Théâtre

The four season restaurant, l’apocalypse selon Castellucci

The four season restaurant, l’apocalypse selon Castellucci

18 juillet 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Roméo Castellucci frappe encore et plus fort avec un spectacle encore plus intense et plus profond que « Sur le concept du visage du fils de Dieu ». « The four season restaurant » est une lente et intense descente vers les tréfonds d’un trou noir. Enorme.

The four season est le nom d’un restaurant new-yorkais dont Rothko devait faire la déco des murs. Face à ces derniers, saisi d’un doute, le peintre arrêta tout, refusa la commande alors que tout était déjà fini.  Le symbole est clair, celui de la disparition de l’image promise. Celui des traces de vie succédant à la mort. Castellucci s’empare de ce sujet en déroulant de nombreuses allégories dans une montée en puissance indéfinissable.

Cela commence par la définition de ce qu’est un trou noir. On nous aura distribué avant des bouchons d’oreilles, ambiance.  Le son du trou noir nous accompagnera tout au long du spectacle. On verra dans un décor blanc de gymnase, un espalier comme échelle de Jacob, un mouton comme un Styx à traverser, un ballon rond comme le monde, surgir doucement et successivement dix jeunes bergères sabots de bois aux pieds. Sans trop en dévoiler, disons qu’elles se délestent  d’une partie de leur corps, le donnant à manger aux gardiens de l’Enfer avant de réaliser un rituel sous forme de théâtre. Elle vont dire, dans un geste très Botticellien,  La mort d’Empédocle de Hölderlin. Une prophétie en cinq scènes, celle d’un homme, le philosophe Empédocle, qui a commis l’affront d’accéder vivant à l’Olympe. Une fois la Pastorale finie, l’humanité, celle symbolisée par l’absence de l’artiste, disparait pour laisser place aux visions, jusqu’à la révélation.

Chez Castellucci, présent à Avignon depuis 98, artiste associé en 2008,  le fond et la forme sont une seule unité. Le metteur en scène a inventé une forme plastique de théâtre où les scènes fonctionnent comme des œuvres d’art, qui pourraient très bien être indépendantes. Ici, le blanc vient se recouvrir de noir, comme le peintre avait recouvert de cette couleur les murs du restaurant. Le public du festival commence à pouvoir faire raisonner les esthétiques de ces différents spectacles. Ici, on retrouve  un culte de la lumière, un blanc révélateur d’objets et un choc des matières, on pourrait même dire des éléments, le tout emblématique du travail de Roméo Castellucci.

Saisis par la plastique, « The four season restaurant » nous attrape sans nous lâcher. Nous devons affronter une nouvelle fois la vacuité humaine qui  définie par cet artiste ce qui est possible à encaisser. Les vagues  de disparitions renforcées par la musique de Scott Gibbons tiennent du génie. Le metteur en scène sait encore se renouveler, encore interroger.

Le spectacle aura une nouvelle fois dérangé, rendu certains spectateurs très agressifs. Peu applaudie, cette pièce est de loin la plus intense montrée en cette 66e  édition du festival.

 

Visuel :  © Christophe Raynaud de Lage – Festival d’Avignon

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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