Théâtre

[MiMa] Et si « La Course » cycliste n’était qu’une métaphore?

[MiMa] Et si « La Course » cycliste n’était qu’une métaphore?

04 août 2018 | PAR Mathieu Dochtermann

La Course, de la cie Une Tribu Collectif, est un très joli spectacle qui fait appel à diverses techniques, et où la marionnette côtoie le jeu d’acteur ou le théâtre d’objets. Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, il ne traite que très partiellement de la course cycliste, qui n’est qu’un prétexte à une réflexion plus large, qui embrasse largement les destins d’une petite ville. Habile, créatif, dépaysant: tout ce qu’on aime dans le spectacle vivant. Une belle rencontre dans le IN du festival MiMa.

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Qu’est-ce que c’est qu’un héros? Que porte-t-il sur son dos? S’il refuse son statut, s’esquive, s’eclipse, que laisse-t-il dans son sillage, dans son village?

La Course, c’est un spectacle d’autant plus intelligent qu’il est complexe, surprenant, protéiforme. Dans une petite ville, des ouvriers, un atelier de confection, un cycliste, la fierté du travail bien fait, d’être les meilleurs, l’espoir que le champion local lui aussi sera sur le podium, que lui aussi il saura être le meilleur. Et si seulement on pouvait tous être les meilleurs! Mais de meilleur, justement, il ne saurait, par définition, y en avoir qu’un…

Si le meilleur atelier ferme, que reste-t-il de la fierté des ouvriers? Si le meilleur coureur continue de pédaler une fois passée la ligne d’arrivée et disparaît, refuse de monter les marchés du podium, quel effet sur la population?

Les thèmes s’imbriquent et s’entrelacent, les destins aussi, qu’ils soient individuels ou collectifs. Beaucoup de questions, aucune prétention à poser les réponses. Beaucoup de surprises, de rebondissements, de pas de côté.

Les techniques employées sont multiples. Les ouvriers sont incarnés en jeu d’acteur, mais il y a aussi bien de la marionnette sur table avec une manipulation en bunraku (marionnette, d’ailleurs, construite à vue avec les machines à coudre de l’atelier!), une course de vélo figurée sur une bande de tissu où le paysage a été dessiné par le fil cousu par une machine… Tout cela, au lieu de se heurter, se marie admirablement. L’emploi des techniques ne se fait d’ailleurs pas au hasard: le fait que le personnage figuré par la marionnette puisse être lâché par ses manipulateurs, pour retourner brutalement à l’inerte, a un intérêt dramaturgique.

Dans le décor-atelier, rien n’est vraiment neutre, rien n’est innocent, tout joue. Le spectacle commence par une impressionnante mise en équilibre de bobines de fil, qui installe l’attention des spectateurs. Le mur de machines à coudre peut jouer les orchestres. Les vélos rangés à fond de scène subiront une transformation étonnante. L’habillement, sonore comme lumineux, est très organique, au plus près des objets. Il y a une dimension bidouille, bricolage, qui colle complètement au thème en même temps qu’elle est absolument réjouissante.

On ressort de ce spectacle charmé, avec la claire sensation d’avoir voyagé en compagnie des interprètes, sans qu’un sens évident ne se dégage immédiatement, ce qui n’est pas déplaisant du tout. L’interprétation est globalement juste, même si certaines répliques sentent parfois un peu le forcé. Peut-être que certains passages pourraient être plus vifs, plus rythmés – encore que le prologue et l’épilogue, qui prennent justement le temps d’installer leur rythme décalé, font partie des plaisirs qu’on tire du spectacle.

Une proposition belle, surprenante, aboutie, qui laisse grande ouverte au spectateur la possibilité de rêver. On ne demande pas mieux.

Création : Une Tribu Collectif | Conception et mise en scène : Alice Hebborn, Sarah Hebborn, Valentin Périlleux et Michel Villée | Interprétation : Sarah Hebborn, Valentin Périlleux et Michel Villée | Création sonore : Alice Hebborn | Création lumière : Octavie Piéron | Scénographie et marionnettes : Valentin Périlleux | Assistante lumière : Alice de Cat | Coordination générale : Marina Vidal París | Regards extérieurs : Daniel Schmitz et Noémie Vincart | Diffusion : Charline Rondia [Le Relais Diffusion] | Production : Entrée de Secours ASBL | Coproduction : le Théâtre National/Bruxelles, le Théâtre de Liège et le Théâtre de l’Ancre | En partenariat avec le Théâtre de Galafronie
Visuels: (c) Hubert Axiel

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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