Théâtre

Macbeth sanglant par Johan Simons

Macbeth sanglant par Johan Simons

09 décembre 2012 | PAR Christophe Candoni

Au Festival Reims Scènes d’Europe, le Toneelgroep Amesterdam présente une adaptation choc du Macbeth de Shakespeare pour cinq acteurs et deux musiciens. Dans une mare d’hémoglobine, le metteur en scène néerlandais Johan Simons exacerbe les pulsions érotiques et meurtrières sous la forme explosive d’une boucherie sanglante et grandiose.

Des lumières blanches et brutalement crues éclairent la salle comme la scène. C’est l’atmosphère volontairement clinique choisie par Johan Simons qui livre, à travers sa lecture de Macbeth, une édifiante autopsie de la violence humaine. Le décor contemporain de Jan Versweyveld fait penser à la fois à une arène, une cuisine équipée, un laboratoire, un ring, un champ de tir ; un lieu public donc, prompt à l’observation froide et au combat. Tout est net, du sol blanc immaculé aux vitres transparentes des grandes tables qui l’entourent, avant que ne se déversent et éclaboussent des mares de sang, un puissant jet d’eau et des seaux renversés de terre brune. Les acteurs se ruent, se coursent, se vautrent, s’étreignent dans cette matière pourrie.

D’une façon spectaculaire, se déploie une violence inouïe, primitive et pulsionnelle, inconvenante car inexplicable et ravageuse. La mise en scène montre admirablement comment la violence engendre la violence, le sang appelle le sang, un meurtre en entraîne un autre, procurant une ambivalente jouissance où s’amalgament pulsions de mort et de sexe, ce qui rend encore plus forte et perverse la situation. Le rythme s’emballe si bien que Simons impose des fractures dans le spectacle comme des arrêts sur images, des moments de suspension perturbants et fascinants où dans le silence on pense entrer un peu dans l’intériorité des personnages aussi effrayants qu’effrayés par leur propension à la destruction.

Macbeth victorieux a gagné la guerre contre la Norvège et entend prendre le trône d’Ecosse par la force. Les mains et le corps tout entier maculés du sang répandu, l’homme expose en pleine lumière et sous les traits du puissant acteur qu’est Fedja van Huêt, son inhumanité bestiale en même temps que sa pitoyable fébrilité. Il n’est pas seul. Lady Macbeth (formidable Chris Nietvelt), plus terrible encore, lui apporte soutien et protection. Les époux Macbeth forment un couple bien singulier, indéfectiblement liés l’un à l’autre avec une attirance aussi forte que la répulsion. Macbeth caresse sa femme en l’étranglant ou bien la promène comme une chienne, à quatre pattes au bout d’un cordage, et c’est avec les dents qu’elle arrache pour lui la couronne royale. Lui paraît dictateur hurlant ou enfant apeuré, elle est représentée avec ironie comme une femme influente, en représentation perpétuelle, arborant un sourire figé et les attitudes circonstanciées d’une « première dame », puis, dans une scène de folie incroyable, elle s’arrache la peau du visage comme elle enlèverait un masque.

Tous les comédiens sont remarquables de maîtrise et d’intensité. Jusqu’à la fin foudroyante où, dans une transe hallucinée et traumatique, le coupable périt, tué à bout portant d’un coup de pistolet et recouvert de sapins verts, Johan Simons livre des images saisissantes qui marquent durablement.

 

Photo: © jan versweyveld

Bande-annonce et page du spectacle sur le site du Toneelgroep Amsterdam ICI

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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