Théâtre

Une poignée de gens + le Vélo Théâtre = bonheur & poésie

Une poignée de gens + le Vélo Théâtre = bonheur & poésie

05 avril 2017 | PAR Mathieu Dochtermann

Avec Une poignée de gens… quelque chose qui ressemble au bonheur, le Vélo Théâtre signe, à sa façon modeste, un magnifique spectacle, révélateur d’humanité. Poétique et doucement barré, ce dispositif fragile mais incroyablement puissant place le spectateur – et sa chaise, parfaite métonymie! – au centre du dispositif. C’est un voyage très doux dans le passé et dans le présent simultanément, qui se vit à la fois au singulier et au pluriel: c’est une grande réussite de théâtre populaire, au meilleur sens du terme.

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C’est dans le cadre du festival MARTO! que le public francilien a découvert la dernière création du Vélo Théâtre. Une invitation immersive, une proposition voyageuse, bourrée de générosité, fondée sur des choses minuscules, familières, mais finalement tellement touchantes. L’intelligence, la légèreté, et une tendresse profonde pour son prochain, voilà le carburant créatif auquel ce Vélo là se nourrit.

Mais de quoi s’agit-il au juste?

L’invitation, c’est celle de se joindre à une expérience de théâtre en commun, dans un lieu et un temps où les codes sont brouillés, où les spectateurs sont tout autant les acteurs et les co-auteurs de la pièce. Le prétexte narratif: une foule, une gare, deux agents pleins de bonhomie, un mystérieux musicien, et des chaises, beaucoup de chaises, 69 en tout. Il n’y a pas de scène, on dirait presque du théâtre de rue: l’espace de jeu est partout, tout élément du décor est susceptible de cacher une nouvelle astuce. Et les chaises, symboles tout à la fois du spectateur, donc de la passivité, de l’attente, mais également du voyage, et, métaphoriquement, de la place de celui ou de celle qui est assis dessus. Des chaises pour jouer, des chaises pour se rencontrer, des chaises pour se reconnaître et même pour se définir.

Les quatre comédiens qui circulent au milieu de cette poignée de gens ne sont finalement que les chefs d’orchestre d’un jeu de rôle grandeur nature… A moins qu’il ne s’agisse de l’inverse, d’un jeu de nature, où la distanciation, le rire, la bienveillance, finissent par créer un espèce pour moins se défendre de la rencontre, et pour pouvoir se réjouir, ensemble, d’être en train de traverser la même représentation, unique puisque rien n’est écrit sinon les incidents qui font avancer le train des pensées le long de leurs rails?

En tous cas, le prétexte du voyage, l’étrange familiarité du dépaysement qu’il procure, le scénario de la gare et du train un jour de départ, tout concourt à relâcher les tensions, à inviter le public à baisser sa garde, un instant, à se replonger dans ces souvenirs communs et pourtant tous singuliers des trains que nous avons tous pris, qui pour partir en vacances, qui pour visiter ses proches. Tiraillés entre introspection et expérience collective, les spectateurs sont doucement guidés par les quatre personnages touchants de gentillesse et de fragilité… d’humanité en somme? Prouesse d’avoir réussi à générer une sensation de suspension onirique en même temps que l’expérience participative conduit chacun ou chacune à marcher, courir, s’asseoir, se lever, se grouper et se dégrouper tout-à-tour.

Pour du théâtre d’objets, il y a finalement, beaucoup de théâtre, et peu d’objets, jusqu’à la surprise finale, qui descendra des cintres, dans une mise en abîme aussi astucieuse que touchante.

Tout cela, toute cette mise en scène trompeusement simple mise au service de cette expérience de plus d’une heure, pour explorer une question, désarmante mais essentielle: qu’est-ce que le bonheur? Des très nombreuses pistes esquissées, chaque spectateur retiendra ce qui fera écho en lui, mais à voir la joie paisible qui se lit sur chaque visage à la sortie du spectacle, la recherche n’a pas été vaine.

Tout le long de ce spectacle simple et lumineux, il y a des fous rires. Il y a des gorges qui se nouent. Il y a des larmichettes. Il y a beaucoup de sourires. Il y a des mains qui se cherchent, qui se trouvent. Il y a des regards échangés. Il y a de l’imprévu, beaucoup. Il y a une poignée de gens, ensemble. Bref, il y a de la vie, et comme une grande bouffée d’oxygène, un vrai plaisir à être ensemble, une communion, une parenthèse ou l’Autre perd son « A », majuscule et intimidant. Une expérience à vivre, et à offrir à ses proches, en ces temps où les nouvelles nous inviteraient trop rapidement à perdre foi en l’humanité…

Une poignée de gens… peut se revoir près de Paris dans le cadre de la BIAM – la Biennale Internationale des Arts de la Marionnette, à la salle Jacques Brel, à Pantin, les 19, 20 et 21 mai prochains.

UNE POIGNÉE DE GENS…
Auteurs: Vélo Théâtre (Charlot Lemoine, Tania Castaing, José Lopez et Fabien Cartalade)
Mise en scène et dramaturgie: Charlot Lemoine, Tania Castaing et Catherine Poher
Assistant à la mise en scène: Nicolas Joray
Interprètes: Charlot Lemoine, Tania Castaing, José Lopez et Fabien Cartalade
Installations plastiques: Philippe Lefebvre dit Flop
Musique: Fabien Cartalade
Lumières: José Lopez
Appui technique et vidéo: Ateliers du spectacle
Visuels: (C) Justin Palermo, Fabien Cartalade

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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