Théâtre

Une heure avant la mort de mon frère à l’Aktéon

03 décembre 2010 | PAR Christophe Candoni

Dans « Une heure avant la mort de mon frère », les comédiens Julie Rattez et Gaëtan Delaleu défendent avec talent et conviction ce texte fort de Daniel Keene. Le dramaturge contemporain australien a été découvert en France dans les années 90 et est finalement peu joué. On salue d’autant plus l’ambition de la jeune compagnie La Barque des mondes de faire entendre cette pièce jusqu’au 27 janvier 2011 au Théâtre Aktéon. On plonge dans l’ambivalence d’une histoire de haine et d’amour entre un frère et une sœur face à la mort. Un huis-clos à l’émotion brute.

La petite scène du Théâtre Aktéon figure le parloir d’une prison, Sally y vient pour rendre visite à Martin, son frère, incarcéré ; la dernière puisque celui-ci est condamné à mort. Julie Rattez est une silhouette, légère et élancée, dans une petite robe d’été à fleurs et des chaussures au rouge vif, qui fait irruption dans la grisaille pénitentiaire. Énigmatique, on ne sait rien de ses intentions. Face à elle, Gaëtan Delaleu possède la rudesse et le détachement de celui qui en a fini malgré lui avec la vie. Ils ne se sont pas vus depuis des années. Leur dialogue pourrait être celui d’un couple marié ou d’amants clandestins – nous n’en dirons pas plus sur la complexité de leur relation – tant le lien fraternel qui les unit est fort et trouble. Lui s’inquiète de la place qu’il occupe dans sa vie. « Tu as des photos de moi?» lui demande-t-il. Plus que des retrouvailles, c’est une véritable confrontation, violente, ambiguë, à laquelle on assiste. Une confrontation qu’on imagine rêvée et attendue plus que tout par l’un et l’autre, pourtant la gêne, la maladresse les privent d’une rencontre apaisée, sans encombre. Parce qu’ils sont les héritiers d’un passé douloureux, apparemment insurmontable, d’où resurgissent soudainement une mère disparue et un père peu aimant. La pièce creuse l’abime mental, la blessure cruelle et secrète qui les anéantissent.

La lecture et l’interprétation qu’en font Julie Rattez et Gaëtan Delaleu  nous semblent d’une grande justesse, violente et sensible. Les acteurs jouent l’ambiguïté de la situation faite de tensions autour du désir fantasmatique mêlée à l’angoisse. Ils expriment la difficulté à dire, l’incommunicabilité finement soulignée par les jeux de lumières qui emmurent les personnages dans leur solitude. Julie Rattez signe également la mise en scène, elle a choisi avec pertinence la simplicité et l’épure pour faire entendre toute la densité du propos contenu dans cette pièce difficile, lourde de sens qui les porte littéralement. Des cris et des larmes mais pas de triche ni de performance inutile. Juste l’essentiel : la vérité des sentiments, l’exacerbation de la vulnérabilité de ces êtres tourmentés, avec ce qu’il faut de distance et d’empathie. L’économie des regards qu’ils s’échangent, leurs tentatives d’approches, des effleurements de mains et de corps. C’est très beau. On est saisi.

Une heure avant la mort de mon frère, jusqu’au 27 janvier 2011, chaque mercredi et jeudi à 20h.

A l’Aktéon Théâtre, 11 rue du Général Blaise, (11 arr. M° Rue Saint-Maure ou Saint-Ambroise). 01 43 38 74 62. www.akteon.fr

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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