Théâtre

Un avare aussi drôle que terrible

23 octobre 2009 | PAR Christophe Candoni

La Comédie-Française ouvre sa saison en mettant à l’honneur son patron : Molière. Elle propose une nouvelle production de L’Avare, un de ses grands classiques. Muriel Mayette a confié la pièce à l’actrice Catherine Hiegel qui est, par ailleurs, le doyen de la maison. A l’inverse de l’irrésistible création des Précieuses ridicules modernisée et transposée dans une boutique chic de mode par le délirant Dan Jemmett la saison dernière, celle-ci nous propose une mise en scène de facture très classique avec costumes d’époque (Christian Gasc) et ballet final dans la tradition. Pour son décor, elle s’inspire de la mise en scène historique de Jean-Paul Roussillon qui date quand même de 1969. On croyait ce temps révolu. Il n’empêche que son spectacle est une réussite. Hiegel mène la troupe qu’elle connaît bien dans cette comédie féroce où Denis Podalydès propose un grand numéro d’acteur.

L’Avare est une joyeuse comédie de caractère qui regroupe toutes les bonnes ficelles du genre : quiproquos et bastonnades… ; c’est aussi le drame d’une famille sacrifiée par un père (Harpagon, excellent Podalydès) qui refuse le bonheur de sa progéniture, trop préoccupé par une « cassette » dans laquelle est enfermée toute sa fortune. Catherine Hiegel ne choisit pas l’une ou l’autre direction, elle prend le parti d’en rire avec ironie. Elle restitue fidèlement l’esprit de Molière en servant à la fois l’humour farcesque et le cynisme des situations, n’édulcorant jamais les humeurs sombres des personnages et révélant la violence latente du rapport entre le père et le fils Cléante (parfait Benjamin Jungers à la jeunesse insolente) qui vont jusqu’à s’affronter armes en main.

La distribution est épatante. A l’opposé du vieillard conventionnel, Podalydès campe un Harpagon plein de vie et de santé. Il est d’abord un rire en off, diabolique. Puis, il apparaît physiquement sur scène, étriqué dans un petit costume noir qui lui donne l’air d’un insecte. Dans le beau décor de Goury qui figure un entresol froid, nu, inconfortable, il bondit, saute, danse, dévale le grand escalier à toute vitesse. Podalydès est un tyran, conscient, qui jouit de la terreur qu’il sème dans la maison pour finalement se prendre au piège de sa propre cage, se laissant enfermer derrière les barreaux intérieurs de sa fenêtre. On admire la variété et l’inventivité de son jeu physique et rapide. On n’oubliera pas son fameux monologue dit au milieu du parterre en équilibre sur les accoudoirs des fauteuils de la salle Richelieu.

Il faut citer aussi la malignité de Pierre Louis-Calixte (La flèche), Stéphane Varupenne est un faux-cul savoureux, Dominique Constanza en Frosine borgne et glauque. On est plus réservé sur les jeunes premières qui paraissent ternes et geignardes (notamment Marie-Sophie Ferdane). Cet Avare est un spectacle plaisant qui rassemblera toutes les générations, pour découvrir ou apprécier à nouveau en Molière un observateur génial et drôle des travers du genre humain.

L’Avare, en alternance du 19 septembre 2009 au 21 février 2010. Comédie-Française, salle Richelieu., Place Colette, Paris 1er, m° Palais Royal, 0825 10 16 80. Notez que des places à visibilité réduite et à prix cassés sont disponibles 1h avant le spectacle.


Une épopée musicale
Terzieff, héros blessé et solitaire
Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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