Théâtre
« La Reprise. Histoire(s) du théâtre ( I ) » de Milo Rau ou comment le théâtre se saisit du réel

« La Reprise. Histoire(s) du théâtre ( I ) » de Milo Rau ou comment le théâtre se saisit du réel

24 septembre 2018 | PAR Lisa Bourzeix

Couronnée de succès il y a quelques mois lors du festival d’Avignon 2018 c’est au tour de la région parisienne d’accueillir la dernière pièce de Milo Rau dans le cadre du Festival d’Automne à Nanterre-Amandiers. 

En ce dimanche pluvieux de début d’automne, les mines sont grises et le coeur n’y est pas. Mais en quelques minutes quelque chose se passe. Johan Leysen prend la parole, ordonne « brouillard » et déclame un monologue de Shakespeare qui annonce la puissance de ce qui va suivre. Dans un premier temps ce n’est pas dans l’univers du meurtre et de l’enquête que le spectateur est plongé mais bien dans celui du théâtre. Un va-et-vient permanent qui tisse progressivement le fil rouge de la pièce qui se construit sous nos yeux.

Auditions. La caméra se pose sur le visage des comédiens qui, à tour à tour, répondent à des questions sur leurs vies, leurs expériences théâtrales ou non. Petit à petit, le metteur en scène, sous les yeux d’une salle attentive, construit la trame de l’histoire. Cette histoire c’est celle de Ihsane Jarfi, jeune homme homosexuel qui, lors d’une soirée en ville monte dans une voiture, se fait torturé, séquestré, tué et abandonné nu dans la nuit froide dans les alentours de Liège. C’est son histoire qui va être racontée ce jour-là sublimée par la puissance du théâtre et de la mise en scène.

La violence des faits n’est pas écartée, elle est exposée très clairement et à plusieurs reprises. Quand arrive la reconstitution de la scène tragique la salle se mure dans un silence respectueux, ému, plongée pendant quelques minutes dans l’horreur de ces actes. L’usage de la vidéo, comme un film, augmente la force de frappe de chaque mot, chaque coup et rapproche un peu plus la fiction de la réalité. Le bruit des oiseaux, de la pluie qui tombe, nous rappelle qu’à la manière du petit Poucet, le metteur en scène a semé autant de petits cailloux que nécessaire pour nous amener là où il voulait. La lumière franche sur ce corps nu et souillé marque la fin de ce cinquième acte, catharsis sublime.

La question n’est donc pas de reconstituer le procès ou de faire un plaidoyer critique envers les meurtriers mais bien de réfléchir à la manière dont une mise en scène peut apporter un témoignage sensible sur des événements bien réels. Comme le dit Milo Rau son projet est que « à chaque saison, un nouveau chapitre sera confié à un autre groupe, compagnie ou artiste », et La Reprise. Histoire(s) du théâtre marque le premier volet de cet ambitieux dessein.

Visuels : © Hubert Amiel © Lisa Bourzeix

L’heureux stratagème de Marivaux à la Comédie Francaise
« Tendresse à quai », une délicieuse histoire sans queue ni tête
Lisa Bourzeix

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *