Théâtre
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Roméo et Juliette, l’amour à mort version ado d’Olivier Py

03 octobre 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Olivier Py ouvre sa dernière saison à l’Odéon avec une tragédie shakespearienne. Son « Roméo et Juliette » , il l’a pensé comme un mythe : « Leur amour est impossible, donc il a lieu. «Donc», et non pas «pourtant». C’est en cela qu’il est absolu – et qu’il a partie liée avec la mort, car le monde même ne parvient pas à le contenir. Soyons précis : il est parce qu’il est impossible, et non par simple esprit de contradiction ou de révolte juvénile ; il est, et par là même, il déborde tout… » Fidèle à Pierre-André Weitz pour les décors, il laisse se déployer pas mal de ses comédiens fétiches (Philippe Girard, Frédéric Giroutru en Mercutio, Mireille Herbstmeyer) et invite une charmante nouvelle venue en la personne de Camille Cobbi, belle Juliette. Une mise en scène agréable mais sans éclat portée par des comédiens magnifiques. Une belle pièce sans effet coup de poing.

Rappelons l’histoire car Monsieur Py nous fait réaliser, et c’est là la force de son travail, qu’on ne la maîtrise pas tant que ça. A Vérone, deux familles s’opposent : les Montaigu et les Capulet. Roméo est un Montaigu, jeune et beau et il est fou d’amour pour … Rosaline… ! Et oui, notre Roméo si célèbre court les filles et les garçons en jouisseur invétéré. Mais voilà qu’à l’occasion d’un bal masqué chez les Capulet, il tombe raide dingue de la belle Juliette, fille du patron du clan adverse. Camille Cobbi campe une Juliette tout à fait cruche. Elle aime comme on aime à 15 ans, sans limite et sans raison. Elle ne rêve que de Roméo et leur amour est réciproque malgré le refus des familles. Avec le soutien du frère Laurent (Philippe Girard), ils se marient en grand silence.

Elle est blonde et vêtue de blanc, il est brun et vêtu de noir, « la nuit sera blanche et noire » est d’ailleurs écrit à la craie sur l’un des pans de décor sur roulettes que les comédiens manipulent avec évidence, devenant tour à tour LE balcon, une salle de fête ou encore, bien sûr, le tombeau. Le manichéisme des éléments et la jeunesse des protagoniste renvoient immédiatement aux amours d’Hamlet et d’Ophélie. Son apparition, évanescente, en robe si virginale ne peut présager qu’une fin malheureuse.

Olivier Py offre une très belle interprétation du texte, respectant la folie de Shakespeare et sa grivoiserie. Sexe et beuveries font ici bon ménage sans tomber dans un excès lourd. Frédéric Giroutru est un Mercutio lubrique auquel on s’attache immédiatement. L’idée est belle d’habiller le pianiste présent sur scène, les mains sur un piano mouvant, en tenue militaire. Ici l’amour est une guerre, il n’est pas question de mièvrerie mais de lutte à mort.

On regrettera le manque d’audace de celui qui nous avait bouleversé avec son Adagio au décor circulaire, ou encore en hissant Philippe Girard en Don Pélage sur les toits d’un royaume doré. Ici, la fête est riquiqui, quelques guirlandes, un beau mur de néons, une grande gélatine rouge. Cela manque de grandiose pour évoquer la riche cité italienne et l’opposition mythique entre les deux familles. A trop vouloir épurer , on perd ici en puissance, d’autant plus nécessaire que la pièce dure 3 heures. On aime en revanche la musique live toujours présente chez Py, sa madeleine sous figure d’une coiffeuse de théâtre, et, heureusement, les comédiens incroyables, dirigés avec son brio habituel, s’emparent de chaque respiration du texte pour le rendre agréable et souvent drôle.

 

 

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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