Théâtre
Un Barrage contre le pacifique : les mots de Duras récités à l’Athénée

Un Barrage contre le pacifique : les mots de Duras récités à l’Athénée

12 mars 2014 | PAR Yaël Hirsch

Alors que l’Atelier propose en ce moment 3 pièces de Marguerite Duras, à l’Athénée, Un barrage contre le pacifique est une adaptation libre du roman princeps (1950) de l’auteure, évoquant déjà cette adolescence indochinoise trouble qui lui vaudra – enfin- Goncourt et succès public avec « L’Amant ». L’élégance de la mise en scène de Juliette de Charnacé est certaine, mais le recit qu’en font les 4 comédiens perd l’essence des mots capiteux qui relient la lumière aveuglante du « barrage contre le pacifique » aux zones d’ombre de l' »Eden cinéma ».

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Ils sont trois : la mère, institutrice à la retraite qui a mis toutes ses économies dans une concession en Indochine, et les deux enfants, Joseph, 20 ans et « la petite », tout juste 16. Le terrain acheté par la mère est submergé chaque année par le Pacifique et l’eau salée empêche toute plantation. Ils vivent dans la pauvreté et la folie de la mère qui construit des barrages en espérant être plus forte que les flots. L’argent est tellement important que quand le riche Monsieur Jo commence à tourner autour de la petite, ni la jeunesse, ni le fait que Monsieur Jo soit Indochinois nempêche la mère de souhaiter un mariage… Ou alors simplement la prostitution pour un diamant à 20 000 piastres …

Texte mythique et trop méconnu, décor minimaliste où 3 longs troncs d’arbre évoquent tout un monde lointain, musique néotonale très présente de Ghédalia Thazarès et 4 comédiens dont deux stars : la jeune Lola Créton (qui a le physique) et Florence Thomassin, tout était réuni pour un embarquement immédiat pour l’Indochine vénéneuse, incestueuse et existentielle de Marguerite Duras. Mais le choix de faire réciter le texte aux acteurs dans la pénombre, le caractère minimaliste de leurs interactions (ils dansottent seuls quand ils s’animent), leurs habits très banals, avec culotte grisâtres absolument anti-érotiques pour les femmes, et la difficulté de Lola Créton à entrer dans le rythme des phrases, transmuent un texte initiatique en longue curiosité démodée. Même si Florence Thomassin offre aux 2/3 du parcours un monologue assez expressif, aucune émotion ne se dégage de cette mise en scène d’un texte qui contient pourtant peut-être tous ceux que Duras a livrés par la suite, jusqu’aux plus minimaux et dont la maigreur conviendrait mieux à ce type de mise en scène : la maladie de la mort et Yeux bleus, Cheveux noirs. Ici, rien ne transparaît des montagnes de sensualité et de folie, dans lesquels Duras a dissout la misère et la laideur, par une dignité qui fera toute la force d’évocation de son style syncopé. A voir, en réécoutant pour soi à son rythme de lecteur les phrases de Duras.

Un barrage contre le Pacifique, d’après le roman de Marguerite Duras, mise en scène : Juliette de Charnacé, musique :, avec Florence Thomasin, Lola Créton, Julien Honoré, Wu Zheng, durée : 1h50. Le mardi à 19h, et dimanche à 16h.

© Anne Gayan

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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