Théâtre

Un cri d’extase au théâtre de l’Odéon

11 janvier 2009 | PAR marie

le criLe cri de jouissance de Gertrude, cet hurlement tellurique et puissant qu’elle a poussée sur le cadavre du Roi du Danemark, Claudius en est obsédé. Il fera tout son possible pour le faire ressurgir de la gorge de son amante. Et c’est avec ce hurlement, que le théâtre de l’Odéon entame le cycle « Howard Barker ». Le Cri (Gertrude) y est joué jusqu’au 8 février.

 

Dans l’Hamlet de Shakespeare, Claudius monte sur le trône du Danemark suite à la mort de son frère. Quelques semaines après, le nouveau roi se marie avec la reine Gertrude… Le spectre de l’ex-souverain apparaît alors à son fils, le Prince Hamlet, pour lui révéler le fratricide. Dès lors, Hamlet se fera passer pour un fou pour venger son père.

 

Howard Barker ne s’encombre pas du mystère du meurtrier. La pièce du dramaturge britannique contemporain s’ouvre avec la jouissance des deux amants sur le cadavre du Roi : Claudius était bien l’empoisonneur, Gertrude sa complice, qui a achevé la victime par son cri orgasmique.

 Dès lors, le hurlement d’extase de la reine sera le spectre de Claudius. Sans cesse, il cherche à le recréer. Au cimetière, dans le salon ou dans la chambre du nouveau né, l’amant s’interroge : ce cri est-il d’amour ou de souffrance ? Est-il Gertrude ou la dépasse-t-il totalement ? Cette obsession est partagée. Pour Hamlet, il signifie combien sa mère est une « salope » ; d’ailleurs sa jupe trop courte et ses hauts talons attestent de son immoralité : 

« Le monde est plein de choses que je ne comprends pas mais

d’autres à l’évidence les comprennent par exemple ces

chaussures ont des talons d’une hauteur si extravagante

comment peut-on espérer bouger sans disloquer son anatomie

entière c’est comme si vous méprisiez votre corps [..] »

 

 

 

 

Pour la veille Isola aussi la reine Gertrude, est une « prostituée » et Claudius, son fils, doit en être protégé. Isola aimerait d’ailleurs bien mieux que la reine s’offre à Albert, duc de Mecklenburg, homme avide du cri. Mais si courte soit sa jupe, la reine n’en est pas moins libre…. Avec Claudius et contre tous les querelleurs et les moralistes, elle poursuit, toujours insatisfaite, sa quête, et ce faisant, donne la mort comme la vie…

 Anne Alvaro joue sur scène cette souveraine passionnée. Détachée et attirante, elle venge, à plusieurs siècles d’écart, la Gertrude d’Hamlet à laquelle Shakespeare n’avait consacré que quelques lignes. Vengeance froide et, au regard de l’intellect, bien inutile, car du XVIIème au XXe, de Shakespeare à Barker, la souveraine est toujours aussi mystérieuse, fuyante, insaisissable comme son extase. Sur le plateau, valsent les meubles, les arbres et les murs des cimetières. Plus rapidement encore et comme dans un rêve, tournoient les nuisettes de la reine. Quant aux hommes, ils sont des araignées aux armoires. Entre les deux dramaturges, la psychanalyse a lié pulsions de vie et pulsions de mort : les spectateurs sont plongés dans un Inconscient, peut-être celui-de la reine d’où surgit le cri…  

 

« J’appelle mes pièces des tragédies, elles ne sont pas horribles, elles sont euphoriques, cruelles et joyeuses à la fois » dit Howard Barker. Le Cri (Gertrude) est bien de celles-ci, affreuse logique destructive dans laquelle, sous les amants, les cadavres s’empilent un à un, tandis que le public, lui, rit.

Le Cri (Gertrude), théâtre de l’Europe (Odéon) mis en scène par Giorgio Barberio Corsetti, jusqu’au 8 février, de 30 à 7,50 euros. Du mardi au samedi 20h, le dimanche 15h, 2h45 sans entracte, place de l’Odéon, Paris 6e. Métro Odéon.

 Marie Barral

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