Théâtre

Toutou au théâtre Hébertot : une pièce canine sans chien

10 février 2011 | PAR Christophe Candoni

Patrick Chesnais et sa partenaire de scène Josiane Stoléru retrouvent les planches du Théâtre Hébertot. Ils y avaient triomphé ensemble en 2009 dans « Cochon d’Inde », la pièce de Sébastien Thiéry pour laquelle l’acteur avait d’ailleurs reçu le Molière du Comédien. Réunis cette fois dans « Toutou » d’Agnès et Daniel Besse, ils sont mis en scène par Anne Bourgeois et forment un couple déprimé après la disparition fortuite de leur animal de compagnie.


On dit que le chien est le meilleur ami de l’homme mais la réciproque n’est pas une évidence une fois que l’on a assisté à la pièce Toutou. Il est déjà tard dans la soirée quand Alex rentre de sa promenade nocturne, la laisse à la main mais sans le chien au bout ! Perdu ?, Sauvé ? Mort ? Sa femme démunie réclame une explication qui ne vient pas. Elle décide de faire une annonce dans l’immeuble promettant une forte récompense à la personne qui lui ramènera son toutou. La perte du cabot devient l’élément de départ d’une série de règlements de compte et d’explications tendues entre le mari et sa femme qui font le point sur leur vie.

La comédie est aussi mince qu’un nonosse à ronger. Le texte d’Agnès et Daniel Besse est amusant sans être super drôle. C’est-à-dire qu’on  fait vite le tour d’une intrigue pareille. Les échanges sont insuffisamment consistants et souvent répétitifs. On n’est pas dans le pur boulevard avec ses quiproquos, ses rebondissements incessants… Il s’agit plutôt ici d’une conversation dont le comique naît de la douce folie ambiante et qui repose à l’évidence sur l’identification des spectateurs qui s’y reconnaitront. La mise en scène d’Anne Bourgeois ne va pas non plus dans la direction de la démesure et de l’outrance. C’est un travail assez sobre qu’elle réalise et la représentation gagne en sincérité. Du coup, les personnages sont sympathiques, attachants, on les plaindrait presque.

Le talent et la fantaisie des acteurs relèvent la soirée qui s’avère finalement légère et plaisante. Les acteurs jouent avec conviction et humour la situation. Josiane Stoléru, très fine actrice, est une femme véritablement affectée, touchante dans la disproportion des réactions larmoyantes de son personnage qui vit une réelle tragédie. Patrick Chesnais trouve aussi la justesse entre la distance, la bougonnerie, l’énervement. Ils sont trois acteurs sur le plateau. Sam Karmann joue un vieil ami de 30 ans qui débarque à minuit. Il dit avoir oublié ses clés à Rome d’où il vient et se trouve obligé de squatter chez eux en pleine crise et d’arbitrer bien sûr. Il se fait malmené à loisir car il n’est pas l’oreille amicale et compassionnelle attendue, ne faisant preuve d’aucune commisération pour les maux des deux autres qui finissent par le jeter dehors. Pour la bonne cause et pas pour longtemps puisque l’issue heureuse de cette panique à bord dépend de lui. Il est bien aussi.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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