Théâtre

Second Woman, l’Opera parfait de Guillaume Vincent

Second Woman, l’Opera parfait de Guillaume Vincent

01 mai 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Dans un théâtre des Bouffes du Nord au sol carrelé, un lustre est enflammé. Dans la pénombre Jeanne Cherhal balance a cappella « La chanson d’Ivana », une anamorphose frissonnante de Frédéric Verrières à partir d’un chant traditionnel bulgare. Vous n’êtes pas au bout de vos surprises dans ce chemin au cœur de la création artistique menant à la réalisation d’un opéra. S’inspirant du film « Opening Night » de John Cassavetes, « Second Woman » permet à Guillaume Vincent de mettre en scène la musique de Frédéric Verrière dans une alliance rarement égalée de classicisme et contemporanéité. Sans aucune doute l’un des meilleurs spectacles de la saison théâtrale.

Dans « Opening Night », « Second Woman » est le titre de la pièce que Gena Rowlands répète et joue confrontée à sa vieillesse et à la mort de l’une de ses fans. Ici, Guillaume Vincent transpose l’histoire dans la pièce. La troupe joue et chante l’histoire d’une femme ayant perdu sa sœur. La cantatrice (Elizabeth Calléo)  sur le plateau des répétitions est confrontée à une soprano à la voix plus cristalline, elle sent la gloire la quitter. Un opéra au théâtre comme Cassavetes présentait une pièce de théâtre au cinéma.

On assiste alors à la construction d’un acte théâtral et musical où Frédéric Verriere s’amuse à mélanger les genres. On verra Jeanne Cherhal faire des propositions à son metteur en scène ( Philippe Smith) dépassé par le doute. Dans un numéro hilarant elle se lance dans des imitations de Véronique Sanson et Brigitte Bardot afin de moderniser le genre. La musique est le personnage principal de Second Woman, l’occasion de découvrir le travail du compositeur qui réadapte les sons par anamorphoses créant ainsi des tessitures revisitant le répertoire lyrique. On s’amusera par exemple d’entendre ce mêler à un son de contrebasse de drôles de tiges manipulées comme des lassos coupant l’air et modifiant alors l’effet produit par  l’instrument initial.

La création lumière pensée par Sébastien Michaud qui avait déjà oeuvré dans le captivant « Un mage en été » d’Olivier Cadiot permet une utilisation des Bouffes du Nord sans égal. Jaillissement rouge de la coupole, stroboscopes semblant arrêter les scènes, envahissements d’un bleu lynchien, les ambiances sont nombreuses et toujours surprenantes.

« Second Woman » rend glamour une histoire de jolie biche amoureuse d’un loup, fait de l’Opera un genre accessible et donne à voir et à entendre des interprètes superbes. Il n’y a aucune fausse note dans ce spectacle où la musique est reine. Une splendeur sur les affres et les doutes de la création artistique présentée avec un humour détonant. Le metteur en scène Guillaume Vincent orchestre ici un chef d’œuvre à voir d’urgence.

The Second Woman 86 (c) Pascal Victor – ArtComArt.JPG

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

7 réflexions au sujet de « Second Woman, l’Opera parfait de Guillaume Vincent »

Commentaire(s)

  • Pas vu au théâtre, hélas. Vu sur à la télé sur la 3. Superbe spectacle. inventif, jouissif, original. Magnifiques chanteurs/acteurs. Bravo.

    février 27, 2014 at 9 h 23 min

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