Théâtre

Romane Bohringer et Didier Bénureau jouent les tyrans domestiques dans Les Amis du placard

30 septembre 2010 | PAR Christophe Candoni

Ce n’est pas la première fois que le metteur en scène Pierre Pradinas monte une pièce de Gabor Rassov et il a déjà dirigé Romane Bohringer dans une drôle de comédie musicale sur Fantômas. C’est donc presque en famille que se retrouve tout ce petit monde pour la création des « Amis du placard » à la Pépinière Théâtre.

Odile et Jacques forment un couple apparemment ordinaire quoiqu’un rien déluré : la lecture d’une petite annonce va pimenter leur vie intime et sociale. Ils bénéficient d’une promotion pour acheter un couple d’amis. Ces-derniers ne sont pas onéreux, en tout cas moins cher qu’un frigidaire ou qu’une machine à laver fanfaronne le couple si fier de son acquisition (« le meilleur achat fait depuis le canapé-lit » !) et devront tenir leur promesse et satisfaire l’exigence des deux tyrans domestiques sans morale qui décident de mettre à l’épreuve la sincérité et la servitude de leurs « amis » achetés allant jusqu’à les loger dans un placard à balais et en faire des esclaves. Voici le point de départ pour le moins iconoclaste, loufoque de la pièce : une fable surréaliste frôlant le théâtre de l’absurde qui décrit au quinzième degré le sentiment de puissance de l’homme ordinaire à la conquête du pouvoir dans une société pourrie par la consommation.

Pourtant on est très loin du ton férocement drôle et politiquement incorrect attendu. Le texte est faible et la mise en scène peu inventive. Le résultat est finalement longuet et si peu drôle. On assiste atterré à des échanges de banalités qui, malgré quelques pointes d’humour acide, sont un condensé de vulgarité et d’humour potache, proche du café théâtre. Les deux personnages présentés sont tellement crétins qu’ils deviennent insupportables. L’auteur a souhaité brocarder la couardise et la méchanceté des petites gens mais ne prend pas suffisamment de hauteur pour en faire le portrait, il reste au niveau de ses personnages et c’est exaspérant.

Didier Bénureau, rompu à l’exercice du one man show connaît bien la mécanique de la comédie, ses répliques font mouche, et fait un sacré numéro d’acteur : il prête sa bonhomie, donne de la rondeur à son personnage de misanthrope despotique et débile qu’il joue comme un gamin capricieux. Romane Bohringer cherche à s’imposer en surjouant l’autorité. Alienor Marcadet-Séchan et Matthieu Rozé endossent les rôles ingrats des pauvres victimes liées par une « amitié contractuelle » aux deux monstres déjà cités. Ils servent avec justesse une partition bien mince et finissent par être presque touchants.

Les amis du placard, du mardi au samedi à 21h et le samedi à 16h. A la Pépinière Théâtre, 7 rue Louis le Grand 2 arr. M° Opéra. 01 42 61 44 16.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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