Théâtre

« The Great Gatsby » : une pièce immersive en pleine pandémie

16 décembre 2020 | PAR Marie Boëda

Et si vous deveniez figurant dans une pièce de théâtre pendant une soirée ? Dans le quartier de West End à Londres, une troupe de comédiens revisite l’oeuvre la plus connue de l’Américain Francis Scott Fitzgerald. Les mesures anti-covid ne leur facilitent pas la tâche. Une tâche encore plus dure à réaliser car la pièce est en immersion. Un travail d’équilibriste qui tente, avec succès, de respecter les règles sanitaires et d’intégrer le public dans l’histoire. Bienvenue dans l’une des célèbres soirées de Gatsby.

La fête a lieu dans une grande salle avec des lumières tamisées aux couleurs chaudes. Des tables et des chaises disposées dans toute la pièce font face à un bar majestueux. Au centre, les acteurs vivent la dernière soirée du mystérieux Jay Gatsby.

Les acteurs ne portent pas de masque mais le public y est obligé. Excité à l’idée de se mélanger à la troupe, il ne doit pas oublier les consignes. Ce qui ne l’empêche pas de jouer le jeu et de venir vêtu de ses plus belles tenues de soirée des années folles pour se fondre dans le décor. Il pourra même, s’il le souhaite, consommer un verre d’alcool pendant la pièce.

Après un charleston effréné, place à la 1ère scène. Les acteurs emmènent des petits groupes de spectateurs dans des pièces attenantes. Pendant ces apartés, l’un des personnages se retrouve nez à masques avec deux ou trois spectateurs et confie son histoire, ses ragots de la soirée, entre adultères et achat de voiture. Comme lorsque Jordan, la golfeuse, nous prend à part et nous demande d’être ses alliés pour que Daisy et Gatsby se rencontrent pour une tasse de thé sans que Tom, le mari s’en aperçoive. On se sent alors impliqué au même titre que la comédienne.

Mais c’est aussi là toute la difficulté de l’acteur en pleine période de lutte contre le covid-19. Une des scènes en petit comité peut vite devenir gênante pour tout le monde. Myrtle, la maitresse de Tom et femme de Georges, demande à un spectateur de mimer sa position sexuelle préférée. Elle doit alors cerner rapidement sa réaction et lui dire stop si elle sent trop d’embarras. Le port du masque rend la tâche difficile. Il demande un nouveau savoir faire et rend le travail plus stressant, explique Preece Killick, le show manager de la compagnie.

Un nouveau défi pour le spectacle vivant. La tentative est réussie. Bouleversés dans nos habitudes de spectateurs liées au virus, on est aussi bousculés dans nos habitudes de témoins passifs. Le public ressort avec une version différente de l’histoire, selon les salles qu’il a visitées. Quant aux acteurs, ils chantent, dansent et jouent en même temps (on connait le savoir faire des Anglais en matière de comédie musicale) et réussissent à faire vivre une expérience stimulante.

La pièce doit se jouer jusqu’en mars mais Londres vient d’annoncer que les théâtres refermaient pour une période indéterminée. La ville aura retrouvé son dynamisme pendant deux semaines. The Great Gatsby devrait aussi se produire à Paris l’année prochaine. Mais le contexte sanitaire met tout en suspens.

Lieu : Gatsby’s Mansion, London, W1K 5HR

(c) Mark Senior

 

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Marie Boëda

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