Théâtre

Salle des fêtes, et belle victoire

15 avril 2009 | PAR Erwan

Salle des Fêtes explore l’authentique à travers la caricature, et dresse des personnages hauts en couleur.

Comme par le passé chez Macha Makeïeff et Jérôme Deschamps (créateurs des Deschiens, des Etourdis…), l’acteur sans fard tient le haut de l’affiche, et l’homme dérisoire prend la part du lion. Le décor n’est qu’une atmosphère particulière pour des rencontres, une salle dans laquelle tout est suggéré : le chantier d’à-côté, le méchant véloce qui traîne sa chaîne… la trappe derrière le bar. Les hommes, eux, sont des autistes en quête de leur quart d’heure de gloire, des névrosés aux attitudes outrancières explosant le temps d’une chanson sans les feux des projecteurs. Esseulés, ils attendent une fête presque hypothétique, ils se croisent, et imposent sans ambages leur présence. Drôle, ils le sont par leurs mimiques, comme la tenancière délurée de la salle des fêtes, (Lorella Cravotta) qui pose les doigts sur son fer à repasser pour voir s’il est brûlant, et qui le prend à pleine main lorsqu’elle sent qu’il l’est vraiment.

arton2646Entre ces personnages du quotidien, (d’un quotidien, le leur), il n’est pas question d’amour. La recherche du bonheur n’existe pas. La pièce suit le rythme indolent de la vie sans trouver de cohérence forte entre un événement et un autre. Chacun est Dieu et son univers. Chacun croit totalement à ce qu’il fait, à ce qu’il est, et garde ses convictions dérisoires. Les entités vivent avant tout. Un événement se prépare, et peu à peu les rapports se forment et se dénouent. L’identité nait par la chanson (plus que par la musique), par la gestuelle et la danse qui, en filigrane, réunissent ces personnages et leur donnent une cohésion de groupe. Ils ne sont plus leur monde intérieur. Ils découvrent au milieu de bruits aux variations incertaines l’harmonie de l’ensemble.

Dans la Salle des fêtes, la narration est quasi inexistence et les micro conflits, tensions minuscules, ne sont que des prétextes pour révéler des personnalités fortes.  Que ce soit Lorella Cravotta, en tenancière délurée, Catherine Gavry en ménine – qui après nous avoir chanté un El Condor Pasa royal, fait hurler un chien à la mort – ou Tiphanie Bovay Klameth remarquable dans le rôle expansif de Tiphanie, ce sont les femmes qui ont ici le dessus. Les hommes sont en demi-teinte, écrasés, isolés, servis avec humilité par des comédiens, David Déjardin, Hervé Lassïnce, et Gaël Rouilhac, débordant de vitalité.

A part une petite baisse de forme (souhaitée ? Voulue par la mise en scène ?) en seconde partie, Salle de fête tient les zigomatiques tendus et l’esprit éveillé toute la soirée. Mention spéciale à la cohésion de groupe. De cour à jardin, l’activité foisonne chaque instant.
Un seul regret, et fort, après avoir vu comment, au milieu d’une salle hilare, la sangria était préparée, ne pas pouvoir la goûter à la fin du spectacle. Enfin, la salle était comble, peut-être que dans les coulisses…

Erwan Gabory

A voir aussi, l’exposition Jacques Tati à la Cinémathèque, « en deux temps trois mouvements », mise en place par  Stéphane Goudet et Macha Makeïeff.

SALLE DES FETES, Mise en scène : JEROME DESCHAMPS et MACHA MAKEïEFF, Avec Tiphanie Bovay-Klameth, Lorella Cravotta, David Déjardin, Catherine Gavry,
Hervé Lassïnce, Gaël Rouilhac, Pascal Ternisien ; au Théâtre National de Chaillot / 1, Place du Trocadéro – 75116 Paris, Salle Jean Vilar
du 15 avril au 16 mai 2009, 20h30 / dimanche, 15h, Relâche lundi ainsi que les 21, 26 avril, 1er et  10 mai, Renseignements : 01 53 65 30 00 / internet : www.theatre-chaillot.fr Tarifs : 27,5€ plein tarif, 21€ tarif réduit, 12€ tarif jeune

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