Théâtre

Paris Quartier d’été permet de (re)voir l’extraordinaire Chambre d’Isabella

Paris Quartier d’été permet de (re)voir l’extraordinaire Chambre d’Isabella

18 juillet 2012 | PAR Yaël Hirsch

Depuis sa création en 2004 à Avignon, « La chambre d’Isabella » de Jan Lauwers est précédée partout où elle vole vers le succès par sa réputation. Alliant un texte extrêmement riche couvrant un siècle de vie de femme, des chorégraphies jubilatoires et une musique qui reste gravée dans les mémoires, le show goes on and on and on, mené par une Viviane de Muynck impressionnante. Hier soir, pour la première de la pièce au théâtre Monfort, dans le cadre du festival Paris quartier d’été, une bonne moitié du public revoyait pour la 2, 3 ou 4ème fois l’un des spectacles les plus créatifs des dix dernières années.

Isabella (Viviane de Muynck), 94 ans et 73 amants, aveugle mais capable de voir derrière ses lunettes noires grâce à un système de caméra branché au cerveau, s’assied dans sa formidable chambre, avec toute la collection d’arts africains léguée par son mystérieux père, Felix, « le prince du désert », pour revenir sur une vie folle. Celle-ci commence en 1910 sur une île où, séparée de ses parents, Isabella grandit auprès de Arthur (Benoît Gob) et Anna (Anneke Bonema) jusqu’au suicide de sa mère adoptive neurasthénique. Désespéré, Arthur sombre dans l’alcool et laisse à Isabella une lettre sur le secret de ses origines qu’elle ne doit ouvrir qu’après sa mort. Dotée cependant d’une adresse à Paris, Isabella emménage dans sa fameuse chambre léguée par un père mythique, chambre remplie d’objets d’arts africains. Elle entreprend des études d’ethnologie, multiplie les amants, passe légèrement à côté de la vague surréaliste et de James Joyce, tombe amoureuse par deux fois, d’un gentleman marié (Hans Peter Dahl) avant la guerre, puis, tardivement, d’un tout jeune homme (Maarten Seghers). Elle fait un enfant avec un danseur de revue, et apprend même le secret de ses origines après la mort d’Arthur. Isabella perd peu à peu tous ceux qu’elle aime, qui se trouvent un à un terrassés par le mensonge. Mais elle continue de vivre avec eux, de leur parler, et surtout de vivre car elle a bien compris que c’est dans la surface plane de la pulsion de vie que se situe la vérité…

Avec texte fou, mythique, diablement elliptique sur des points cruciaux puis prodigue sur des détails surréalistes, des chorégraphies tombe de violence et de beauté immédiate (la troupe danse aussi bien la mort du dernier jeune amour d’Isabella sur du Bowie que « L’amertume d’Alexander », revenu d’Hiroshima sur une musique créée par Hans Peter Dahl pour le spectacle) et des comédiens qui savent aussi bien chanter, danser et jouer, « La chambre d’Isabella » est une expérience à part. Véritable fleuve bordé de totems et brisant de nombreux tabous, la pièce de Jan Lauwers est un hymne crû, nu, et unique à la vie.

« La chambre d’Isabella », texte et mise en scène : Jan Lauwers, avec Viviane de Muynck, Benoît Gob, Anneke Bonema, Hans Peter Dahl, Maarten Seghers, Musique: Hans Peter Dahl, Maarten Seghers, Danse : Julien Faure, Yumiko Funaya, Sung-Im Her, Misha Downey, Needcompany, Durée du spectacle : 2h00.

© Eveline Vanassche

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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