Théâtre

« La reprise / Histoire(s) du théâtre (I) », Milo Rau dépasse la fiction au festival d’Avignon

« La reprise / Histoire(s) du théâtre (I) », Milo Rau dépasse la fiction au festival d’Avignon

08 juillet 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Après sa création très remarquée au Kunsten, La reprise de Milo Rau arrive enfin en France au Festival d’Avignon. Une leçon de théâtre qui rappelle que tout est inspiré de faits réels.

Les morts ne parlent pas normalement, mais au théâtre, oui. Relisez Hamlet. C’est comme ça que La reprise commence par un prologue comme dans le théâtre antique qui nous raconte l’histoire de la création de l’histoire. Cette pièce raconte l’assassinat barbare de Ihsane Jarfi  tout près de Liège le 1er mai 2012. La faute d’Ihsane Jarfi ? Etre monté dans la mauvaise voiture, entouré d’hétéros assoiffés de possession, et avoir osé sous-entendre qu’il était gay. Nous savons donc la fin de l’histoire dès le début. L’enjeu est de nous amener à dépasser les faits pour les transcender.

Entre vidéo et spectacle vivant, entre fiction et réalité, entre grand et petit,  le directeur du NTGent ne choisit pas. Il assume, il assume et utilise, utilise et revendique tous les trucs du théâtre : fumée ou chanson culte, en l’occurrence Et si tu n’existais pas de Joe Dassin. Efficace. Le fil dramatique est simple : mettre du rire dans le drame, et ne jamais oublier deux axes : que ce crime a eu lieu, mais que la pièce est fiction. C’est talentueux à en crever. Et jusqu’à la toute fin, on se demande si le pire ne peut pas arriver, dans la vraie vie.

Les comédiens, Tom Adjibi, Sara De Bosschere, Suzy Cocco, Sébastien Foucault, Fabian Leenders et Johan Leysen sont impeccablement justes en passant avec ironie et précision de leur rôle de comédiens mis en abîme à leurs places dans la fiction. Le tué, les tueurs, les parents et les témoins.

Heureusement que l’on rit, heureusement que le metteur en scène nous montre les ficelles, car dans cette pièce en cinq actes plus un et où La banalité du mal, qui donne son nom à l’un des actes, semble régner sur tous, une seule scène joue la carte du réel et elle file vraiment la gerbe. À ce moment-là on pense au mort, on prie pour lui, les larmes montent, car à, ce moment-là, on sait que l’horreur est vraie et que définitivement Sénèque était un prophète.

La reprise / Histoire(s) du théâtre (I) – Milo Rau – © Michiel Devijver

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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