce : la famille enferme, parfois. Cette idée va se développer au fil d’événements loufoques, et plutôt inquiétants. Une tension bizarre s’installe, monte, monte, et provoque des catastrophes. Mais l’ensemble ne se dépare jamais d’un humour bienvenu.

Dans le rôle de ces deux jeunes piégés dans les concepts, l’athlétique Pauline Dau et son complice inquiet Anthony Roullier nous accrochent. On aime les questionnements apeurés de la toute jeune fille sur la retraite, par exemple. Et on goûte beaucoup les passages où l’obsession profonde de l’auteur pour les corps apparaît, et ceux où les concepts s’effacent brutalement, pour laisser les personnages dévoiler leur intériorité torturée.

Pour nous balader dans ce matériau, Thibault Rossigneux signe, enfin, une mise en scène ultra ludique. Plateau tournant, effets de rétrécissement… tout notre petit monde s’active dans un univers adorable et empoisonné, prêt à s’autodétruire. Chacun va pouvoir crier sa détresse, façon slogan publicitaire. Et nous laisser ravi ou inquiet, selon nos sensibilités, devant ce spectacle assez riche, traversé de thématiques frappantes.

Les dates a venir d’Une famille aimante… : du 23 au 25 mars à Creil (la Faïencerie) ; du 17 au 28 mai à Paris (le Monfort).

Une famille aimante mérite de faire un vrai repas – teaser from les sens des mots on Vimeo.

Une famille aimante mérite de faire un vrai repas, de Julie Aminthe. Mise en scène de Thibault Rossigneux. Avec Pauline Dau, Philippe Girard, Elizabeth Mazev et Anthony Roullier. Scénographie : Thibault Rossigneux et Xavier Hollebecq. Lumières : Xavier Hollebecq. Création sonore : Christophe Ruetsch. Costumes : Camille de Galzain. Assistant à la mise en scène : Thibault Lecaillon. Directeur technique : Jules Poucet. Production : Gaspard Vandromme, Pauline Derycke, Sylvie Desbois et Antoine Gautier. Diffusion : Séverine Liebaut. Durée : 1h30.

Visuel : © 2016 by les sens des mots

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : geoffrey.nabavian@free.fr / https://twitter.com/geoffreynabavia

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