Danse
Avec « Verbales », l’émotion passe aussi par le corps dansant

Avec « Verbales », l’émotion passe aussi par le corps dansant

05 avril 2017 | PAR Mathieu Dochtermann

Le Théâtre El Duende a accueilli les premières représentations de Verbales, le troisième spectacle d’une jeune compagnie, [tso]tam, dont la créativité se trouve ici confirmée. A la fois spectacle de danse, de théâtre, de chant, de musique en général, c’est une proposition forte et complexe qui réussit à tenir en équilibre entre grâce et humour. A découvrir.

[rating=4]

C’est à un drôle de spectacle que les quatre complices de [tso]tam convient leur public avec Verbales, récemment présenté au Théâtre El Duende dans la cadre du festival Traits d’Union. Le trio devenu quatuor était précédemment orienté vers la danse… mais Verbales explore des pistes supplémentaires.
Est-ce l’arrivée de la quatrième comparse qui a provoqué le basculement, ou l’envie de faire la culbute a-t-elle poussé le trio à s’élargir? Reste le produit de la rencontre: Verbales est un spectacle singulier et pluriel, singulier au sens où il possède une identité unique et forte, pluriel en ce qu’il brasse une multiplicité de techniques et de couleurs pour trouver son équilibre, un point fragile entre grâce et fou-rire. Du prétexte de base, un groupe de parole sur la communication mobilisant quatre intervenantes, une succession de tableaux va naître, tour à tour beaux ou savoureux.
Si la danse est toujours présente, la musique a désormais conquis le plateau, avec des chants, beaucoup, des percussions, aussi, et un peu de musique instrumentale. En outre, le spectacle est très théâtralisé, avec un sens de l’humour qui, dans sa propension à l’autodérision, flirte souvent avec le clown.
Le résultat est donc souvent très drôle, mais le spectacle est aussi traversé de moments de grâce ou de poésie qui l’élèvent au-dessus d’un simple exutoire récréatif – la danse est belle, certaines vraies-fausses confidences touchantes, la mise en scène parfois très graphique permet aux interprètes de s’incarner autrement que comme des corps dansants. Cela pourrait être foutraque – et ça l’est parfois un peu – mais c’est sympathique, avec un rythme juste, un prétexte bien tenu, de beaux tableaux, des personnages bien campés. Les corps engagés, tiraillés entre le chant et la danse, s’imposent et se densifient à mesure du sifflement des respirations et des vibrations des voix.
Evidemment, la limite de l’exercice se fait sentir chaque fois que l’une des interprètes flirte de trop près avec une technique qui n’est pas la sienne – c’est écrit pour que chacune s’arrête au bord de sa fragilité, mais on sent comme un frisson de fêlure s’esquisser parfois à l’approche de la frontière. Il y a des moments de grande sincérité, comme il peut y avoir des monologues visiblement forcés. Chacune des interprètes a tout de même son moment de grâce, car toutes prennent manifestement plaisir à jouer.
Au final, la volonté de créer un lien avec le public par des dispositifs ingénieux, et le rire, omniprésent, créent un lien fort entre la scène et la salle, mais l’amateur de belles émotions ne sera pas non plus frustré… [tso]tam montre par ce spectacle que là où l’humour rencontre le beau, s’ouvre un bel espace d’émotion et de partage.
Verbales sera de nouveau présent sur la scène du Théâtre El Duende le 30 mai, et avant au Jardin d’Alice à Montreuil le 21 avril: ça vaut le coup de faire le déplacement!

VERBALES – Equipe [tso]tam – extrait 1 from [TSO]TAM on Vimeo.

Conception générale: Apolline Di Fazio, Anne-Laure Leprince, Olena Powichrowski, Céline Signoret
Aide à la mise en scène: Laurent Festas
Création chorégraphique: Apolline Di Fazio, Anne-Laure Leprince, Olena Powichrowski, Céline Signoret
Création musicale, textes: Olena Powichrowski
Création lumière: Romain Thomas
Scénographie: équipe [tso]tam
Interprétation – danse: Apolline Di Fazio, Anne-Laure Leprince, Céline Signoret
Interprétation – musique, chant: Olena Powichrowski
Visuels: © Floriane N’Guyen

Infos pratiques

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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