Théâtre

Rires gras à Windsor

13 décembre 2009 | PAR Christophe Candoni

Le choix de programmer Les joyeuses commères de Windsor dans la salle Richelieu de la Comédie-Française peut surprendre car il s’agit d’une comédie mineure et populaire de William Shakespeare à l’humour potache, pas vraiment consistante. La troupe semble se réjouir sur le plateau et convainc plus que la mise en scène de l’espagnol Andres Lima où chaque effet est lourdement appuyé.

On se souvient de l’entrée au répertoire de La Mégère apprivoisée, il y a deux ans, dans une mise en scène moderne et inventive, exploitant, dans une forme novatrice, des possibilités de jeu diverses. Ici, le metteur en scène Andres Lima s’attache à faire un travail de pseudo reconstitution historique : faux éclairages à la bougie, costumes d’époques dépareillés. Le décor rappelle les usages des troupes élisabéthaines qui avaient coutume de jouer dans les auberges aux côtés des ripailleurs. Peut-être aurait-il fallu sortir la pièce de ce contexte trop marqué pour inventer une nouvelle manière, plus moderne, d’en rire ? Mais, c’est à nos yeux un non sens d’affubler des acteurs excellents comme Loïc Corbery (Fenton) et Georgia Scalliet (Anne Lepage) de costumes aussi datés alors qu’ils s’expriment comme de jeunes adolescents d’aujourd’hui. Cela surprend d’autant plus que le metteur en scène manque de cohérence et se contredit en se réclamant de références mélangées comme les Rolling Stones.

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Falstaff (Bruno Raffaelli) cherche une protection financière et tente de séduire Mesdames Duflot (Catherine Sauval) et Lepage (Cécile Brune).Il envoie la même lettre d’amour aux deux commères qui découvrent la manœuvre et comptent bien se venger. Celles-ci vont user de bons stratagèmes pour duper le grossier personnage et se moquer de lui : l’enfermer dans un panier à linge, le déguiser en femme. Il finira sous les coups de bâton du mari jaloux et deviendra la risée de tous. Voici les grosses ficelles de cette comédie populaire.

Andres Lima reste les deux pieds dans la farce : le résultat est poussif. On reconnaît les qualités de la traduction truculente de Jean-Michel Déprats et Jean-Pierre Richard et leur travail sur le mélange des langues et les jeux de mots… mais le texte est braillé et nous parvient mal. Le spectacle est désordonné et cacophonique. Les acteurs sont bons mais contrefont systématiquement leur voix et ne font pas dans la dentelle. Pourquoi un traitement si caricatural ? Parfois, on a le sentiment désagréable que l’on s’amuse plus sur le plateau que dans la salle. Cependant, la scène nocturne et féerique de la seconde partie reste une belle réussite.

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La pièce offre une galerie de personnages savoureux : le curé Hugues Evans (Thierry Hancisse), le docteur Caius (Andrzej Seweryn) et quelques personnalités fortes se dégagent, notamment Christian Hecq, pitre génial à l’outrance clownesque, qui campe le mari jaloux, M.Duflot.

Nous avons apprécié une fois de plus la justesse, la fantaisie et la distance ironique de Catherine Hiegel, si drôle dans le petit rôle de Madame Pétule. On est triste d’apprendre son éviction du Français. Ce choix est incompréhensible et navrant de la part du comité d’administration !

les joyeuses commères de Windsor, jusqu’au 2 mai 2010, à la Comédie-Française, Place Colette, métro Palais-Royal. 0 825 10 16 80.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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